II, ch. 1, p
3. Cf. Aristote, Phys., liv. VIII, ch. 5; MHaph.y liv. XII, ch. 7. Maïmonide a emprunté cette démonstration à Alexandre d'Aphrodisias. Cette démonstration est reproduite dans le commentaire d'Avei roès sur la Métaphysique. « Et quia invenimus aliquod motum et movens quasi compositum ex movente et moto, et invenimus aliquod motum per se et non movens, manifestum est quod est necesse aliquod movens esse et non motum», éd. latine, 149 verso; voir Munk, op. cit. ,11, p. 38.
aucun être uc naît ni ne périt; 2° ou bien tous naissent et périssent; 3° ou bien, en partie, ils naissent et périssent, et en partie, ils ne naissent ni ne périssent.
Le premier cas est inadmissible, car nous voyons des êtres naître et périr.
Le second cas est également inadmissible. Par rapport à l'espèce, la possibilité équivalant à la nécessité 1, si l'on admettait la possibilité pour tous les êtres de naître el de perir, il s'ensuivrait que tous les êtres auraient nécessairement péi'i, car ce qui est possible pour l'espèce ne peut pas ne pas arriver nécessairement.
Or, après qu'ils auraient tous péri, il eût été impossible qu'il existât quelque chose. D'où il résulterait qu'il n'existe absolument rien. Cependant nous constatons des existences, et nous-mêmes nous existons. D'où il suit que, s'il y a des êtres qui naissent et périssent, il faut aussi un être qui ne naisse ni ne périsse : il sera d'une existence nécessaire. Maïmonide semble avoir délibérément enveloppé d'obscurité cette démonstration, parce qu'elle implique l'éternité du monde.
L'être nécessaire ne peut être tel que par son essence ou par rapport à autre chose. S'il l'est par rapport à sa cause, c'est sa cause qui sera l'être véritablement nécessaire. Il faut donc qu'il existe un être dont l'existence soit nécessaire par son essence. Cet être est Dieu2.
1. Guide, II, ch. 1, p. 39. Consulté sur ce passage par le traducteur IbnTibbon, Maïmonide donne l'explication suivante : Quand le possible .«e dit d'une espèce, il faut qu'il se réalise dans certains individus de cette espèce; car s'il ne se réalisait jamais dans aucun individu, comment affirmerait-on qu'il est possible? Si nous posons que l'écriture est une chose possible pour l'espèce humaine, il faut nécessairement qu'à un moment donné il y ait des hommes qui écrivent : soutenir que jamais un homme n'a écrit ni n'écrira, ce serait dire que l'écriture est impossible à l'espèce humaine. 11 n'en est pas de même du possible par rapport à l'individu : si nous disons de tel enfant, qu'il se peut qu'il écrive ou n'écrive pas, cela n'implique pas que l'enfant nécessairement doive écrire à un moment quelconque. Ainsi, par rapport à l'espèce, le possible devient en quelque sorte nécessaire.
2. Pour toute cette démonstration, Maïmonide s'est inspiré d'Avicenne; voir Nadjât, p. 60 et suiv. Cf. Carra de Vaux, Avieenne (Paris 1900), p. 266 et suiv. D'après Avieenne, tout être est ou nécessaire ou possible. S'il est nécessaire, l'existence de l'être nécessaire est prouvée ; s'il est possible, on dé-
Une dernière démonstration qui, au fond, n'en fait qu'une avec la première, consiste à remonter des effets aux causes jusqu'à la cause première.
Nous voyons continuellement des choses passer de la puissance à l'acte. Or, une chose ne passe de la puissance à l'acte que sous l'action d'une autre qui, nécessairement, lui est extérieure. Car si la cause du passage à l'acte était immanente à la chose même et qu'il n'y eût aucun empêchement, la chose serait toujours en acte. Comme la série ne peut être infinie, il faut arriver à une cause qui fasse passer de la puissance à l'acte, et qui elle-même soit acte pur sans mélange de puissance ; car, supposé que son essence renfermât une possibilité, cet être pourrait, à un certain moment, ne pas exister en acte. Cet être dont l'essence exclut toute possibilité, qui est acte absolu, c'est Dieu1.
« Il est donc clair, conclut Maïmonide, que l'existence de Dieu, être nécessaire, sans cause, dont l'existence est en soi exempte de toute possibilité, est démontrée par des preuves décisives et certaines, que le monde soit une création ex nihilo ou non2 ».
Donc Dieu existe ; mais qu'est-il, que savons-nous de sa nature ? Le problème des attributs occupe la place centrale dans la scolastique arabe, juive et chrétienne3; il est au premier plan du système de Maïmonide.
Ce docteur pose comme un axiome que Dieu est unité absolument simple, sans composition ni divisibilité.
Dieu n'a donc pas à' attribut essentiel. L'attribut est
montre que l'existence du possible conduit à celle d'un être nécessaire. Les possibles existant ont besoin de causes, ces causes ne s'enchaînent pas sans fin ni ne retournent sur elles-mêmes, elles aboutissent donc a l'être nécessaire.