LA VOLONTE
L'intelligence dépend de Dieu. La volonté en dépend aussi. Dieu qui est la vérité suprême, est aussi le bien absolu; et, quand nous choisissons le bien ou que nous tendons vers le mieux, c'est pour Lui que nous prenons parti, vers Lui que nous nous dirigeons : Il est l'objet de la volonté, comme 11 l'est de l'intelligence '.
Nous arrivons à une théorie de la volonté qui semble démentir la théorie de l'effort. Tout cependant l'annonçait, la préparait, la sollicitait. Maine de Biran y est invinciblement conduit par les exigences de sa pensée, plus encore par les tendances de son âme, par les désirs d'une perfection que, de ses propres forces, il ne pouvait atteindre : d'un côté, comme de l'autre, il est poussé, non pas
1. Si le Toile qui cache à l'intelligence le yrai, le bon absolu, tombait tout d'un coup, l'objet réel de notre connaissance serait aussi l'objet unique de notre amour (Pensées, p. 347-348).
à détruire la liberté, mais à la remettre entre les mains
de Dieu.
Voici d'abord sa théorie de la liberté. Nous sommes indépendants de l'organisme et nous pouvons à notre gré commencer un mouvement, le dévier, le suspendre, l'arrêter. Mais cette activité intérieure d'où part le mouvement volontaire, si elle n'avait ni lumière ni guide, se confondrait avec le hasard. Nous ne voulons pas sans motif. Quelle est la relation de ce motif et de ce vouloir ^?
C'est là que, pour la plupart des philosophes, gît la difficulté. Le motif a-t-il sur la volonté une action irrésistible, efficace de sa nature, nous sommes nécessités. Le lien du motif et du vouloir se forme-t-il de telle sorte que l'initiative de l'action demeure toujours en notre pouvoir, nous sommes libres.
Maine de Biran n'accepte ni l'une ni l'autre de ces doctrines. Il y a, entre le motif et la volonté, un lien nécessaire, ou plutôt, pour parler sa langue et traduire sa pensée de façon plus précise, nous suivons nécessairement nos préférences ; et nos préférences ne dépendent pas de nous : elles sont le résultat fatal d'une comparaison entre les passions qui viennent du corps, et les sentiments qui résultent de nos idées. Et pourtant, nous sommes libres. Mais c'est plus haut qu'il faut situer la liberté, dans la comparaison elle-même. « L'activité n'est point, comme onl'adit, dans la préférence, pas plus que la volonté n'est dans le désir. On ne préfère qu'après avoir comparé. Or,