Éd. Cousin, t. IV, p. 276-277. 2. Ibid., p
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même sa direction. Or il n'en est rien : de l'efficacité de l'effort nous n'avons nul pressentiment. Sans doute, pour vérifier cette assertion, il faudrait pouvoir remonter par le souvenir au premier acte volontaire et là constater qu'avant de l'avoir appris de l'expérience, nous ne pouvions prévoir le résultat du vouloir; et cette régression est impossible. Mais il n'est pas impossible de tourner cette difficulté et de combler cette lacune du souvenir.
Le lien entre le vouloir et le mouvement se rompt quelquefois ; on devrait avoir conscience de cette rupture. L'effort est inefficace, ou il disparaît. Si la conscience, comme on le prétend, le pénètre, elle devrait être avertie de cette stérilité accidentelle ou de cette absence. Elle n'en sait rien. Le paralytique veut et ses membres demeurent inertes ; il croit pourtant se mouvoir, il le croit jusqu'à ce que des expériences répétées aient ébranlé sa confiance en lui-même. N'est-ce pas une preuve qu'il ne sent pas directement l'effort, mais que, sur la foi d'expériences antérieures, après un acte de volonté, il attend le mouvement, comme il attend, après l'aurore, le lever du soleil? La conscience ne va donc pas au delà du phénomène saisir l'effort : elle ne le perçoit pas.
Il faut aller plus loin et dire que cette perception est impossible et contradictoire. La volonté est suivie du mouvement; mais entre ces deux phénomènes, la succession n'est pas immédiate, ni, par suite, la liaison. Ils sont très distants l'un de l'autre, situés aux deux bouts d'une longue chaîne : entre eux s'insère toute une série d'événements physiologiques. La volonté produit une
modification dans le cerveau, celle-ci en produit une dans la moelle, la moelle dans le nerf, le nerf dans le muscle, le muscle se contracte et le mouvement suit. Ces modifications successives unissent la volonté et le mouvement* ; mais aussi elles les séparent. De plus, elles sont incon scientes. Dès lors, voici la question qui se pose : La conscience, dit-on, dépasse les phénomènes, pénètre au delà, saisit le lien qui les unit. Un lien? Lequel? Un lien immédiat entre la volonté et le mouvement? Il n'y en a pas. Un lien entre la volonté et les événements intermédiaires? Qui oserait le dire, et prétendre qu'il a conscience d'opérer, dans son cerveau et dans ses nerfs, une pression ou une modification dont il ignore la nature? Cette conscience est manifestement impossible. On ne peut percevoir la liaison de deux termes sans connaître ces termes eux-mêmes. Or c'est la science, et une science récente, qui nous a fait connaître les modifications qui du cerveau se propagent jusqu'aux muscles. La conscience ne les atteint pas; et, quelque effort qu'elle fasse, elle ne peut les atteindre : elles sont par leur nature placées hors de ses prises. Il est donc légitime de conclure que le témoignage qu'on attend de la conscience en faveur de l'effort, elle ne le donne ni ne peut le donner. Et ce que la conscience ignore, qui peut le savoir? L'effort, 1 énergie active, dernier reste des entités métaphysiques, doit être chassé de la science, de celle du moins qui se ré clame de l'expérience.
Ce n'est pas tout. Il suit de là que l'effort, qui est ignoré^