Pensées, p
2. ... Nous supposons toujours, conformément à cet état même de méditation ou d'abstraction du moi, que le sujet d'attribution de tous les modes d'existence intérieure ou actes intellectuels, est le moi pur, séparé de l'organisation, tandis que c'est à l'homme tout entier, c'est-à-dire à Torganisation vivante animée par une force propre, que tout ce qui se passe dans l'homme appartient réellement et doit être aUribué. Or, quoique la force ou la partie active de l'homme fasse tout en lui, du moins tout ce qui est dans sa conscience, il n'en est pas moins vrai que le mode d'exercice actuel de la force dépend lui-même de l'état et des dispositions de l'organisme (Pensées, p. 351). — Cf. Ibid., p. 392, 36P-370.
range Maine de Biran. Son parti est pris depuis longtemps. Le corps, comme l'âme, dérive de Dieu et demeure sous sa main : Dieu trouve ainsi le moyen, non seulement de solliciter du dehors notre volonté, par les attraits ou les répugnances qu'il nous inspire; mais encore, en la pénétrant, de l'aflPermir ou delà laisser sans vigueur. Il a de plus le pouvoir d'agir sur elle directement et sans intermédiaire. Sur ce point, la conscience est muette. Maine de Biran l'admet cependant ^
N'est-ce pas une main-mise complète sur nous? En vérité, que reste-t-il de notre liberté? Ne semble-t-il pas que Dieu en ait fait le siège, qu'il l'ait circonvenue et que, resserrant peu à peu le blocus dont il l'avait pressée, il ait fini par s'en emparer? Il la sollicite parles attraits qu'il éveille, les paroles séductrices que, dans le silence de la pensée, il lui fait entendre ; il a déposé en elle la tendance fondamentale qui la meut, sans laquelle elle demeurerait inerte; enfin, il lui fournit, lui mesure ou lui retire la force enveloppée dans l'acte du vouloir. Restet-il quelque chose pour la liberté? Oui, la décision ellemême. Elle peut être rendue impossible, sans doute, si la force, d'où qu'elle procède, du corps ou de Dieu, vient à manquer tout à coup; elle peut être rendue malaisée, si cette force faiblit. Mais, tant qu'elle ne se retire pas tout en-
1. ... Dans l'influence la plus élevée de la grâce, on peut croire qu'il y a toujours une condition organique sans laquelle l'homme qui se sent élevé audessus de lui-même, n'aurait pas ce sentiment.
... Nous dépendons de l'organisation pour recevoir une lumière supérieure qui nous éclaire et jouir de la vérité, comme nous dépendons de la bonne conformation de nos yeux pour voir la lumière au dehors (Pensées, p. 352- 353).
tière, tant que le vouloir est possible et qu'il est, il est indépendant. On a dit que, pour prouver la liberté, il faudrait établir sa complète indépendance vis-à-vis du corps, du monde, de Dieu, et montrer qu'il y a entre elle et tout être une solution de continuité, que, dans son existence, dans sa nature et dans ses actes, elle ne relève que d'ellemême. Que Maine de Biran est loin de cette façon de sentir! Il admet que, par elle-même et par le corps auquel elle est unie, la liberté dépend de Dieu, qu'elle en dépend dans sa nature et même dans ses actes. Mais, pourvu que, sous la pression des attraits et des répugnances qu'elle éprouve, elle puisse, en face d'un acte à accomplir, donner ou refuser son assentiment, il la tient pour réelle * .
Dieu est à l'àme, dit-il, ce que l'âme est au corps. Or, sous l'action vivifiante de l'âme, le corps garde sa nature, il demeure résistant et impénétrable, il ne perd pas un atome de son poids. Il en est de même de l'àme : sous l'action de Dieu qui l'a créée et qui la porte, elle conserve sa vie propre et reste en possession de sa liberté.
1. La liberté interne gouverne la force attractive de l'àme (PenséeSf p. 381).