Éd. Cousin, t. IV, p
LE MOT
Maine de Biran a raison de faire appel au témoignage de la conscience. Elle atteste l'existence de l'effort : elle le saisit d'une prise directe. Hume et tous ceux qui relèvent de lui prétendent le contraire ; et leur critique passe pour définitive. C'est bien à tort : loin d'être décisive, elle est contradictoire. Elle tend à prouver qu'il ne faut pas demander à la conscience une connaissance que seuls les sens extérieurs peuvent nous fournir, que nous ne voyons pas du dedans, comme ils sont vus du dehors, les antécédents immédiats du mouvement. Et en vérité, qui le conteste? Mais, pour exorciser le fantôme de l'effort, il aurait fallu montrer qu'il ne laisse de lui-même nulle trace dans la conscience. Cette démonstration n'a pas été faite ; et les psychologues en sont venus, tout en niant l'effort lui-même, à retrouver dans la conscience presque tous ses éléments : la sensation musculaire, la volonté, et même son influence directrice sur le mouvement, influence médiate sans doute, qui n'arrive à son but que par l'intermédiaire de l'image, mais réelle pourtant. Il ne reste qu'une dernière démarche à faire, qui est de restituer à la volonté une part de l'efficacité qu'on en avait détachée pour la transférer à l'image.
Au Heu d'une série d'événements qui se succèdent dans le temps, nous avons des forces qui se superposent et s'unissent pour un acte commun : leur activité est simultanée. Pour les connaître, il ne faut pas aller d'antécédents en antécédents et remonter dans le passé, mais de la surface de l'être descendre en sa profondeur où résident les causes. C'est ainsi que nous trouvons sous le mouvement l'énergie motrice, l'effort actif et libre. Et parce que.
depuis réveil de la conscience, toutes ces énergies et toutes ces forces ont passé sous Tempire de la volonté, si nous avons plusieurs éléments, nous n'avons plus qu'un seul acte, plus riche en son unité vivante que le mécanisme psychologique ou physiologique qu'on a voulu lui substituer.
Nous possédons maintenant une idée complète de l'effort. La volonté, dès le début et d'un seul élan, se porte vers le terme de son action, vers le mouvement. Pour y parvenir, elle utilise les énergies de l'organisme qui lui sont connues par le sens musculaire, et s'en empare. Et ce faisant, elle ne traverse pas, comme on l'a dit, un tunnel ténébreux qui la relie au mouvement; elle est escortée de la lumière de la pensée, au début, au milieu, et au terme de son acte : la décision de la volonté, la force musculaire et le mouvement terminal sont pénétrés par la conscience. Et ces trois moments ne forment qu'un seul acte en qui Ion peut discerner, comme en toute activité qui se déploie, le but où elle tend, le chemin qu'elle parcourt pour l'atteindre, la source d'où elle émane. Ce qui est primitif, en un sens, c'est le terme; car on le veut d'abord et directement. Mais, dans un autre, c'est l'exercice de l'activité par où débute l'action. Là se trouve la raison pour laquelle Maine de Biran affirme tantôt que l'objet de la volonté est le mouvement, tantôt que c'est l'efiPort. Ces deux assertions paraissent contradictoires; on voit comment elles peuvent se concilier.