Rapports du physique et du moral, p
MALNE DE BIRAN.
LE MOI
Il y a là une lacune. Il faudrait la constater et voir s'il nous est impossible de la combler, si nous n'avons pas un instrument d'investigation et de découverte qui nous permette de franchir la limite où se heurtent les sens et d'aller, au delà du phénomène, saisir la cause. Mais les philosophes sensualistes ne l'entendent pas ainsi. Ils se refusent à constater l'infirmité des sens et n'admettent pas qu'ils puissent avoir des auxiliaires plus puissants : tout ce qui se trouve hors de leur portée, ils le rejettent hors du réel. Eux, qui prétendent n'avoir d'autre maître que l'expérience, c'est à priori qu'ils récusent le témoignage de la conscience K La cause ai désormais inaccessible. Ils la nient. On voit les suites de ce parti priî*.
Ce qui n'était qu'une lacune dwn» lei sciences de U nature, devient une erreur fondamcnlale dans la $dencô de l'âme, science dès lors non jiculement incompliîte, mais entièrement faussée. Détacha* de la cause et du raoî qui lui est identique, les phénomènes intérieurs ne sont pli» que des abstractions, des entités logiques*.
Bacon a mis la philosophie dans cette voie; Locke, mal-
1. Œuvres inédites de MaiM 4e Birau, paMHM p4r Kmtvt NiTille, 1. 1, p. 173, 174, 175, E. MagddefaM fl C^ Ptrif. lW/>,
2. Rapports du physique et du moraL p. 30. — U> ^y^kitns pcurfOt se borner à observer les faiU extfôton. I» phéa^mè^ti ^e Itut resMct t\ à saisir leur liaison ou ordre de tuoottflM d'iprH Y^x^ti^ntù.., lUif 6m la psychologie, même la plus expériroenUle, il 6tt «1 f^ poMlMe d« Ultt abstraction de la cause efficiente 6t «rUins f^foom^fl^, <^ celle cartt « tant qu'elle sidenlifio original remrot arec le im»i» Utrienl le sa^l tithM df la science, que ses actes et leurs produit» Immédiat* font f«rtio eswntleUe des phénomènes intérieurs... doù il soit q^'oa a« r«i« tt itàn abilrtctko MU» d/*itnrCT enU*rwi«M le «ijei d« TiUide mêcn^ q«on te pf<v*- IéH... {Stiitice tt /MycAoTofie, p. ISl i /Wrf.. p. »7; cf. ftÂm).
gré les apparences, Ty a maintenue ; Condillac s'y est engagé résolument; et, pour l'y pousser, l'influence de Descartes s'est unie à celle de Locke et de Bacon. Descartes, en effet, a retiré du monde toute activité. Les mouvements du corps et les pensées de l'Ame se correspondent, sans qu'il y ait de communication entre ces deux substances. L'étendue qui est l'essence des corps, est inerte ; c'est hors d'elle que le mouvement dont elle est animée prend sa source. L'âme, « quant au fond de son être et quant aux notions ou idées innées », qu'elle reçoit de Dieu, est passive. Uîs autres idées, elle les reçoit du dehors ; elle ne les fait pas. 11 ne nwle donc d'un cilté que des succesEsions de mouvements, de l'autre que des sucens.sîons d*idées; et le moi lui-même, puisqu'il cîit une cause, dciit disparaître. 11 est vrai que DescaHes admet une distinction csscoticlle CDtre ces diîu.x séries de pliéDomi>ncs et dé<^Iar<î que des uns aux autres il n'y a pas de passage naturel : fragile Urrière. Si la cause est abolie, s'il n'y a que des succcîh sion.s de phénomène*» quelle raison valable a-t-on de séparer le mouvem<înt et la pensée? \U .fc correspondenl, ils se succèdent suivant une loi fixe ; il y a donc entre eux U adémie liaison qu'entre tous les phénomènes de la nature. Toute révolution mentale peut alors avoir son point de d^ari dan.s un phénomène oiiganique. C'e*t 1& qu'est le IK.inl de soudure entre deux sciences qu'on a eu le tort «iV.ppofier luneà l'autre : la psychologie xi'e$l qu'un chapitre de la physiologie *.
bù5cart<ss a ainsi, sans le vouloir sans doute, pré[>ai'é U