‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 24 sur 135 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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LE MOI

Quand à la cause ils ont substitué la loi, ils ont bien senti que tout n'était pas gain pour l'esprit dans cette nouvelle attitude. La loi est plus claire; et, dans la pratique, elle est de plus de profit; mais elle n'explique rien. A une formule concrète on a substitué une formule abstraite; mais le changement des formules ne modifie pas le fait et ne change pas sa nature : c'est toujours lui. Quelle est sa raison, sa cause? La question demeure entière. Question purement spéculative peut-être, mais qui se pose, dont on ne peut se débarrasser. On peut leurrer l'esprit en renvoyant d'une loi à une loi plus générale, de celle-ci à une loi supérieure, jusqu'à la loi unique qui domine toutes les lois et tous les faits. On a ainsi, en quelque sorte, chassé devant soi et repoussé de proche en proche l'obscurité qui a surgi dès le début : en même temps qu'elle devient une, la science paraît devenir plus claire. Mais elle n'a fait que condenser la nuit en un seul point et qu'ajourner son aveu d'ignorance. Quand la dernière loi est formulée, la question qui se posait à l'origine réapparaît : on connaît comment les phénomènes sont liés; il reste à indiquer ce qui les fait naître *.

Devant cette question, les savants se divisent. Les uns nient la cause : ils ont commencé par la laisser hors de la science, ils se décident enfin à la jeter hors du réel. Les autres, fidèles jusqu'au bout à une équivoque qu'ils ont entrevue pendant leur enquête, prennent la loi pour la cause elle-même et identifient ces deux notions hétérogènes -. D'autres enfin essayent, non de concevoir, mais

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