Œuvres inédites..., t. I, p
place? On pourrait le croire, si l'on s'en tenait à une vue superficielle de son système fondé tout entier sur la force et même sur l'effort.
L'effort, Descartes l'a entièrement négligé. Leibnitz le lui reproche ; et, d'un regard très net et très perçant, il voit les conséquences de cette omission. Mais, pour n'avoir pas su lui-même rattacher à sa véritable origine l'idée de force, il l'entendra mal et n'en tirera pas le profit qu'il faudrait. Elle lui vient sans doute de la conscience ; d'où pourrait-elle venir sinon de là? Mais il l'ignore ^ Il ne la perçoit distinctement que lorsqu'elle a déjà subi une opération transformatrice, qu'elle a perdu les caractères primitifs qui la distinguaient, qu'elle est désubjectivée -. Ce n'est plus dès lors une activité consciente, volontaire, libre et constitutrice du sujet; c'est un objet, une force dont le contenu réel nous échappe, que nous connaissons dans ses effets, non dans sa nature intime. Ceci suffit peut-être pour fonder la mécanique, mais non la psychologie ; et, au lieu de se rapprocher du moi, sujet de la pensée, Leibnitz s'en éloigne. C'est une première cause d'erreur.
En voici une seconde. Pour Leibnitz, toute connaissance directe et primitive est enfermée dans le moi; nulle communication directe entre lui et le monde : il est clos. Nulle issue pour en sortir, ou plutôt une seule, par en haut, par l'abstrait, par les principes. Deux de ces principes lui permettent d'arriver à son but et d'atteindre le