Guide, II, ch. 36, p
2. lb.; cf. leçodé ha-Torah, VII, 1, 2, 5, 61; Kobeç, II, 23.
3. Guide, II, ch. 36, p. 282 et suiv. ; cf. Spinoza, Traité Théol.-Pol., II; (.ersonide, Crescas et Albo réduisent sensiblement le rôle de l'imagination
la plus haute et la plus noble ne s'exerce que lorsque les sens reposent. C'est alors que lui arrive l'inspiration, inspiration qui est la cause des songes vrais aussi bien que de la prophétie. Entre les songes vrais et la prophétie, en effet, il n'y a qu'une différence de degré, et non de nature1. L'opération de l'imagination pendant le sommeil est la même que dans l'état de prophétie, sauf que dans le sommeil elle est incomplète et n'est pas arrivée à son terme. Le mot vision (maréh) est dérivé de voir (raah), car l'imagination a un pouvoir d'hallucination qui lui fait voir, comme s'il existait réellement, un objet dont elle est elle-même créatrice.
Du fait que l'imagination est une faculté sensible, elle est soumise aux lois qui régissent cette sorte de faculté. C'est dire qu'elle est sujette à s'affaiblir et à se corrompre. De là vient que les prophètes, quand ils sont en proie à une émotion, à une passion, à un sentiment violent ou durable, cessent de prophétiser2. Certains, qui prophétisèrent pendant quelque temps, perdirent le don de prophétiser à la suite de quelque accident. A l'époque de la captivité la prophétie disparut, car désormais une profonde tristesse ne cessa de peser sur l'imagination, ce qui la rendit inapte à recevoir l'influx de l'intellect agent.
Aux facultés rationnelle etimaginative dont on vient de parler doivent s'en ajouter deux autres : l'initiative audacieuse et la divination. Il faut le courage qui jette en avant, fait braver les puissants et affronter les difficultés ; et, d'autre part, une puissance d'analyse et de synthèse foudroyantes telles que l'esprit en un instant embrasse
1. « Le songe est un soixantième de la prophétie », Talmud Berakoth, 57b. « Le songe est le fruit abottif de la prophétie », Beréschit/irabba, sect. 17 et sect. 44. C'est là, observe Maïmonide, une comparaison remarquable : le fruit abortif est identiquement le fruit lui-même, avec cette différence qu'il est tombé avant sa parfaite maturité.
2. Cf. « La prophétie n'arrive ni pendant la tristesse, ni pendant l'abattement », Talmud Schabbath, 30"; cf. Maïmonide, Huit Chapitres, ch. 7. Dans son Commentaire sur Nombres, XX, 8, Ibn Ezraexplique que si Moïse dut frapper le rocher deux fois, c'est parce que sa colère contre le peuple l'avait empêché, la première fois, de s'identifier avec l'Intellect agent universel.
toutes les données et en tire inimédialement les conclusions1.
Donc certaines conditions physiques, intellectuelles et morales sont nécessaires. Sont-elles suffisantes?
On peul distinguer trois opinions suc la prophétie : 1° L'opinion vulgaire, suivant Laquelle n'importe qui peut être prophète, dès l'instant que Dieu l'a marqué au front; aucune préparation n'est nécessaire, le dernier des ignorants peut recevoir le don. 2° L'opinion péripatéticienne, d'après Laquelle la prophétie n'est que le développement naturel d'une faculté que toute l'espèce humaine possède en puissance; L'ignorant ne saurait arriver à la prophétie, car celle-ci est l'aboutissement du suprême effort intellectuel et moral. 3° L'opinion juive, c'est-à-dire de Maïmonide, qui est la même que la précédente, avec cette différence qu'elle admet qu'un homme propre à la prophétie et y préparé peut pourtant ne pas être prophète de par un veto divin.
Il faut d'abord une longue préparation morale et spéculative. Dieu n'accorde pas le don de prophétie au premier venu — « pas plus qu'il ne serait possible qu'il rendît prophète un âne ou une grenouille ». Il ne communique la connaissance suprême qu'à un homme de haute intelligence, de grand savoir et d'irréprochable moralité. En second lieu, il ne faut pas qu'il y ait empêchement de la part de Dieu. En d'autres termes, si les qualités intellectuelles et morales sont la condition nécessaire de la prophétie, elles n'en sont pas pourtant la condition suffisante; celle-ci réside dans la volonté divine2. Si Maïmonide exige comme condition la volonté divine,
1. Guide, II, ch. 38. Pythagore croit à la mantique. Suivant Heraclite, lame participe dans une certaine mesure à la pensée universelle, de sorte que la divination fait comme partie de ses aptitudes naturelles. Aristote admet une faculté divinatoire naturelle. Les Stoïciens croient à la divination et à la révélation. Alexandre Polyhistor (ter siècle avant J.-C.) remet en circulation les idées pythagoriciennes. Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus admettent tous la divination.
2. Guide, II, ch. 32|; cf. Huit Chapitres, ch. 7; Commentaire sur la Mischna (introduction au Séder Zeraïm); Ieçodé ha -Torah, ch. 7, 1.
c'est pour parer à cette objection : s'il est vrai que l'inspiration n'est que le résultat des facultés humaines, d'où vient que nous ne rencontrons pas de prophètes parmi les philosophes?
La nature de l'épanchement divin est telle que celui qui Ta reçu en abondance prêche nécessairement les foules, au péril même de sa vie. Le prophète se sent poussé par une agitation intérieure qui ne lui laisse aucun repos ; il a, selon l'expression de Jérémie (XX, 8), comme un feu ardent qui circule dans ses os1.
L'inspiration dont jouit le prophète fait sentir son action sur les deux puissances imaginative et spéculative de son esprit2.
Sous l'effet de l'intellect agent, l'imagination se perfectionne à ce point que le prophète voit l'avenir comme s'il s'agissait d'objets perçus par les sens et donc peut le prédire; et la faculté rationnelle se développe à un tel degré qu'il a l'intuition de la réalité intime des choses comme s'il l'avait obtenue par des propositions spéculatives.
Ce n'est donc pas seulement pour l'imagination, mais aussi pour la faculté rationnelle que le prophète est mieux doué que le reste des hommes. Il faudrait même dire : surtout pour la faculté rationnelle. Car, en définitive, l'intellect agent n'agit pas directement sur l'imagination, l'effusion n'arrive à celle-ci que par la faculté rationnelle. C'est grâce à l'excellence de ses puissances intellectuelles que le prophète saisit les réalités intuitivement.
Il ne faut, par conséquent, accorder aucune attention à ceux dont la faculté rationnelle n'est point parfaite et qui ne sont pas arrivés au plus haut terme de la spéculation. Celui-là seul, en effet, qui s'est élevé à cette perfection spéculative peut ensuite acquérir des connaissances supé-