‹ MaïmonideChapitre 8 sur 195 · Recteur d'Académie · texte numérisé non relu

Recteur d'Académie

I de i D rencontra de sincères, compétentes et justi- Béet. Unsi Pin bas I» Meschoullam, rabbin d'Alexandrie, aaire de Provence, se mit en rapport avec Maïmo- ,,,,!,- pour lui communiquer les observations que la lect;i!,- ,:u Mischné Torah lui avait suggérées. Plus graves m. ni les critiques que formula R. Abraham b. David de Poequières. Il reprocha à Maïmonide d'avoir négligé de |.i duire les textes ainsi que les noms des autorités talmudiques. Dans les ouvrages des prédécesseurs, dit-il, le juge pouvait examiner les arguments des controversistes »! fonder là-dessus sa détermination. Maintenant il peut duc : r Pourquoi abandonnerais-je mon opinion et la i Bubordonnerais-je aux décidions de ce livre? Pourquoi

suivrais-je aveuglément les arrêts de Fauteur? » Abrai;im b. David soumit ainsi tout le Gode de Maïmonide à un Kamen minutieux et pénétrant. Ses « critiques », Hassa- /<;///, sont devenues classiques; dans nos éditions elles accompagnent le texte du Mischné Torah. Ces docteurs éclairés rendirent un grand service à la religion et à la science juive, en maintenant, même contre le théologien le plus illustre, les droits de la vérité et de la recherche onnelle1.

\\ant2 le Mischné Torah, pour servira cet ouvrage de préface, Maïmonide avait composé le Se fer ha-Miçvoth, « Livre des préceptes ». D'après la Tradition, les lois

laïques sont au nombre de 613, dont 365 défenses et i» s commandements. C'est Simlaï, docteur palestinien du mr siècle, qui le premier indiqua implicitement ces chiffres I Maccôth, 23 à, et Tanhouma, sect. Ki tétzé). Au vme siècle, >irnon Kahira énuméra les 613 lois dans ses Halakhôth ghedôlôlh. Les auteurs des azharoth, hymnes liturgiques de la Pentecôte, adoptèrent Fénumération de Simon Ka-

ioïse de Coucy, introd. au Smag ; Ascheri, Réponses, XXXI, 63; >>n Louria, introd. à Yam schéi Schelomo ; Luzzatto, dans Kérem *Hémnées 111 et IV.

M,r l l-'i publication du Mischné Torah, Maïmonide reprit et recom- ' t des préceptes, comme l'indique Moïse ibn Tibbon dans l'ini lion i -a traduction.

hira. Maïmonide constata que rémunération établie par ce dernier contenait des erreurs. Il reprit donc le travail de Kahira et rédigea le Se fer ha-Miçvoth, pour fixer le nombre des lois et expliquer d'après quels principes il faut les compter. Afin que ce traité ne fût pas considéré comme partie intégrante du Mischné Torah, écrit en hébreu, il le composa en langue arabe1.

Cependant certains adversaires, irrités par le succès grandissant de Maïmonide, ne laissaient pas de s'acharner sur le Code. Ils reprochèrent à notre docteur de donner dans l'hérésie, entre autres de ne pas admettre la résurrection des corps. Maïmonide, à la sollicitation de ses amis, composa alors un Traité de la résurrection (Maamar Te'hiyath ha-Méthim), en 1191. Il proteste qu'il croit à la résurrection et qu'il l'a enseignée. Que s'il n'en a pas parlé en détail, c'est que la résurrection, par son caractère surnaturel, est un article de foi où la spéculation philosophique n'a pas lieu de s'exercer. La démonstration delà résurrection est impossible. Aussi bien elle est superflue pour quiconque, comme lui, croit à la possibilité des miracles. S'il s'est occupé plus longuement de l'immortalité de l'âme, c'est qu'elle peut s'établir démonstrativement.

