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II

LE MOI

efficacité réelle, par une sorte de contact, tout ce qui tend à le réaliser? L'imagination s'éveille, les images se présentent, s'organisent; et, pour les exprimer, des profondeurs de la mémoire surgissent les termes appropriés. L'activité matérielle, ou plutôt organique, est identique à l'activité mentale. On pose devant elle un but à poursuivre ; elle s'ébranle spontanément : les muscles se contractent, les nerfs se tendent, le mouvement se produit. Ces événements ne sont pas connus, mais ils sont sentis. Us ne sont pas vus du dehors, mais se reproduisent dans la sensation et pénètrent ainsi dans la conscience.

Qu'on réunisse toutes ces sensations, qu'on place à côté d'elles les événements psychologiques qui les précèdent, à savoir le maintien d'une représentation de jussîon, on aura tout le contenu de la conscience quand nous opérons un mouvement volontaire, la traduction détaillée, exacte et complète de l'effort. Il est donc illusoire.

C'était la dernière des entités métaphysiques; il faut y renoncer et s'en tenir aux phénomènes.

Si cette critique était fondée, ce serait la ruine du système de iMaine de Biran. La métaphysique lui survivrait peutêtre; mais il faudrait lui chercher, hors de l'expérience, un autre fondement : la seule voie jusqu'ici découverte pour aller, au delà des phénomènes, saisir d'une prise directe une réalité plus profonde et plus vraie, resterait désormais

impraticable. Ce serait pour les doctrines spiritualistes, non pas une défaite définitive, mais un grave échec. Maine de Biran a tout fait pour l'écarter.

Reprenons dans leur ordre .les difficultés proposées :

r La première, qui se fonde, pour éliminer l'effort, sur le parallélisme nécessaire de l'expérience intérieure et de l'expérience extérieure, ne vaut pas qu'on s'y arrête longtemps. Ce n'est pas une critique de la philosophie de l'effort, c'est l'énoncé de la thèse contraire. Pour la juger, il faut la bien entendre sans doute, mais ne pas trop s'y attarder et passer directement aux vraies preuves ^

2° La cause est inconnaissable : au repos, elle est inacces#lé. — Elle l'est sans doute. Mais une cause en repos est-elle cause? Elle ne l'est qu'au moment même où elle agit et tant qu'elle agit. Cette critique s'adresse à une conception de la cause qui n'est pas ici en question. Que la substance — et en quoi une cause inactive diffère-t-elle de la substance? — que la substance soit et demeure toujours inconsciente, nul n'est plus disposé à le reconnaître que Maine de Biran. Le but de ses recherches, c'est justement de trouver un moi qui ne soit pas la substance et dont l'activité donne prise à la conscience. Conscience et activité libre sont pour lui synonymes. Cette activité est identique à l'effort et n'existe que pendant qu'elle agit^. Elle ne se confond pas avec son effet : l'effet, c'est l'impulsion reçue par le terme qui lui résiste ; il en est distinct comme le non-moi l'est du moi.

Il est aisé de voir que, ainsi entendue, la cause échappe

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