Œuvres inédites..., t. III, p
M4INE DE BIRAN
moléculaire qui précède ou escorte la pensée, ni Tébranlement organique qui aboutit au mouvement; nous voulons la pensée et le mouvement. Et comme la volonté et la représentation du mouvement sont l'une et Fautre pleinement consenties, le processus intérieur du mouvement s'accomplit en pleine lumière.
Mais encore, repli que ra-t-on, la volonté ne suffit pas. Entre elle et le mouvement, il y a des intermédiaires, le cerveau, les nerfs, les tendons, les muscles. — Leur ébranlement n'est pas l'objet de la volonté. — Soit; il est pourtant nécessaire. Qu'est-ce qui le détermine? Où réside l'effort? Qu'est-il? C'est quelque chose de plus que la succession purement phénoménale que Hume constate, qui lui suffit, mais qui supprime la cause. C'est aussi quelque chose de plus que le maintien d'une représentation de jussion. Cette conception fractionne l'effort : elle ne laisse à la volonté d'efficacité que sur les images et leur transfère le pouvoir de susciter le mouvement et de se réaliser elles-mêmes. 11 faut bien pourtant, pour qu'il y ait effort, que la volonté entraîne vers le mouvement qui est son objet, toutes les énergies organiques qui le conditionnent : c'est l'œuvre qui s'impose à elle. N'y est-elle pas inégale, vu que ces intermédiaires lui sont inconnus et que par ce fait même elle ne peut s'en emparer? d) Non; elle les connaît. Mais il faut savoir, ou plutôt — car personne ne l'ignore — il faut se souvenir qii'il y a deux sortes de connaissance : Tune qui s'opère par les sens extérieurs ; l'autre par le sens intérieur, par la conscience. Vue de dehors, la sensation est le contact ou le 6hoc de deux surfaces résistantes à la suite duquel se
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produit dans les nerfs et se propage jusqu'au cerveau une vibration moléculaire; vue du dedans, la sensation est une représentation mentale qui nous met en relation avec son objet extérieur et s'accompagne habituellement d'une affection agréable ou pénible. Ces deux modes de connaissance sont distincts; ils ont pourtant, en un sens, le même objet et nous le font connaître l'un et l'autre, chacun à
sa manière K
Mais ils sont irréductibles l'un à l'autre. Qu'on suppose l'œuvre de la physiologie terminée. Nous savons le nombre et la nature des vibrations qui cheminent dans les nerfs; et le point précis du cerveau où elles aboutissent, est déterminé. Nous ne connaîtrons pas mieux la sensation ; et par là, si nous ne l'avions d'ailleurs, nous ne pourrions nous en former une idée. D'autre part, l'étude de la sensation en elle-même, quelque patiente qu'elle soit, ne nous fera jamais soupçonner les événements physiologiques auxquels elle est liée 2. Mais pourtant, elle en est l'écho, elle nous les révèle à sa façon; les sens et la conscience se réfèrent au même texte : comme on l'a bien dit, ils nous en donnent la traduction dans deux langues différentes.
Qu'on le nie, et toute sensation devient impossible. On peut, en effet, instituer à leur sujet le même raisonnement que pour l'effort. Prenons le sens de la vue. Il est impossible, dirons-nous, de voir un objet distant. Nous ne pouvons le voir immédiatement; entre lui et nous, s'inter-
1. Éd. Cousin, t. IV, p. 279-280, 379-380; Œuvres inédites..., 1. 1, p. 235-