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Ce repos, comment y parvenir? Ce n'est pas, répond M. de Biran, à la souveraineté du peuple qu'il faut le demander. Sans parler de ces exemples odieux qui n'établissent que trop que la souveraineté du peuple est souvent le manteau dont se recouvre Un despotisme abject, comment chercher une base fixe dans les impressions fugitives, dans les caprices de la foule? La multitude, cédant aux émotions qui raniment tour à tour, obéit un jour à une généreuse impulsion, mais applaudit le lendemain à la violence et à l'injustice. On ne construit rien de solide sur le sable mouvant des opinions populaires ; vouloir puiser l'ordre social à cette source serait agir comme un homme qui cherche le repos en s'abandonnant à toutes les impressions de ses sens, à toute la mobilité de ses désirs, c La < souveraineté du peuple correspond en politique à la supté- « matie des sensations et des passions dans la philosophie et la • morale ^ » Le repos de la société qu'on ne peut attendre de la souveraineté du peuple, il ne faut pas l'attendre non plus du règne de la force matérielle, du despotisme d'un seul. Le despotisme n'est le repos qu'en apparence ; la contrainte n'est pas le calme. D'ailleurs, comme le but demierde l'ordre social est la protection du libre développement de chacun, un gouvernement qui ne maintient une paix extérieure que par la destruction violente de toute liberté individuelle, manque par cela même au premier but de son institution. Il faut donc trouver une voie moyenne entre le despotisme et la souveraineté du peuple, qui n'est encore que le despotisme sous une autre forme. Cette voie moyenne est l'existence d'une autùriié élevée par une adhésion unanime et traditionnelle, au-dessus de toute contestation. Un pouvoir appuyé sur la foi politique des peuples et non sur la force des armes ou sur les passions de la multitude, assure seul à la société cet ordre véritable, qui est le juste mélange de la puissance du gouvernement et
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de liberté des citoyens. Or, l'idée de la légitimUé est éminemment propre, par les sentiments qu'elle inspire, à atteindre ce but ; car elle obtient soumission volontaire pour le présent et confiance pour l'avenir. La succession à la couronne ne peut être interrompue que par une puissance qui se place de fait au-dessus de l'autorité royale. Cette puissance est celle d'une foule insurgée on celle d'un usurpateur ; dans les deux cas le régne de la force se substitue à celui de l'adhésion traditionnelle et paisible des peuples. « Hors de la légitimité je ne vois t qu'ana^hie ou despotisme ^ »
Telles sont les vues politiques de M. de fiiran, résultat assez naturel des dures expériences par lesquelles il avait passé. Âpres les excès de la Révolution qui condamnaient sans retour à ses yeux la théorie de la souveraineté du peuple, après Tem pire qui lui avait appris à redouter la main de fer du despotisme militaire, il demandait à la paisible puissance du trône le repos, l'ordre et la garantie de toutes les libertés. S'il ne crut pas au droit divin des Bourbons, il crut à la nécessité sociale de la dynastie. Il eût accepté volontiers pour le résumé de ^es bpinions ces brèves et sentencieuses paroles que Royer- Gollard adressait en 1816 aux électeurs de la Marne : Le roi c'est la légitimité, la légitimité c'est Vcrdre, Vcrdre c'est le repos.
