CHAPITRE II
SOURCES DE MAÏMONIDE.
A quelles sources Maïmonide a-t-il puisé pour établir >;» doctrine? Il s'en explique au chapitre 71 du premier livre «lu Guide, et dans la préface à son Introduction au traité (VA bot If il écrit : « Sache que les enseignements exposés par moi dans les chapitres subséquents ne sont pas de mon invention pas plus que les interprétations que je donne du traité d'Abôth. J'ai recueilli les paroles des Sages dans le Midrasch, le Talmud et autres écrits; j'ai utilisé les philosophes anciens et récents et d'autres auteurs. »
Il y a d'abord l'ancienne littérature judaïque : Bible, Targoum (paraphrases araméennes de la Bible), Talmud et Midrasch. En fait de midraschim, il cite le Sifra, le Sifré, la Mekiltha de R. Ismaël et celle de R. Aqiba (cf. Mischné Torah, introd.). Dans le Guide, il utilise particulièrement le Berêschith rabôa, cite le Midrasch du Cantique [Guide, II, ch. 33), le Midrasch sur ÏEcclésiaste II, ch. 6), Tanhouma (II, 10), le Pirqé R. Eliézer (I, ch. 61; II, ch. 26).
Maïmonide a tracé l'histoire de la Tradition depuis Moïse jusqu'à la rédaction des deux Talmuds1, dans ses préfaces au Yad lia- Hazaqah et au Commentaire sur la [fischna2.
I. H y a deuxTalinuds : l'un de Palestine, l'autre de Babylone.
Si nous n'étions pas guidés par la tradition et que nous dussions ormer toutes nos idées par la seule voie démonstrative, la plupart mourr .ient sans savoir s'il existe un Dieu », Guide, I, ch. 34, p. 123.
Sache, dit-il, que chaque précepte que Dieu a donné à Moïse notre maître, il le lui a communiqué avec son explication. Il lui disait le précepte, puis il le lui expliquait avec tout ce qui est contenu dans le livre de la Torah. Dans le traité de Eroabin, hk «, on nous décrit la façon dont Moïse enseignait la loi à Israël. Lorsque Moïse était entré dans sa tente, Aaron venait vers lui. Moïse lui donnait connaissance du précepte avec les explications y afférentes. Après quoi, Aaron prenait place à la droite de Moïse. Entraient ensuite Elazar et Itamar, fils d'Aaron, et Moïse les instruisait. Ils s'asseyaient l'un à la gauche de Moïse, l'autre à la droite d'Aaron. Puis c'était le tour des 70 Anciens. Enfin venait tout le peuple, quiconque recherche la parole de Dieu, jusqu'à ce que tous eussent reçu le commandement de la bouche du Maître. De la sorte, Aaron venait entendre le précepte quatre fois de la bouche de Moïse, ses enfants trois fois, les Anciens deux fois, le reste du peuple une fois.
Moïse, alors, s'en allait, et Aaron répétait l'explication. Aaron se retirait et ses fils, qui avaient entendu l'enseignement quatre fois (trois fois de Moïse et une fois d'Aaron), reprenaient l'interprétation. Il se trouvait que, de leur côté, les Anciens avaient entendu la prescription quatre fois (deux fois de Moïse, une fois d'Aaron, et une foisd'Elazar etd'Ithamar). A leur tour, ils redisaient l'enseignement, si bien que le peuple lui aussi avait été mis en mesure d'entendre quatre fois le précepte avec ses explications. La foule s'en allait ensuite et ils s'instruisaient les uns les autres. On écrivait le précepte sur des rouleaux, les princes du peuple le répandaient en Israël, afin qu'on pût le connaître à fond. Puis on apprenait les explications, et ainsi l'on finissait par savoir par cœur la tradition.