Tandis que la réputation de Maïmonide comme théologien avait pris l'essor que nous avons dit, sa renommée comme médecin allait également croissant. Il devint médecin à la cour de Saladin. Il ne fut pas attaché à la personne même du sultan, celui-ci était toujours au loin à guerroyer. Mais il fut l'objet des faveurs du visir Alfadhel qui l'inscrivit sur la liste des médecins et lui assura un traitement annuel. Sa réputation était telle que Richard Cœur-de-Lion voulut le prendre à son service ; mais Maïmonide refusa. « Vers 1187, raconte Graetz, Maïmonide courut un grand danger. Abou'1-Arab ibn Moïscha, théologien arabe qui avait sauvé la vie de Maïmonide à Fez, l'accusa, en le retrouvant juif au Caire, d'avoir pratiqué

t. Le Livre des Préceptes a été traduit en hébreu par Abraham b. Ilisdaï, Salomon b. Joseph b. Job et Moïse ibn Tibbon.

pendant longtemps l'islamisme et voulut le faire condamnn comme relaps. C'était pour Maïmonide une question ,|,. N1,« ou de mort. Son protecteur Alfadhel, devant qui ,1 oomparut, l'acquitta, en déclarant qu'une foi imposée par la violence n'avait aucune valeur et pouvait être abandonnée impunément, Grâce à l'appui de ce même Ufadhel, Maïmonide fut nommé chef (naghid) de toutes I ommunautés juives de l'Egypte; et cette dignité se transmit dans sa famille de père en fils, jusqu'au m\ siècle 1. '

l.t Maïmonide continuait ses travaux. Aux attaques de les adversaires il répondit par un nouvel ouvrage, son chef-d'œuvre qui devait mettre le sceau à sa gloire et lui assurer pour toujours un rang éminent parmi les penseurs du moyen âge. Cet ouvrage, écrit en arabe, est le Dalalat al- haïrhi, en hébreu Moréh Neboukhim, le a Guide des indécis », qui parut en 1190.

Le Moréh est le monument d'une époque, non pas seule-

nt dans la pensée juive, mais dans l'histoire générale

de la philosophie. Si, dans tous ses écrits précédents, Maïmonide effleure les grandes questions que se pose l'esprit humain, dans son Guide il traite de la métaphysique à fond, il expose ses conceptions les plus intimes, les plus chères, les plus hardies. Pour Maïmonide, la philos >phie d'Aristote, telle qu'elle a été présentée par Alfarabi el Avicenne, est la vérité. Or la vérité ne saurait être qu'une. Il s'agil donc de montrer que les conceptions juives et les conceptions philosophiques concordent, il s'agit de faire proprement œuvre de théologien, puisque la théologie a'esl autre chose que la justification rationnelle d'une doctrine religieuse.

Maïmonide tient que l'Écriture renferme sous forme

allégorique l'essence des vérités métaphysiques. Grâce à

système, il retrouve facilement dans la Bible et dans

le Talmud les idées aristotéliciennes. Il emprunte au Sta-

'• Op. laud... p. 151.

girite sa constitution des sphères et du monde sublunaire, sa conception de la forme et de la matière, de la puissance et de l'acte, ses catégories, etc. Cependant, si haut que Maïmonide place Aristote, il ne le suit pas aveuglément; il raille ceux qui craignent de différer d'opinion d'avec le philosophe, qui n'admettent pas qu'il ait pu se tromper. C'est ainsi que, par exemple, Maïmonide soutient contre Aristote que le monde a été créé ex nihilo.

La métaphysique coïncide avec le plus haut degré de la religion. L'objet de la métaphysique, c'est de solliciter l'épanchement de l'intellect actif qui établit un rapport intime entre Dieu et l'homme. La vraie science, le but suprême des efforts, la plus noble des fins, c'est la connaissance et l'amour de Dieu. Connaissance de Dieu, perfection morale, béatitude, c'est tout un. L'intellect humain devenu intellect en acte s'unit à l'intellect actif universel émané de Dieu. Une fois l'intelligent identifié à l'intelligible, il n'y a plus oubli, parce que les facultés inférieures de l'âme, telles que l'imagination et la mémoire, n'y ont aucune part. D'où cette conséquence que seuls sont immortels les justes qui dans cette vie sont arrivés au degré de l'intellect acquis, tandis que le commun est voué à la destruction.

