Cf. Talmud Yebamôth, 49b; Levit. rabba
un calme parfait. 4° Les autres ne recevaient l'inspiration qu'à certains moments, par l'effet d'une grâce particulière ; Moïse pouvait spontanément et à toute heure solliciter l'inspiration divine 1.
La connaissance métaphysique, parce que condition nécessaire de l'amour de Dieu, est l'objet suprême de l'effort humain2. Cette connaissance exige de longs exercices préparatoires, elle suppose l'étude préalable des différentes disciplines scientifiques et philosophiques en même temps qu'elle implique la pleine maîtrise de soi-même par la réduction des instincts, de la sensibilité et de l'imagination. Celui qui unirait les plus hautes qualités intellectuelles et morales — et que par ailleurs il ne rencontrât point d'empêchement de la part de Dieu, celui-là saisirait les réalités intuitivement, posséderait la connaissance béatifique.
Cependant, sur cette terre, nul ne peut arriver à cette
1. Commentaire s\ir la Mischna, introd. au Xe chap. de Sanhédrin, T article de foi; Ieçodé ha-Torah, ch. 7, S 6; Guide, II, ch. 35 et ch. 45, p. 344 et 348; III, ch. 51, p. 442. — Les patriarches ont eu l'esprit prophétique, mais ils n'ont pas été des prophètes dans le véritable sens du mot. « Que quelqu'un se prétendit prophète, disant que Dieu lui avait parlé et l'avait envoyé, c'est ce qu'on n'avait jamais entendu avant Moïse, notre maître. 11 ne faut pas te laisser induire en erreur par ce qu'on raconte des patriarches, lorsqu'on dit que Dieu leur adressait la parole et qu'il se manifestait à eux. A leur propos, on ne trouve pas ce genre de mission prophétique qui consiste à faire un appel aux hommes ou à guider les autres, de sorte qu'Abraham, ou Isaac, ou Jacob, ou ceux qui les précédaient, aient dit aux hommes : « Dieu m'a dit que vous devez taire ou ne pas faire telle chose », ou bien : « Il m'a envoyé vers vous ». Jamais pareille chose n'a eu lieu; au contraire, il ne leur fut parlé que de ce qui les concernait particulièrement; je veux dire qu'il s'agissait de les rendre parfaits, de les diriger dans ce qu'ils devaient faire et de leur annoncer quel serait l'avenir de leur race, mais pas d'autre chose -, et eux, ils appelaient les hommes au moyen de l'étude et de l'enseignement » ; Guide, I, ch. <i3, p. 281.
2. De même, Zohar du Cantique des Cantiques; cf. Ibn Bilia, Yeçôdôth Ita- Maskil, 13° principe. « L'objet de l'intelligence, dit Thomas d'Aquin, est l'essence des choses, aussi une intelligence progresse en perfection dans la mesure où elle connaît l'essence... L'homme a le désir naturel de connaître l'essence de la cause... Si l'intelligence humaine par l'essence des effets créés ne connaît de Dieu que son existence, elle n'atteint pas encore toute sa perfection, puisqu'elle ne pénètre pas dans l'essence de la cause première, et son bonheur n'est pas absolument parfait. Il est donc requis pour la béatitude parfaite que l'intelligence humaine connaisse l'essence de la cause première » ; Somme. I» 1*% q. m , a. 8.
1*2 ï MAIMONIDE.
intuition suprême, en raison de l'écran insurmontable que la matière interpose entre l'intelligence humaine et Dieu. Personne ne peut connaître les mystères métaphysiques dans toute leur protondeur. La réalité intime se laisse entrevoir pour ensuite se dérober : on dirait que telle est la nature de cette réalité. Dans la nuit épaisse nous voyons parfois luire un éclair. Le plus privilégié qui fut Moïse vit briller l'éclair coup sur coup, de sorte qu'il fut, pour ainsi dire, constamment environné de lumière. Pourtant, sa connaissance na pas été absolue, en raison de l'enveloppe matérielle où son Ame était enclose1.
1. Guide, 1, Introd., p. to et 12; III, ch. (.), p. 57 ; I, ch. 21, p. 76 et suiv.; Huit cliap., ch. 7, p. 53; Ieçodé • ha-Torah, I, 10; cf. Exode, III, 23; Tal» mud Yebamôth, 49b.