‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 115 sur 135 · Œuvres inédit es... y 1. 1, p · texte numérisé non relu

Œuvres inédit es... y 1. 1, p

lit

LA VIE DE l'esprit.

c'est dans la comparaison qu'est Tactivité ; la préférence n'en est que le résultat^. »

Cette comparaison, la liberté en a l'initiative : elle peut en prolonger la durée et, d'une manière indirecte, en modifier les résultats. Les passions et les sentiments sont en présence et la victoire est assurée à celui qui pèsera d'un poids plus lourd sur la volonté ; mais nous avons un moyen pour faire varier ces poids, l'attention. (( L'activité de l'attention rendant l'idée plus vive, en rapproche, pour ainsi dire, l'objet, et accroît le sentiment qui y est associé, au point de le faire prévaloir sur l'émotion présente, qui s'affaiblit et prend à son tour les couleurs d'un objet éloigné. C'est ainsi que la liberté morale se trouve garantie 2. » La décision finale dépend de L'attrait qu'exercent sur nous les passions et les sentiments. Mais cet attrait n'est pas une chose donnée, fixe, immuable; il résulte de l'attention qui est active et libre. Nous sonimes ainsi tout à la fois les maîtres et les esclaves de nos passions et de nos sentiments, nécessités et libres. Maine de Biran a pu croire un instant qu'il éclaircissait amsi le mystère delà liberté. Une l'a même pas atténué ; il l'a seulement déplacé. Il le sent déjà et se mettra bientôt en quête d'une explication meilleure.

Après avoir, pour la mettre à l'abri d'une difficulté, fait remonter la liberté de la résolution jusque dans la comparaison, il ajoute immédiatement ces paroles : « L'homme sensible préfère nécessairement le meilleur, mais le meilleur n'est reconnu ou jugé tel que par l'être actif

qui fait un effort pour le chercher, et qui y arrête volontairement sa pensée 1. » Il faut donc chercher le meilleur, et cette recherche ne va pas sans effort. Quand on l'a trouvé, il faut y arrêter volontairement sa pensée. Or chercher le meilleur, le chercher avec effort, y arrêter volontairement sa pensée, ce sont sans doute les antécédents, ou si l'on veut, le début d'un acte qui, dans son tout complexe, peut êtr« appelé libre; mais ce sont aussi des actes, et des actes libres. Qu'est-ce qui les détermine? Pourquoi chercher le meilleur? Pourquoi, après l'avoir trouvé, y arrêter volontairement notre pensée, pour rendre son influence prépondérante? Est-ce que cela ne suppose pas qu'il y a, précédant toutes nos préférences particu- Hères et accidentelles, une préférence primitive, fondamentale, qui soUicite la liberté, la guide dans ses recherches, la meut du dedans jusqu'à ce qu'elle se soit fixée dans le parti qu'elle lui suggère et vers lequel, à travers ses hésitations apparentes, elle l'acheminait. En un mot, avant qu'il devienne conscient dans une résolution pratique, le choix est déjà fait par nos tendances; et qui les connaîtrait bien, pourrait l'y démêler. « L'homme sensible préfère nécessairement le meilleurs »; et, par suite, il le veut d'une volonté essentielle, antérieure à tous les actes. Cette volonté manifestement n'est pas libre; c'est une tendance passive. Elle est fixée avant l'intervention du moi; elle ne relève pas de nous. D'où vient-elle? 11 y avait là une question sans réponse. Et, comme cette tendance est dominatrice, on voit que par elle la liberté va

1, Œuvres inédites..., t. II, p. 215-216.

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