‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 19 sur 135 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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dégoût, les langueurs. Rien ne le soutient. Le monde extérieur lui échappe et s'éloigne davantage chaque jour ; il le regrette et le poursuit quelquefois avec un sentiment d'impatience et de désespoir *. Il porte un ennemi intérieur qu'il tâche de fuir, mais qui le suit et « ne lâche pas prise ». Il est rivé à cet intérieur malheureux par Thabitude de s'étudier- dont il ne peut se débarrasser. « Je me hais, je me condamne et me critique sans cesse. » Que faire? Pour échapper au présent, se jeter sur l'avenir? Il n'y en a plus pour lui. « Autrefois..., dit-il, je comptais sur mes facultés, j'espérais qu'elles s'étendraient toujours, j'attendais de grands progrès du temps et du travail ; et l'expérience m'apprend que je m'appuyais sur un faible roseau, agité par les vents, et rompu par la tempête. Nos facultés changent et trompent notre attente; nous sommes tout aussi peu fondés à croire à leur force et à leur durée qu'à leur autorité'^. »

Et cette désespérance est bien définitive. Elle ne vient pas d'une dépression momentanée qui va être suivie d'un sursaut de vie, ni d'une maladie qui peut disparaître : « On se dit malade, on se berce de l'idée que cet état pénible tient à quelque cause particulière, dont on espère guérir comme d'une maladie. Vaines imaginations! La maladie, c'est la vieillesse, et elle est misérable; il faut s'y résigner*. » Il va se résigner en effet, non de cette résignation passive du voyageur lassé qui, à bout de forces,

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