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Ce ne pouvait être non plus la crainte. Quand le devoir parlait, sa timidité naturelle faisait place à un courage intrépide. Il fut, on le sait, des cinq qui, dans le silence universel, osèrent élever la voix pour adresser des remon- Irances à un maitre autrement redoutable que l'opinion publique. L'opinion d'ailleurs, à cette époque, il n'eût pas eu à la braver; pour se montrer catholique et catholique pratiquant, il n'y avait pas à remonter le courant, mais à le suivre.
Faut-il mettre cette abstention sur le compte de l'indifférence ou d'une existence dont les affaires et les devoirs de la vie mondaine se disputaient les moments? Pendant ses séjours à Paris, il était, en effet, tiraillé dans tous sens. Ses amis se plaignaient de ne pouvoir le surprendre en repos et chez lui; lui-même déplorait ce temps où il était sans cesse hors de lui et devenait excentrique. Pourtant, jusque dans ce mouvement de Paris qu'il déteste et dont il ne peut se décider à sortir, il n'a souci que de vie intérieure : le monde des affaires est un monde étranger où il ne laisse que son ombre ; il essaie de s'y faire, même aux heures d'entraînement extérieur, une solitude permanente; en tout cas, il se réserve quelques heures de recueillement pour se ressaisir et vivre, ne serait-ce que quelques instants, ce qui est pour lui la vraie vie. Chaque matin, pour s'entourer de paix et s'armer de force, il lit un chapitre de Ylmitatlon. 11 lit aussi très souvent l'Écriture sainte, la cite dans ses lettres et son journal, commente l'Évangile de saint Jean, se met à l'école de Fénelon à qui il amène ses filles, la cadette surtout, Adine, qui, comme lui, avait besoin d'un
LA VIE DE L ESPRIT
guide. Et puis, le dimanche est pour lui un jour de repos, de vacance, comme pour les écoliers. Quel que soit le fardeau qui pèse sur ses épaules et quelque agitée que soit sa vie, il n'oublie pas son âme : il sait trouver, parce qu'il le veut, le temps de la cultiver et de l'élever sur les hauteurs familières. Comment n'aurait-il pas trouve celui de chercher auprès de Dieu le secours dont il sentait le besoin? Il lui demandait dans la prière le goût de la vertu, la force de la pratiquer; il croyait le sentir lui-même présent au fond de son âme d'une présence efficace et active. S'il avait cru que ce Dieu était réellement vivant d'une vie mystérieuse dans l'Eucharistie, comme la foi catholique l'enseigne, comment se serait-il résigné, lui si faible et si impatient de sa faiblesse, à se priver d'un pareil secours? Ne convient-il pas de penser que, s'il s'est abstenu pendant sa vie entière de la pratique effective du christianisme, c'est que, tout en cherchant la foi, il n'avait pas pu la conquérir?
D'autre part, il parle toujours en chrétien. En 1818, à la Chambre, il prend la parole pour faire restituer aux ministres du culte catholique les registres de l'état civil. Il déclare que la religion catholique, parce qu'elle est divine, ne peut être soumise à aucune loi, qu'elle ne relève que d'elle-même et de Dieu^ Il s'intéresse vivement à la nouvelle division des diocèses 2, à l'organisation du culte, aux missions qui doivent ranimer la foi dans les campagnes. Il prend part ostensiblement, et avec joie, à toutes les cérémonies du culte catholique. Il suit, en 1816, lapro-