D'autre part, nos docteurs disent dans le Sifra : Il est écrit dans la Bible : « Dieu parla à Moïse sur le Mont Sinaï. » Toute la Torah n'y fut-elle pas donnée? Gela ne peut avoir pour but que de t'apprendre ceci : de même
M UBIONIDK.
queee commandement <1<- l'année. sabbatique1, avec ses principes énéraux, ses particularités et ses précisions,
N,,.,,i du Sinaï, de même toutes l<^s prescriptions viennent ,lu sinal avec leurs principes généraux, particularités et précisions, Voici un exemple : Dieu dit à Moïse : « Vous demcurerei dans des lentes durant sept jours » [Lév.9 XXIU »-'. Pois il lui lit savoir que cette obligation ne l'imposait qu'aux hommes, et non aux femmes, ni aux malades, ni aux voyageurs, que la cabane ne doit être rouverte que <lr branchages, et non de laine ni de soie m de vêtements, pas même avec des étoffes d'origine taie. Il lui enseigna aussi qu'on y devait manger, boire el coucher, qu'elle ne devait pas avoir moins ,!,■ gepl coudées <1<* long, ni moins de sept de large, ni moins <!<> dix de haut. Il en a été de môme pour les 613 commandements et leurs explications. Il lui donna les préceptes par écrit, mais l'explication fut orale. Dans li quarantième année, au onzième mois, c'est-à-dire au mois de Schebat, Moïse réunit le peuple et dit : L'heure de ma mort a sonné. S'ily a quelqu'un parmi vous qui ait oublié une règle, qu'il m'interroge, je la lui expliquerai. De même, celui qui a des doutes sur une question, qu'il vienne, je lui fournirai des éclaircissements, ainsi qu'il est ..lit : « Moïse se mit en devoir d'exposer cette doctrine comme suit » {Deut., I, 5).
Nous lisons dans le Sifré : Que celui qui a oublié une vienne et demande, et que celui qui sait l'expliquer vienne et l'explique! Et ils recueillirent de la bouche de Moïse l'interprétation des prescriptions et les étudièrent tout le temps, depuis le commencement du mois de Schebat jusqu'au 7 Adar. Sur lepointde mourir, il écrivitlaTorafa en des livres, il en rédigea 13 exemplaires sur parchemin, depuis le bôth de Beréschith jusqu'au lamed de leénc2
i Voir Deutéronome, XV, 1 et suiv. : « Tous les sept ans, tu pratiqueras lf r.inission. Voici le sens de cette rémission : tout créancier doitfaire ré&nce, etc. ».
à-dire : depuis le premier jusqu'au dernier mot duPentateuque.
kol Israël (cf. Baba Bathra, 15 a). Il remit un exemplaire à chaque tribu, afin qu'elles prissent la loi pour guide. Le treizième exemplaire, il le donna aux Lévites, en disant: « Prenez ce livre de la Loi et déposez-le à côté de larche d'alliance » (Deut., XXXI, 26). Là-dessus Moïse gravit la montagne au milieu du jour, le 7 du mois d'Adar, comme le raconte la tradition. Cet événement qui pour nous s'appelle mort, parce que Moïse nous manque, fut pour lui vie, parce qu'il s'éleva à une existence supérieure. C'est ainsi que nos sages ont dit : « Moïse notre maître n'est pas mort, il est monté au ciel. » Mais ce n'est pas le lieu d'insister sur ce point.
Après la mort de Moïse, l'héritage divin passa à Josué. Avec les hommes de sa génération, Josué approfondit les explications transmises, sans que s'élevât la moindre divergence. Quant à ceux qui n'avaient pas entendu de la bouche de Moïse telle explication avec les conséquences en résultant, ils les déduisaient par la voie du raisonnement et au moyen des treize règles données sur le Sinaï. Parmi les lois établies grâce à ces méthodes d'interprétation, il en est qui ne soulevaient aucune discussion, auxquelles on adhérait d'un accord unanime. Sur d'autres, par contre, les opinions différaient et chacun appuyait la sienne de bonnes raisons.
