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LA VIE DE L ESPRIT

être, sinon entièrement livrée, du moins subordonnée à une force supérieure.

Maine de Biran était de plus entraîné dans le même sens par son expérience personnelle. Il ne pouvait s'en tenir à la paix inquiète et précaire que la liberté était en mesure de lui fournir. Quelle confiance il avait en elle dès le début! Quand il s'était aperçu que les sensations n'étaient pas tout l'homme, qu'il ne se trouvait pas livré sans défense à leur mobilité, que, pour se soustraire à leur influence et se dérober à leurs mouvements, à cette espèce de flux et de reflux dont l'agitation et l'inconstance le désolaient, il y avait en lui quelque chose d'indépendant et d'autonome, c'avait été pour lui plus qu'une découverte philosophique; il avait cru qull venait de conquérir la paix et de mettre la main sur l'instrument du bonheur. La liberté lui était apparue comme un abri sûr contre les défaillances de son organisme débile et les tristesses fortuites dont, à toute heure, il se sentait menacé. Mais il ne fut pas long à sentir que, si les sensations sont mobiles, la liberté est instable. Il aime le bien, il le veut et il Faccomplit; mais sa volonté est faible, il la sent se dérober entre ses mains et défaillir. De cette expérience, trop souvent répétée, naît en lui une crainte et un désir : la crainte de se retrouver, malgré sa bonne volonté présente, tel dans l'avenir qu'il a été dans le passé ; et le désir d'élever son âme et de la maintenir dans la sérénité qu'il a vainement attendue de la sensation.

Il fut alors séduit par le stoïcisme *, et il devait l'être.

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