‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 12 sur 135 · Pensées, p · texte numérisé non relu

Pensées, p

2. ... Ce qui natte les hommes, ce qui a tant d'empire sur eux, les richesses, l'ambition ; rien de tout cela ne ma tenté un instant ; les affaires ne mont jamais occupé {Pensées, p. 133-134). ... enfin les séances de la Chambre ou je suis quatre à cinq heures de suite comme à un spectacle ennuyeux, suivant des yeux et des oreilles un orateur, comme on suit les

pnouvements d'un danseur de corde, sans qu'aucune faculté de l'esprit soit

■exercée, souvent laissant errer mon imagination dans la vague. Cette vie

ûest propre qu'à abêtir... J'aspire à redevenir moi {Ibid., p. 150). ... Je

LES SOURCES DE LA DOCTRINE

Comme Socrate et Platon, c'est un rêveur. Pour lui, comme pour eux, ce n'est ni dans la matière, m dans le mouvement extérieur où s'épuise l'activité humame, que se trouve l'être vrai ^ ; il est intérieur et caché. Le monde métaphysique auquel il n'abordera que p us tard, le tente déjà dès le début de sa vie publique Les préventions dont il a été nourri, l'empêchent dy pénétrer ; inais il est sur le seuil et ce seuil lui paraît sacre U est épris de sa beauté. Sans la comialtre, il la pressent, i va vers elle; et, par une brèche impraticable avant Im, il en

ouvrira l'accès. .

De là, quand il écrit, ses hésitations et ses craintes et aussi les variations de sa pensée. Philosopher pour Im n'est pas répéter des formules apprises, reprendre des déductions déjà faites; c'est se mettre en face du réel et le voir dans sa nudité. Or, si les idées abstraites sont simples, la réaUté, surtout intérieure, est complexe; ses aspects sont changeants; elle a des profondeurs difficiles à sonder. On ne peut la saisir dans sa fuyante mobilité m en pénétrer le fond sans un effort persévérant et toujours repris. Maine de Biran ne se tient jamais pour assuré d'en avoir épuisé le contenu. Au delà du point où s'arrêtent ses regards, n'y a-t-U rien, n'y a-t-il pas un monde nouveau

.„is con,n,e un somnambule, au milieu de ce monde qui est léger [Ibid.. p. 262

'ToTt conçoit pas parmi nous la vie intérieure, on la regarde comme folle et Me tandis que ceux qui connaissent cette vie regardent du mé.n œ 1 les g'sl monde, qui sont tout hors d'eux-mêmes. Qu. est-ce qur Tatinî Ceux qui nient ce qu'ils ne connaissent pas et ne veulent pas cZi reV Je connais aussi bien que vous le monde exter.eur e I^Je vous n'avez pas l'idée de mon monde intérieur et vous voulez le juge, {Pensées, p. 232)!

dont un Christophe Colomb fera quelque jour la découverte *? Il lui en reste une inquiétude.

Il est trop sincère pour la dissimuler; et son embarras passe dans son style. Il ne songe qu'à être vrai ; c'est la nature la moins oratoire qui soit. Il y a des esprits pour lesquels la pensée ne vaut que par l'effet qu'elle peut produire : ils songent à lui donner du relief, de l'éclat, à l'armer de douceur ou de force pour l'insinuer ou la faire entrer violemment dans l'âme des auditeurs ; ils sont préoccupés et du tour grammatical et de la valeur, mais aussi de l'élégance et de la sonorité des mots. Maine de Biran n'a souci que de science pure. C'est un savant uniquement attentif à ses expériences; et le résultat de ses recherches ne s'ordonne pas spontanément en phrases bien agencées, en métaphores voyantes : il pense sans paroles. Tandis que d'autres, pour écrire, n'ont qu'à recueillir le discours intérieur, lui, il doit traduire et comme transposer sa pensée^; et cela ne va pas sans quelque embarras ni quelque gaucherie.

Il est plus heureux quand il parle de ses découvertes : il se retrouve lorsqu'il est question de philosophie 3. Sans doute, il en parle encore moins comme qui pense que comme qui se souvient ; mais ces choses, il les a

l.Qui sait tout ce que peut la réflexion concentrée, et s'il n'y a pas un nouveau monde intérieur qui pourra être découvert un jour par quelque Colomb métaphysicien (Pensées, p. 213)?

2.... Je néglige les expressions, je ne fais jamais une phrase dans ma tête; j'étudie, j'approfondis les idées pour elles-mêmes, pour connaître ce qu'elles sont, ce qu'elles renferment, et avec le plus entier désintéressement d'amourpropre et de passion (Pensées^ p. 227-228).

3. J'ai retrouvé toute ma vie, en discutant sur mon principe psychologique de causalité, et sur les points de vue de Kant, avec MM. Slapfer et Ampère {Ibid., p. 301; ibid., p. 152).

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si bien xues, d'un œil si pénétrant, il les a poursuivies d'une recherche si patiente et si obstinée, il s'en est emparé d'une prise si victorieuse qu'il ne peut les oublier. Ses hésitations cessent, sa timidité disparaît, sa parole est si ferme et si précise qu'il réveille chez ceux qui l'entendent le regret de ne pas le voir aborder la tribune. Ce regret, il l'éprouve lui-même. « Il faudrait, dit-il, que je pusse prendre aux matières politiques qui s'y (à la Chambre) traitent le même intérêt que je prends aux choses de spéculation ^ »

Mais il n'y parviendra pas ; il est ramené à la vie intérieure par ses impuissances elles-mêmes et par ses goûts. « Pour être psychologue il faut être malade » , dit-il luimême.

Sainte-Beuve le conteste. Il est vrai pourtant que, plus fort, Maine de Biran se serait tourné vers l'action 2. Mais parce que l'instrument est rebelle entre ses mains, qu'il fléchit et que parfois il se dérobe, il est amené à s'occuper de lui plus que de l'œuvre qu'il accomplit, à en étudier le mécanisme, à le démonter, à examiner l'une après l'autre les pièces qui le composent. C'est presque une nécessité.

C'est de plus un goût : « Je suis..., dit-il, doue de l'aperception interne, et j'ai, pour ce qui se fait au dedans de moi, ce tact rapide qu'ont les autres hommes pour les objets extérieurs 3. » Il a une lucidité merveilleuse; rien ne lui échappe.

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