Le raisonnement par analogie comporte une pareille possibilité de divergences. Dans ce cas, on se rangeait à l'avis de la majorité, conformément au principe qu' « il faut suivre la majorité » (Exode, XXIII, 2). Sache que la prophétie ne sert point dans l'interprétation de la doctrine et dans les déductions d'après les treize règles. En matière de spéculation et d'opinion, Rabina et Rab Aschi 1 sont sur le même pied que Josué et Phinéas. Pour ce qui est de la supériorité de la prophétie et de l'activité du prophète en matière de prescriptions, c'est là un des fondements les plus importants sur lesquels la religion est établie.
1. Les rédacteurs du Talinud (y" siècle après 1ère chrétienne).
MAIMONIDK.
Maïmonide s'étend longuement sur la prophétie. Nous nous bornerons à quelques remarques. Le prophète n'a aucune supériorité sur les autres sages touchant la réflexion, le raisonnement et l'intelligence des préceptes. Que Bl un prophète a son opinion et qu'un autre qui n'est pas prophète a La sienne, et que le prophète déclare :
Dieu m'a révélé que mon opinion est la bonne », on e doil pas l'écouter. Kt si mille prophètes, tous aussi éminents qu'Élie et qu'Elisée, se trouvaient être du même avis ei mille et un docteurs de l'avis contraire, il ! m, hait suivre la majorité et se conformer à l'opinion des docteurs. C'est dans ce sens que nos sages ont dit :
Si Josué iils de Moun me le disait, je ne l'écouterais pas, ei ne le suivrais point ». Ils ont dit encore :
Quand même le prophète Élie viendrait défendre la i érémonie du déchaussement avec une sandale, on ne ^écouterait pas, attendu que l'usage de la sandale est courant » \Ye.bamoth, 102 a). Dieu nous a ordonné de recevoir l'enseignement non pas des prophètes, mais des sages, hommes de raison et de savoir. Dieu n'a pas dit : ( Tu viendras auprès du prophète qui sera dans ce temps-là », mais il a prescrit : « Tu iras trouver les pontifes, descendants de Lévi, ou le juge qui siégera à cette époque; tu les consulteras, et ils t'éclaireront sur le jugement à prononcer » (peut., XVIII, 9).
Lorsque Josué mourut, il avait appris aux Anciens les explications qu'il avait reçues et les dispositions qui avaient été établies par voie de déduction, aussi bien celles sur lesquelles on était maintenant d'accord, que celles qui avaient été adoptées par la majorité des Anriens. A cela fait allusion Josué, XXIV, 31 : « Et tout le temps que continuèrent de vivre, après Josué, les Anriens, témoins de tout ce que le Seigneur avait fait pour 1 ».
Les Anciens transmirent le dépôt aux prophètes, et
eux-ci se le communiquèrent l'un à l'autre. Il n'y a pas
que qui n'ait eu ses innovations. Les sages de cha-
que génération s'appuyaient sur les précédents, s'instruisaient à leur école et renouvelaient les dispositions. Sur les principes reçus il n'y eut point de divergence. Il en fut ainsi jusqu'au temps des hommes de la grande Synagogue, qui se nomment Aggée, Zacharie, Malachie, Daniel, Ananias, Michaêl, Azaria, Ezra le scribe, Néhémie fils de Hakaliah, Mardochée et Zorobabel fils de Schalthiel. A ces prophètes s'associèrent les 120 Anciens des corporations. De leur côté, ils s'occupèrent des questions auxquelles s'étaient appliqués leurs prédécesseurs, prirent des mesures et rendirent des décisions. Le dernier de cette haute assemblée fut le premier des docteurs qui sont mentionnés dans la Mischna, je veux dire Siméon le Juste qui était grand-prêtre dans cette génération (vers 220 avant l'ère chrét.) K
Nous arrivons ainsi jusqu'à Rabbi dit le Saint (138- 210 après 1ère chrét.). Il était unique en son temps, il réunissait tant de qualités et de mérites que, tandis que son nom était Juda, on ne l'appelait pas autrement que « notre saint Maître ». A son sujet Ton disait : « Depuis la mort de Moïse jusqu'à Rabbi, l'on ne vit pas réunies la science et la grandeur dans une même personne » (Ghittin, 59). Il était pieux, humble et austère. « Lorsque Rabbi mourut, la modestie et la piété s'en furent », lisons-nous dans Sota, 49. Il parlait une langue pure et savait l'hébreu mieux qu'aucun autre, à tel point que nos sages tiraient profit des connaissances de ses esclaves et serviteurs, ainsi qu'on le voit dans Rose h Haschana, 26. 11 était également riche et puissant, il était en relations avec de nombreux savants et penseurs. Il répandit la Loi en Israël, rassembla les règles, les sentences, les discussions des docteurs, tout ce qui s'était transmis depuis Moïse jusqu'à son époque. Il fut lui-même parmi
1. Toutes les sources des misehnaïotb et baraïtotu datent de la période comprise entre le premier siècle avant et le troisième siècle après l'ère chrétienne. Les docteurs se classent en Tannaîm, de 70-200; Amoral ra, de 200 a 500; Saboraîm, de 500 à 650; Gheonîm, de G50 à 1010.
