‹ Maine de Biran [microform]Chapitre 27 sur 135 · ffùpj»rti du jPAi^fiçMf et du uw^nr/.p. 40-4J · texte numérisé non relu

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LE MOI

voie au sensualisme. Et le sensualisme est anti-scientifique. Par un scrupule de fidélité littérale, inintelligente, à la méthode expérimentale, il a restreint la portée de la conscience, s'est fermé la voie qui pouvait le conduire à la cause et s'est condamné à laisser les phénomènes, privés de leur fondement réel, flotter dans le vide sans unité et sans appui.

Tel est le vice essentiel du système. Nous allons en voir les conséquences.

C'est Condillac qui a donné au sensualisme sa forme la plus systématique et la plus simple. Il n'y a pour lui qu'une méthode, la méthode expérimentale; qu'un instrument de connaissance, les sens; qu'un phénomène initial, la sensation : c'est par elle que la science débute, par elle qu'elle continue et qu'elle s'achève; la sensation suffit à tout. Elle se transforme et, par ses transformations, produit tout l'édifice mental, en apparence si complexe, en réalité si simple. Voilà la doctrine. Il faut la juger.

Elle se réclame de l'expérience. L'expérience la condamne. Son point de départ devrait être un fait; c'est une hypothèse. Pour trouver le phénomène par où débute la connaissance, il aurait fallu prendre l'esprit en un point quelconque de son développement, le soumettre à l'analyse et démêler en lui ce qui est accessoire de ce qui est essentiel, ce qui est dérivé de ce qui est primitif. Et Condillac le sent bien. Il prétend, en effet, procéder par analyse. Mais d'analyse, il n'y en a pas trace dans son

œuvre. Il part du phénomène le plus simple pour arriver au plus complexe : c'est une synthèse. Et l'élément qu'il y emploie, la sensation, puisqu'il ne résulte pas d'une analyse préliminaire, n'est primitif que par hypothèse. C'est déjà grave pour une théorie qui prétend mettre de côté toute vue à priori afin de se fonder sur les faits *.

Chose plus grave encore : cet élément, initial par hypothèse, est manifestement insuffisant à remplir le rôle qui lui est assigné. C'est par des transformations successives que la sensation doit produire nos idées et nos facultés. Mais elle ne se transforme pas ; elle demeure identique à elle-même. Les circonstances accidentelles où elle se produit, varient- : elle est tantôt seule, tantôt associée à d'autres sensations présentes ou passées. Au fond, elle est toujours la même; et, pour la reconnaître, il suffit de ne pas se laisser distraire aux apparences. Il n'y a en réalité ni évolution, ni transformation; la sensation ne change pas et elle est tout. C'est donc d'un fait primitif par hypothèse que, par une transformation purement apparente, Condillac tire et les facultés et la science!

Dira-ton que, s'il y a une erreur, elle est de peu d'importance, que c'est une erreur de mots, une étiquette fausse, qu'il suffît de la changer, et que cela n'intéresse en rien le système? Ce serait se tromper, et cette erreur est grosse de conséquences. Les mots ne changent pas le système ; mais ils peuvent en dissimuler la faiblesse. Quand

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