Ibid., [). 23G
^- lf>id., p. 205.
Mlfl
LE MOI
monade humaine, si le moi était actif, nous n'en pourrions rien savoir. Mais cette affirmation est en apparence paradoxale. Il faut Texpliquer, ou du moins la préciser.
Les sens ne perçoivent que des phénomènes, vides d'énergie; la notion de l'activité ne peut nous venir que de rexpér'ience intérieure. S'il s'est rencontré des philosophes pour méconnaitre cette origine, il semble que ce ne peut être Leibnitz. Tout est inné dans sa doctrine, en effet; elle monde lui-même, nous le voyons dans le moi, comme dans un miroir. Mais il est vrai aussi que nous ne nous voyons nous-mêmes que dans le monde. Les principes sont indépendants de l'expérience; l'expérience seule ne pourrait nous les fournir : ils la dépassent, la règlent, lui sont logiquement antérieurs. Et, cependant, nous ne les connaissons d'une manière explicite et expresse que dans et par l'expérience : c'est en elle qu'ils se révèlent.
On peut en dire autant du moi. Il n'est pas, comme le veulent les sensualistes, un résultat ou un résidu de l'expérience; il lui est logiquement antérieur : il en est la condition nécessaire. Mais il ne nous apparaît à nousmêmes qu'en elle. De lui, nous n'avons jamais une conscience distincte ou du moins séparée; nous ne le connaissons que comme un élément, à priori sans doute, mais enfin comme un élément de l'expérience .
Dès lors, quand il serait démontré que ce tout complexe qui est la connaissance expérimentale, enveloppe la force, Ténergie, comment pourrions-nous savoir la part qui revient à cet élément fondamental et à priori que nous appelons le moi? et qu'est-ce enfin qui le constitue? Or, c'est là le vrai problème. Tant que nous n'avons pas une connais-
sance directe, distincte du moi, tant que nous n'avons pas réussi à le saisir en dehors de tout alliage, nous pouvons nous demander si l'unité que nous lui attribuons n'est pas une unité logique, purement nominale, si nous ne prenons pas un des aspects, une des faces de la sensation pour une chose réelle, et si, suivant les errements de la scolastique, nous ne réalisons pas des abstractions K
Il est évident que ce n'est pas Kant qui va nous fournir la solution de cette difficulté; c'est lui, au contraire, qui nous permettra d'en mieux comprendre le sens et la valeur.
Il s'est contenté de cette unité que Maine de Biran n'accepte pas. Chez lui, bien mieux encore que dans Descartes et dans Leibnitz, nous en voyons le vide et l'insuffisance. Pour Kant, en effet, le moi n'est ni une substance, ni une unité antérieure à l'expérience, qui se reconnaît et se retrouve dans l'expérience; c'est une unité dérivée. Elle dépend des lois à priori de la pensée et des manifestations de l'être inaccessible en lui-même, du noumène, de l'union de la matière et de la forme. Lien idéal, unité abstraite, sans consistance et sans support.
Il ne se découvre et ne s'apparaît à lui-même que dans et par l'expérience ; et par là, il semble qu'il se rapproche du moi de Leibnitz. Il y a là, en effet, comme un point de rencontre entre les deux conceptions. Mais si l'on pénètre