mon
>i MMONIDK.
nir> » de la tradition, il l'avait reçue de Si- ,,,: père. A\ i ii t ainsi colligé tous ces matériaux, il entreprit de composer la Mischna.
I .1 y tchna renferme l'explication de tous les commandementa de la rorah. Parmi ces explications, il en est qui remontent à Moïse. Certaines dispositions furent obtenues par voie de raisonnement, sans qu'il y eût divere de vues; sur d'autres points les opinions diffèrent. JUbbi prit soin de consigner les unes et les autres, en rattaohanî chaque assertion à. son auteur. Un docteur était-il seul à soutenir une opinion contre de nombreux adversaires, les paroles du premier aussi bien que les paroles des seconds étaient enregistrées. Dans Edouyôth, ï, 6, Rabbi nous indique lui-même la raison de ce procédé : Si l'on note L'opinion isolée à côté de celle de la majorité, «lit-il, c'est pour l'annuler. Quelqu'un pourrait avoir reçu en tradition cette opinion et prétendre s'y conformai : dans ce cas, on lui dira : Ta tradition est l'opinion de tel et tel docteur, et non celle delà majorité ».
Nous avons dit plus haut que toute la Torah, dans ses principes généraux comme dans ses détails et précisions, vient du Sinaï. Mais alors pourquoi la définition de halaka le-Mosché mi-Sinaï (règle donnée à Moïse au Sinaï) ipplique-t-elle, en fait, qu'à quelques lois particu- - \ Je vais tâcher d'éclaireir ce point. Sur les explications qui remontent à Moïse, il n'y a aucune divergence. Depuis les temps anciens jusqu'aujourd'hui, nous ne trouvons, par exemple, aucune controverse sur l'interprétât ion de la peine du talion. 11 n'y a personne pour prékendre qu'il faille prendre au pied de la lettre le préde « œil pour œil » ; de tout temps on a été >rd pour l'interpréter dans le sens d'une compen- - il ion pécuniaire. De môme que pour le fruit de l'arbre hadar Lév.^ XXXIII, 40), on a toujours été d'avis qu'il ssait du cédratier, etc.
Or, ces lois ne sont pas dites halaka le-Mosché mi-Sinaï, qu <lles s'appuient sur des indications bibliques ou
sont obtenues par les méthodes du raisonnement. Seule est appelée ainsi une disposilion qui ne saurait être rattachée directement ou indirectement au texte scripturaire. Toutes les dispositions, qui sont fondées sur la Loi, se divisent en cinq classes. Dans la première entrent les explications reçues de Moïse, qui s'autorisent de quelque indication biblique et qu'on peut déduire par voie de raisonnement. A leur sujet, il n'y a pas de divergence, et dès l'instant que quelqu'un disait : « Telle est la tradition », il n'y avait pas lieu à discussion. La deuxième classe comprend les lois dites halaka le-Mosché mi-Sinaï. Cellesci offrent le double caractère de n'avoir aucune preuve dans l'Écriture, et de n'être l'objet d'aucune divergence. La troisième catégorie renferme les réglementations tirées du texte sacré par des procédés logiques, et sur lesquelles les opinions différaient. En l'espèce, c'est l'avis de la majorité qui prévalait et sa décision avait force de loi.