Le Guide fut un véritable événement. Son action se fit sentir sur toute la suite des théologiens juifs, sur les docteurs musulmans et sur les principaux créateurs de la scolastique chrétienne.

Mais, en même temps, le Guide souleva de violentes controverses. Ses vues sur les anges, la prophétie et les miracles, plus particulièrement l'affirmation que la preuve aristotélicienne de l'éternité du monde n'est pas inconciliable avec l'Écriture, suscita d'ardentes oppositions.

Maïmonide avait cinquante-cinq ans, lorsqu'il publia le Guide. Il lui restait encore quatorze années à vivre. Il semblait qu'il dût produire d'autres grands ouvrages. Malheureusement, il tomba gravement malade, il demeura

M UMONIDR.

for( affaibli, tant dès suites de La maladie que du surmii l'avaient forer ses occupations doublement essionnelles de naghid et de médecin, ainsi que ses recherches scientifiques. En outre, il fut troublé dans sa itë A la ii 101 1 de Saladin, par suite des luttes qui s'élevèrent entre h4s fils et le père du défunt. Cependant, ! .un, des fils de Saladin finit par s'assurer le trône de son pèreel prit Maïmonide pour médecin.

Dans Bes dernières années, Maïmonide entretint une i on eepondance active avec les juifsde Provence. En 1194, il exposait aux sages de Marseille ses vues sur l'astrologie. Il qualifie de folles les croyances astrologiques. « Sachez, écrit-il, qu'il ne faut croire qu'à ce qui repose sur une 1rs trois preuves suivantes : 1. la preuve rationnelle, comme en mathématiques; 2. la perception sensible; ». la tradition des prophètes et des justes. » Il montre le ridicule d'une théorie qui fait dépendre la destinée humaine des constellations. Aux savants de Lunel qui lui tvaienl demandé de leur envoyer le Guide, il écrivit :

\<>us. habitants de Lunel et juifs des villes voisines, trous seuls tenez encore d'une main ferme le drapeau de la Torah. Vous étudiez le Talmud et cultivez la science. In Orient, l'activité intellectuelle des juifs est nulle. Dans toute la Syrie, la ville d'Alep seule renferme quelques personnes qui se consacrent aux études sacrées, mais sans ardeur. Dans l'Irak, on ne trouve que deux ou trois raisins (hommes intelligents). Les juifs du Yémen et de l'Arabie savent peu de chose du Talmud, ils ne s'intéressent qu'à l'Hagada. Quantau Maghreb, vous savez combien les juifs \ sont malheureux! Vous êtes donc les seuls -'•utiens delà Loi. Soyez forts et courageux! » Un peu plus tard, Samuel ibn Tibbon lui annonça qu'il avait pris de traduire le Guide de l'arabe en hébreu. Maïmonide accueillit cette communication avec une joie protondeet fit à ibn Tibbon d'intéressantes recommandations. . Samuel consulta l'auteur sur tous les points difficiles.

Peu après, Maïmonide achevait sa carrière terrestre.il

mourut à soixante-dix ans, le 13 décembre 1204. A Fostat, juifs et musulmans observèrent un deuil public de trois jours. Maïmonide fut inhumé à Tibériade. A Jérusalem, on proclama un jeûne général et on célébra un service funèbre. On lut le passage de Lévitiqae, XXVI, où sont édictées les peines contre la désobéissance aux commandements, puis I Sam., IV, qui contient le récit de la prise de l'arche d'alliance par les Philistins et qui se termine par ces mots : « La gloire s'en est allée d'Israël, maintenant que l'arche divine est prise. »

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