ma., p
i.xr«*tt:
fi
on nous dit que la sensation se transforme, il y a là une opération mystérieuse dont il est difficile de sonder la nature et qui peut faire illusion. C'est par une série de transformations que la plante et l'animal naissent et grandissent ; et, quoiqu'il y ait entre l'animal adulte et le germe d'où il est sorti, entre la plante en fleur et la semence d'où elle est née, une distance immense, nous ne sommes pas surpris qu'elle ait pu être franchie. Par suite, nous sommes amenés à penser que, en vertu d'un procédé, sinon identique, du moins analogue, la connaissance humaine a pu sortir de la sensation. Mais si, au contraire, on affirme brutalement que tout l'édifice de nos connaissances, la science, depuis ses éléments jusqu'aux découvertes les plus récentes et les plus hautes, n'est que la sensation, que nous sommes des échos passifs, que nous n'ajoutons rien à cet écho, que l'image que le monde projette en nous se suffit à elle-même et qu'elle est tout, l'esprit se révolte et se refuserait à examiner les preuves de cette doctrine si elle en avait.
Mais elle n'en a pas. Construite sur une hypothèse, elle ne se maintient que par elle. Si, dans la suite de son Traité des sensations, Condillac avait recours à l'analyse négligée au début, il se heurterait à des contradictions ou à des obstacles insurmontables ; si, à un stade quelconque, il prenait tout le contenu de la conscience, sa marche en avant serait entravée du coup. Sa méthode est plus simple : le fondement qu'il a choisi est hypothétique ; les définitions qu'il donne de nos facultés et de nos actes sont arbitraires. Il n'a souci que d'écarter ce qui serait en opposition avec son point de départ. Il demeure ainsi d'accord
LE MOI
avec lui-même et son système est cohérent; mais c'est une construction purement formelle. Aboutissement étrange d'une doctrine qui veut, par un appel exclusif à l'expérience, réagir contre les systèmes à priori, contre ce qu'on avait appelé le roman de l'âme. Condillac a fait un roman, lui aussi, mais terre-à-terre, moins que cela, un exercice logique. Trop éloignée du réel, la philosophie n'est plus même un chapitre de la physiologie, mais de la grammaire : c'est une science conventionnelle, un château de cartes. Pour le renverser, un souffle suffit. Il n'y a qu'à contredire les définitions de Condillac, en invoquant la conscience sans parti pris. « L'attention » n'est pas « une sensation assez vive pour absorber ou exclure toutes les autres ». « La mémoire » n'est pas « la suite de l'ébranlement sensitif prolongé ». Cet ébranlement n'est pas prolongé, il réapparaît. Et cette réapparition n'est pas seulement plus faible que la sensation présente; elle est reconnue comme appartenant au sujet ^.
Les définitions de Condillac sont arbitraires ; le fondement qu'il donne à la connaissance est hypothétique. Il est de plus contradictoire.
Si la sensation est si féconde, pourquoi sa fécondité dans l'animal est-elle si restreinte? Et, si elle est si pauvre, d'où vient le développement merveilleux qui s'opère dans l'homme? La sensation ne peut être à la fois si riche et si indigente -, Tout nous démontre qu'elle est pauvre, plus même que nous ne l'avons dit : par elle-même, elle serait impuissante à expliquer l'instinct.