Sous le quatrième chef se groupent les dispositions prises par les prophètes et les docteurs dans chaque génération en vue d'élever une haie autour de la Loi. Ce faisant, on s'inspirait de la parole de Lévitique, XVIII, 30 : « Montez la garde autour de mes observances », et de l'esprit de la tradition : « Établissez un rempart autour de mon dépôt » (Yabamoth, 21). Cette sorte de disposition a reçu le nom de Ghezéroth. En cette matière, il peut y avoir divergence, en ce sens que tel docteur édicté une défense que tel autre docteur n'approuve point. Mais dans le cas où l'unanimité existe sur une mesure, les prophètes eux-mêmes ne sauraient l'abolir. C'est ainsi que, d'après le Talmud, Elie n'aurait pas le pouvoir d'annuler une des 18 ordonnances fixées par l'école de Schammaï et par l'école de Hillel1, pour cette raison que les défenses en question ont été reçues dans tout le judaïsme.
La cinquième classe, enfin, réunit les réglementations
1. Écoles rabbiniques au premier siècle avant l'ère chrétienne.
que la raison ou le consentement général ont établies dans les relations des hommes entre eux. Ces réglementations portent le nom de Teqanôth et Minhaghim (preseriptionsel coutumes). Il est défendu de les transgresser ; comme l'a dit Salomon : « Celui qui renverse une clôture, le serpent le mord » (Eccl., X, 8). 11 existe quantité de ces prescriptions, le Talmud et la Mischna en donnent pour toutes espèces de choses permises et défendues, et qui Boni l'œuvre aussi bien de prophètes que de docteurs.
Rabbi a consigné dans la Mischna les opinions divergentes, afin que, si plus tard quelqu'un devait dire : « J'ai reçu un autre enseignement », on pût lui répondre :
Sans < Ion le, mais c'est l'opinion d'une minorité ». En rapportant l'opinion d'un isolé, tout en nous faisant conn fit iv que la règle a été fixée différemment, on a voulu encore nous montrer combien ces hommes aimaient la vérité, la justice et la religion. Ces hommes si honorés, si éminents en savoir et en piété, n'hésitaient pas à s'incliner devant l'opinion d autrui, sitôt qu'ils la jugeaient meilleure que celle qu'ils avaient tenue d'abord. A plus forte raison les autres hommes ne doivent-ils pas se raidir, après qu'ils ont constaté que la vérité est du côté de l'adversaire. Rappelons-nous la recommandation de Deut., XVI, 20 : « C'est la justice, la justice seule que tu dois rechercher », et la parole de Abôth, Y, 10 : « Il faut reconnaître la vérité ». Ce qui signifie : même si tu pouvais, au moyen d'une argumentation plus ou moins subtile, soutenir ton opinion, dès l'instant que tu t'es convaincu que c'est ton adversaire qui a raison, ne t'obstine point et rends hommage à la vérité.
Ilabbi a divisé son recueil en six parties qu'il a appeler, « ordre » : 1. Zeraîm (semences), 2. Moèd .3. Naschîm (femmes), k Neziqîn (dommages), 5. Qodaschim (sacrifices), 6. Taharôth (puretés).
11 commence par Y « Ordre des semences », parce que
rdre renferme les prescriptions relatives aux choses
La terre et que là est la source d'existence de tous les
êtres. Sans subsistance alimentaire, il serait impossible à l'homme de servir Dieu.
Il passe ensuite à Y « Ordre des fêtes », parce que cette succession des ordres est indiquée dans la Torah. Nous lisons, en effet, dans Exode, XXIII, 10 et 11 : « Six années tu ensemenceras ta terre, et tu en recueilleras le produit; mais la septième, tu lui donneras du repos ». Ensuite, seulement, il est question du sabbat et des fêtes, versets 12 et 14.
