Ihid., p
THÉORIE DE LA CONNAISSANCE
L'esprit peut s'arrêter au mode perçu et se fixer sur lui : c'est le point de départ de l'idée générale. Ce mode, précisément parce qu'il est considéré en lui-même et non dans sa relation avecl'objet qui lui sert de support, est, par une opération de l'esprit spontanée et inconsciente, rendu non-individuel, abstrait : il est apte à fournir la matière
d'une idée générale*.
L'attention, en se fixant « tour à tour sur chaque mode ou apparence semblable qu'ofl^rent les objets divers », les tire « des groupes naturels dont ils font partie, pour en former un nouveau tout artificiel » : c'est proprement
l'idée générale.
De là, <c toujours guidée par quelques analogies sensiblés, elle parcourt une échelle de comparaisons qui l'élève successivement des espèces aux familles et de celles-ci aux genres et aux classes plus étendues, fondées sur un seul caractère sensible qui, étant abstrait, ou séparé de toutes les circonstances particulières de lieu et de temps, embrasse une multitude indéfinie de phénomènes » 2. Plus simple, l'idée paraît plus une ; mais il est évident que cette unité est illusoire et purement logique. Au lieu de marcher vers le réel, on le fuit : on s'éloigne de l'individu qui seul
existe.
De plus, à mesure qu'on s'élève, le contenu de l'idée
générale s'appauvrit, s'exténue et se fausse. Près de sa
source, voisine de la sensation, elle était légèrement
inexacte. Toute sensation est individuelle, marquée de
caractères précis qui la séparent et la distinguent de ce