Ibid.j p
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renonce à continuer la route et sur le bord du chemin se couche pour mourir, mais d'une résignation active. Il se sent plier sous le fardeau qui s'alourdit sur ses épaules, il ne le rejette pas. Tout lui manque à la fois : le monde s'éloigne de lui ; il n'a plus foi dans la science qui lui fut si longtemps une compagne austère mais fidèle; il sent ses facultés baisser et tout son être intérieur se dissoudre.
Dans cet abandon et au milieu de ces ruines, ce qu'il y a de plus profond et comme de divin à la racine de la volonté se redresse. Au lieu de s'affaisser, son âme, d'un vol hardi, va s'élever jusqu'à Dieu. Désormais, ni la loi morale qui en même temps qu'une force est un soutien, ni l'idéal ne lui suffisent; il lui faut quelque chose déplus réel : Dieu lui-même. Ce n'est pas assez de croire à son action ; il veut la sentir, et il la sent : « La présence de Dieu s'annonce par un état interne de calme et d'élévation qu'il ne dépend pas de moi de me donner ^ » Mais elle se manifeste habituellement dans la solitude, et cette solitude peut nous accompagner partout : (( Il y a toujours moyen de se faire cette solitude profonde au dedans de soi et d'avoir, même au milieu des affaires et de tout le tumulte du monde, comme un lieu secret où aucun bruit ne pénètre, où la voix de la conscience, celle de Dieu même prédomine sur toutes celles du dehors 2. » Dieu lui est un repos, un appui et une force; et c'est entre ses mains qu'il remet son âme lassée, de lui qu'il reçoit une nouvelle vie.
Le chemin qu'il a parcouru, beaucoup d'âmes simples I. S*nté€$, p. ii€w
î. IM, p. 310.
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l'ont suivi : les mêmes inquiétudes et les mêmes faiblesses les ont jetées sous le même abri et livrées à la même direction. Et si Maine de Biran n'avait fait que céder à cette impulsion intérieure, à cet instinct du cœur, son cas, s'il n'était pas vulgaire, parce qu'il est fréquent n'offrirait que peu d'intérêt. Mais l'impulsion aveugle qu'il ressent ne lui suffit pas ; il ne veut pas marcher dans les ténèbres. Toute sa philosophie est un effort ininterrompu pour agrandir le cercle de lumière où se meut sa volonté. Il ne cède à l'attrait qui le sollicite que lorsqu'il est parvenu à le justifier : sa raison n'abdique jamais, elle résiste quand elle ne voit pas. C'est de cette résistance qu'a jailli la doctrine et le système.
Quand Dieu s'offre à lui, il craint d'abord pour sa liberté. Il la si laborieusement conquise î Elle lui est une arme pour résister à sa nature mobile ; il lui doit les seules satisfactions qu'il puisse désormais attendre. Il craint de la perdre ou de l'amoindrir. Est-ce que le christianisme ne va pas l'entamer? elle est déjà si chétive. Sous l'influence de la grâce et entre les mains puissantes de Dieu, ne va-t-eUe pas disparaître? Il se rassure par degrés et arrive à cette conviction que le stoïcisme, au lieu de nous affermir, nous débilite par la confiance présomptueuse qu'il nous inspire ; que le christianisme au contraire, en nous enseignant une juste et légitime défiance,
nous affermit.
Oui; mais n'est-ce pas par faiblesse qu'il change de doctrine? Le christianisme ne conviendrait-il pas à sa vieillesse parce qu'il est faible, comme le stoïcisme convenait à son âge mùr parce qu'il était fort? Non . La vieillesse, sans doute,
enlève un obstacle; mais s'il va vers Dieu, c'est qu'il en voit la nécessité. « J'ai, quant à moi, la conscience que..., sans aucun effet d'imagination, le sentiment religieux peut se développer à mesure que nous avançons en âge : parce que les passions étant calmées, l'imagination et la sensibilité moins excitées ou excitables, la raison est moins troublée dans son exercice, moins offusquée par les images ou les affections qui l'absorbaient ; alors Dieu, le souverain bien, sort comme des nuages, notre âme le sent, le voit, en se tournant vers lui source de toute lumière; — parce que, tout échappant dans le monde sensible, l'existence phénoménique n'étant plus soutenue par les impressions externes et internes, on sent le besoin de s'appuyer sur quelque chose qui reste et qui ne trompe plus, sur une réalité, sur une vérité absolue, éternelle; — parce que, enfin, ce sentiment religieux, si pur, si doux à éprouver, peut compenser toutes les autres pertes K » Sur que ce qui le guide n'est pas une tendance irraisonnée, mais une science plus profonde et plus claire, il n'abdique pas, comme on l'a dit, sa raison et ne s'anéantit pas en Dieu; mais il accepte résolument tout ce qui lui vient de ce côté de lumière et de force. Et il a le sentiment que, dans les ruines de ce qui avait fait jusqu'alors son orgueil et sa joie, son être vrai, celui que les phénomènes voilent plus qu'ils ne le manifestent, reçoit un accroissement inespéré et se trouve transféré à une vie supérieure, la vie de l'esprit.
Son évolution intérieure est achevée : il est au terme