Si Fauteur de la Mischnaa placé 1' « Ordre des femmes » avant 1' « Ordre des dommages », c'est pour se conformer à la disposition des matières & Exode, XXV, où l'on parle d'abord du cas de celui « qui vend sa fille comme esclave » (v. 7 et suiv.), et du cas où « des hommes ayant une rixe, l'un d'eux: heurte une femme enceinte » (v. 22 et suiv.), tandis que la question d'« un bœuf qui heurte un homme » ne vient qu'au verset 28. Le livre de l'Exode contient les matières des quatre premiers ordres, le Lévitique celles des deux derniers. Là, également, Rabbi a suivi Tindication de l'Écriture.
Une fois ces grandes sections établies, l'auteur a divisé chaque ordre en masséktôt/i (traités), chaque traité en peraqîm (chapitres), chaque chapitre en halakôth (propositions). L'Ordre des semences a comme premier traité celui de Berakôth (bénédictions). Pourquoi, se demandet-on, ce traité vient-il en tête de la section des semences? C'est qu'avant que l'homme soit admis à manger, il doit prier. Après s'être occupé des prières, l'auteur retourne à l'objet propre de la section. Maïmonide suit la Mischna traité par traité, s'efforçant d'expliquer le plan adopté par R. Juda dans la composition de son œuvre. Au total, le chiffre des traités s'élève à 61, et celui des chapitres à 523.
Dans la suite, on se rendit compte de ce que le style de la Mischna avait de concis, de serré et de compréhensif. Cette brièveté pouvait suffire à ces premiers docteurs d'un esprit si pénétrant ; mais la profondeur de la pensée devenait obscure pour les autres, d'autant plus que les prc-
MA1M0NIDE.
i rabbins ae consignaient que des notes à leur usage
.inicl. De LA vienf «pin R. lliya, un des disciples de !; ,1.1.1. composa an Iïm'<4 dans La méthode de son maitre, ,:i vue d'éclaircir certains points et de combler certaines
es du recueil de Rabbi. Cet ouvrage porte lenomde
i i ,i pour objet d'expliciter la Mischna. R. Oschaya
lit de même. Rab rédigea la Baraïtha, IcSifra, \eSifrc, etc.
ement, toutes ces baràïtotb n'avaient pas la belle
I mgue de la Mischna, ni son ordonnance, ni sa concision.
n urquoi la Mischna est devenue classique, tandis Les ouvrages similaires sont demeurés au second
plan.
! générations suivantes s'attachèrent à étudier la Mi» Ima el a l'approfondir. Plus tard, les discussions s'éle- !it Mil- la façon dont il convenait d'entendre certains passages. D'autre part, de nouvelles préoccupations, de nouveaux problèmes s'imposèrent avec le changement des temps et des conditions. Nous descendons ainsi jusqu'à l'époque de Rabina et de Rab Aschi qui sont les derniers • les docteurs du Talmud (vc siècle de Tère chrétienne). A ce moment, Rab Aschi entreprit de composer le Talmud.
II fit pour tout ce qui s'était accumulé depuis Rabbi, comme celui-ci avait fait pour tout ce qui s'était amassé depuis Moïse. Il rassembla tous les résultats de l'effort collectif des docteurs et mit sur pied le Talmud.
R. Aschi avait en vue un quadruple objet. Il voulait : 1 . expliquer la Mischna, donner les différences d'opinion avec l'argumentation pour et contre; 2. fixer la décision à laquelle on doit se tenir; 3. faire connaître les dispositions nouvelles que les docteurs de chaque génération ont établies en se fondant sur la Mischna; h. indiquer les spéculations philosophiques et morales.
