Science et psychologie ^ p
d'une substance. Et c'est justement pour cette raison que, depuis l'éveil de la pensée philosophique, on discute sur la nature de l'âme, tandis qu'on n'a jamais douté de l'existence du moi. Les substituer l'un à l'autre dans un raisonnement est un paralogisme manifeste ^
Il est aussitôt suivi d'un second. Si l'on découvre Tâme dans la pensée, si elle n'existe qu'en elle et par elle, âme et pensée sont solidaires. Et, comme manifestement la pensée s'éveille assez tard en nous, qu'elle disparaît pour renaître, ne sera-t-il pas naturel de conclure que l'âme est sujette aux mêmes vicissitudes de renaissance et de mort? C'est à une conclusion tout opposée que Descartes aboutit, et voici par quelle voie : l'âme est la cause de la pensée ; elle est donc, dit-il, une substance pensante. Le paralogisme est ici manifeste et enveloppé dans un seul mot. Si l'âme pense, elle est une substance apte à penser (cogitative). En disant pensante, Descartes substitue un acte permanent à une aptitude 2. Cette déviation du raisonnement est grosse de conséquences. Il suit de là que l'âme pense toujours, que cette pensée permanente nous est inaccessible puisque nous n'en avons pas conscience, qu'elle n'a d'autre objet que l'âme elle-même, que c'est en quelque sorte une pensée substantielle. Le premier paralogisme signalé disparait alors; mais on voit à quel prix. L'analyse peut nous faire trouver l'âme dans la pensée, mais seule-