‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 111 sur 135 · Œuvres inédites..., t. III, p · texte numérisé non relu

Œuvres inédites..., t. III, p

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LA VIE DE L ESPRIT

Dieu il faut le concevoir. Ce concept dépasse les forces de notre esprit : il nous vient directement de Dieu lui-

Mais par quelle voie pourrait>il en venir, si Dieu réellement présent n^était l'objet de notre pensée? Toute idée qui s'interposerait entre lui et nous, serait inexacte. Elle serait une image, une copie; eUe atténuerait nécessairement l'original qu'elle devait reproduire et, au Ueu de nous unir à lui, entre lui et nous dresserait une barrière : ce serait un retour injustifié à une théorie depuis longtemps condamnée, ceUe des idées-images. Nous percevons directement les objets situés dans l'espace; et la portion d'étendue qui les constitue, nous la voyons en elle-même, non dans une représentation mentale qui en serait le substitut2. S'il en est ainsi des corps qui, par leur nature, par la distance qui les sépare de nous, semblaient devoir se dérober à toute relation directe avec notre pensée, que faut-il dire de Dieu qui n'est pas seulement près de nous,

1. Dans le point de Tue psychologique, ou sous le rapport de la connaissance rame tire tout d'elle-même, ou du moi. parla réflexion; mais dans le po de vue moral, ou sous le rapport de la perfection à atteindre, du bonhe à obtenir, ou du but de la vie à espérer, l'âme tire tout ou reçoit tout du dehors; ;on de ce dehors du monde, des sensations, mais du dehor su périeur d'un monde purement intellectuel, dontDieu est ^e ^ - ; -H^^^^^^^ ne trouve en elle qu'imperfection, bassesse, misères, vices, légèreté. Comme donc l'idée ou le sentiment qu'elle a du parfait, du grand, du beau, d réternel, pourrait-il naître de son propre fonds? Il faut ^^connaïUe q les Vérins morales et religieuses, qui ont le bien pour objet, et la perfect o pour fin, ont une autre source que les vérités P^y^^^^^^sy^*' "'J l'homme sensible, inteUigent et libre, ou dépendent d'autres facultés comme l'a très bien reconnu Kant [Pensées, p. 283, commentaire d une parole de 1 1mitation de Jésus- Christ). — Cf. Ibid., p. 295. 2. Science et psychologie, p. 114.

qui est vraiment en nous et aussi intérieur que nousmêmes? (t Lorsque je pense à Dieu, à la cause universelle, ie vois Dieu, et non pas sa représentation, comme dans une idée qui aurait un objet distinct d'elle-même au dehors; comme en pensant à la lumière qui m'éclaire je la vois et non pas seulement son idée*. » Nous voyons Dieu et, en lui, les vérités éternelles.

Cette vision est un fait, plus que cela, elle est nécessaire. Qu'on nous ferme cette issue et qu'on nous isole de la vérité substantielle, quelle fixité pourra-t-il y avoir dans nos jugements et quelle certitude? Nous en sommes réduits à nos idées et à nos opinions. Mais « autre chose est une opinion, une idée de la vérité et la vérité même, comme autre chose est la ressemblance d'un objet et cet objet même ». L'opinion est variable, la vérité est immuable; l'opinion est douteuse, la vérité est certaine. Pour que la certitude ne nous échappe pas irrémédiablement, il faut que nous puissions dépasser l'opinion, il faut que nous ayons un <c moyen direct d'atteindre la vérité ». Et il en est ainsi. « La réalité absolue de l'être peut se manifester immédiatement à notre âme, autrement que par des idées qui, nous donnant une ressemblance supposée de l'être réel ouvrai, et non point cet être, ne sauraient porter avec elles le critérium de la vérité même, de la ressemblance

à l'objet^. »

Nous voyons Dieu, les vérités en lui, à sa lumière. — A sa lumière ! Maine de Biran se reproche de n'avoir pas pris garde plus tôt à cette métaphore usuelle et banale et

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