‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 25 sur 135 · Ibid., p. 255, 256 2'i · texte numérisé non relu

Ibid., p. 255, 256 2'i

de se représenter, sous une image, la cause : ils transportent dans le domaine de l'intelligible les données fournies par les sens ^ Mais les uns et les autres se trompent. Il existe une cause et c'est vainement qu'on en veut exorciser le fantôme. Cette cause n'est pas la loi, puisqu'elle n'est pas un phénomène ni rien qu'on puisse abstraire d'un phénomène. Et, par suite, c'est une illusion que de vouloir s'en former une image avec les éléments tirés de l'expérience. 11 y a là une notion que les sens ne peuvent fournir.

Tant que la science ne fera pas appel à cette notion et n'ira pas la prendre où elle est, c'est-à-dire dans le sujet, elle demeurera incomplète. Elle pourra sans doute se développer et s'agrandir, se rapprocher de l'idéal qu'elle poursuit, devenir plus une, plus simple, plus cohérente, mettre dans les mains de l'homme des moyens toujours plus nombreux et plus puissants de conquérir et d'utiliser à son profit les forces de la nature ; elle n'aura pas fait un pas vers la pleine lumière. A des faits concrets, elle aura substitué des notions abstraites qui en sont l'image et qui les résument. Mais au delà de ces faits et de ces abstractions, il y a la cause ; et elle l'ignore.

Bien plus, à mesure que, d'abstractions en abstractions, elle s'élève vers la loi suprême, elle s'éloigne du réel; et par suite, au lieu de se diriger vers la cause, elle la fuit -. La méthode expérimentale, excellente quand on a bien soin d'en marquer le but et d'en limiter le domaine, est insuffisante pour qui cherche une explication définitive et complète du monde et de ses lois.

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