Pour ce qui est de ce quatrième objet, savoir le Drasch
qui se trouve dans le Talmud, il ne faut pas croire qu'il
s»it de valeur moindre; au contraire, il marque une in-
telligence remarquable, pour ce qu'il renferme de con-
s et de spéculations merveilleuses. En approfondis-
SOURCES DE MAIMOMDE. 39
sant ces passages, nous atteignons le meilleur de la vérité, le plus haut degré de la connaissance. Nous y découvrons des choses divines, le fond de ce que les sages avaient enveloppé et à quoi les philosophes s'étaient appliqués. Ces morceaux, quand on les prend à la lettre, paraissent dénués de sens. Si les docteurs ont eu recours à cette forme bizarre, c'est d'abord pour aiguiser la pensée de leurs élèves et pour stimuler leur effort ; c'est ensuite pour aveugler les yeux des sots, qui, si on leur avait montré l'éclat de la vérité, s'en seraient détournés suivant le penchant de leur nature. Aussi bien, il est recommandé de ne pas révéler aux sots les enseignements cachés, parce qu'ils sont incapables de les saisir exactement. Certains de ces secrets, nos docteurs ne les ont même pas dévoilés à leurs collègues. Tel était jugé apte à étudier la physique qui n'était pas reçu à s'occuper de métaphysique, comme on le voit dans Haghigah, 13 et suiv. Si les docteurs prenaient ces précautions, ce n'était pas en vue d'entraver le développement de la connaissance ou parce qu'ils s'estimaient supérieurs, mais parce que ces études font plus de mal que de bien à ceux qui ne sont pas particulièrement doués1.
Positivement, l'Ecriture renferme de nombreux symboles. Il faut un long effort et une grande habitude de réflexion pour en pénétrer le sens ; il faut aussi prier Dieu qu'il veuille nous découvrir les enseignements cachés, comme fit David : « Ouvre mes yeux, pour que je puisse contempler les merveilles de ta Doctrine » (Ps.9 CXIX, 18). A-t-on obtenu de voir clair, on doit se garder de communiquer sa science au premier venu. Il faut procéder par voie d'allusion et n'en parler qu'à un homme de haute intelligence et connu pour aimer la vérité. « Ne parle pas aux oreilles du sot, est-il dit dans les Proverbes (XXIII, 9), car il méprise tes paroles pleines de sens ». Aussi, quand on s'adresse au peuple, doit-on employer un langage
1. Voir plus loin le chap, sur la Préparation à la philosophie.
0 UAIMONIhK.
métaphorique, afin que les femmes et les jeunes gens ne Mûrissent le fond des .illusions qu'après maturité de juge- !i)« ni. comme il est écrit dans les Proverbes (I, 6) : « On saisira mieux para hoirs H, sentences, les paroles des sages .t leui - énigmes, »
Telles sont les raisons qui ont poussé nos docteurs à
, \, in- leurs Deraschôth de formes obscures. Donc, lors-
,|ur vous ae comprenez pas, n'en imputez point la faute
au Drasch, mais à votre propre intelligence, et sachez
bien que les esprits varient en pénétrationeten profondeur.
Après La littérature traditionnelle, Maïmonide consulte les Gheonim i recteurs d'académie du vme au xie siècle), les théologiens rabbanites et caraïtes1. En parlant de réfuter [es philosophes, il dit : « Je ne prétends pas cependant être le seul qui se soit appliqué à les réfuter; d'autres l'ont tait avant moi, tels HA va, Aron ben Sargado, Ibn Djana'h, Ibn al-Akouli, Ben 'Ilofni ha-Cohen, Rabbi Dôssa et son i; . Saadia Gaôn2. » Il ne cite que rarement les auteurs juifs qu'il a mis à contribution3. Voici quelques rapprochements qui permettent de se convaincre que Maïmonide a lu la plupart de ses devanciers.
Pour Saadia, comp. Huit Chap., i, ayecEmounôth, vm; i\ avec x; vi avec m, 2; Guide, I, ch. G5, p. 290 avec Emounôth, h, 8; voir encore Guide, I, ch. 34; ch. 71, p. 336; II, ch. 5, p. 63; III, ch. 17, p. 128 ; ch. 49, p. 417; VÊpttre au Yémen(Kobéç, II, 5a, col. 2); Kobéç, I, 18, col. ■2. VI, col. t. Pour Ba'hya, comp. HiL Déôth, II, 4; III,