fifaine de Biran, tout préoccupé de la restauration de la puissance royale, faisait assez bon marché des pouvoirs et des prérogatives de la chambre; il aurait consenti sans peine à voir ce corps réduit au rôle d'un conseil de la couronne, fait pour éclairer le monarque et jamais pour le dominer. L'état moral de la réunion des députés de la France lui cause souvent de l'irritation : t Bans nos grandes assemblées, tout est « pour la vanité, rien pour la vérité, » écrit-il en 1816 ; et en 1820, après une plus longue expérience : • Passions, intérêts
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« personnels, meosônges perpétuels, comédie... Voilà le gou- « vernement représentatif. » Ces appréciations sévères ne sont pas les motifs les plus sérieux de son opposition à l'extension de la puissance parlementaire. Le pouvoir de la chambre? c'est le pouvoir démocratique, toujours envahissant de sa nature et qui ne peut s'étendre sans menacer les bases mêmes de la monarchie. Les députés de la nation cessent-ils de faire preuve de ce respect de l'autorité, de cette fidélité au monarque dont ils doivent donner l'exemple? Veulent-ils gouverner eux-mêmes, au lieu de prêter leur concours au gouvernement du roi? Dès lors les rôles sont intervertis, la base de l'ordre politique est ébranlée, et la révolution recommence. L'état particulier de la France ajoute uD nouveau poids à ces considérations. Sur ce sol si cruellement labouré, deux partis et comme deux peuples ^e trouvent en présence, animés de passions hostiles prêtes à reprendre au moindre souffle leur redoutable énergie. A ces partis en lutte il faut un médiateur ; or, ce n'est pas dans une assemblée que la puissance médiatrice peut résider. Cette assemblée en effet est composée d'hommes des deux factions entre lesquelles le pa y 9 se divise ; née de la lutte des partis, elles les représente. L'assemblée gouverne-t-elle AU gré d'une majorité changeante ? le pays est condamné & passer tour à tour de la domination d'un parti à la tyrannie d'un autre. La force médiatrice doit venir du dehors, de plus haut; c'est dans le monarque seul qu'elle peut résider. « On a aurait tout accordé au roi, on aurait subi sa loi telle quelle, a mais la domination d'une majorité d'assemblée froisse, irrite « tous les amours-propres : on ne consent pas à céder à ses a égaux. Pour terminer la révolution, il ne fallait pas d'assem- « blée délibérante, mais un pouvoir dictatorial qui aurait uni « à la bonté, à la clémence, beaucoup d'énergie et de fermeté, a Nous sommes encore dans l'ornière révolutionnaire ^ •
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Il allait donc que le monarqa& fût puissant, et, pour ^tre puissant, il fallait quMl fût libre. Il ne devait pas plus subir le joug des amis de la monarchie que celui des hommes qui pouvaient regretter la république; sa cause, enfin, devait êtrenètte^ ment séparée de la cause à jamais perdue de l'ancien régime et des privilèges de la noblesse. Un double danger menaçait la couronne: le triomphe des libéraux, qui ne la voulaient pas, ou né la voulaient pas sérieuse ; le triomphe des ultra, qui cherchaient surtout à revenir aux abus d'un autre temps, ou à satisfaire un aveugle instinct de vengeance. Ces deux factions avaient en leur &veur toute la fougue des passions ; il fallait opposer avec une égale insistance, à leurs prétentions rivales, les conseils d'une saine raison et les vrais intérêts de la France ; il fallait amener les parties belligérantes à déposer les armes et à s'abriter ensemble sOus la puissance bienfoisante du trône.
Fidèle à ce point de vue purement royaliste, M. de Biran siégea successivement dans deux parties opposées de la chambre, sans cesser d'obéir à la même conviction. Il avait accueilli la première restauration comme une délivrance inespérée. En réfléchissant sur les événements des Cent-Jours, il n'avait pu méconnaître que les propos imprudents de la noblesse, en inquiétant le peuple dans ses intérêts et la bourgeoisie dans sa vanité, avaient beaucoup contribué à préparer celte mémorable péripétie. Dans cette chambre introuvable, de t8l5, que Louis XVIII dut dissoudre, la couronne lui parut surtout menacée par les ultra-royalistes qui, sous prétexte de zèle, voulaient forcer la main au monarque, et tendaient ainsi à anéantir la prérogative royale : il siégea donc sur les bancs de la minorité. De retour dans son département, il manifesta hautement son opinion, et, comme les électeurs avaient besoin d'un représentant qui partageât leur fureur réactionnaire, il ne fut pas renvoyé à la chambre. Ce fut alors que le gouverne-
ment, comme pour réparer une injustice commise, l^appcla au Ck)nseil d^État. Un esprit plus modéré prévalut en 18t7, et il fut revêtu de nouveau des fonctions de député^ que dès lors il ûe devait plus abandonner. Bientôt il dut constater que les dangers, sans changer de nature, avaient changé d'origine. II écrit au mois de juillet : « Je m'agite depuis quelque temps avec autant d^inquiétude et dMmpatien(:e contre les ultra-libéraux que je le faisais il y a un an contre les ultra-royalistes. Je vois le danger d*un côté opposé à celui oîi je le voyais alors ; je lutte contre ce qui m'environne en faveur de la monarchie, et je vois avec inquiétude que les sentiments, les habitudes monarchiques sont tout à fait détruits. Dans les hommes d^aujourd'hui, la tendance est toute républicaine. Qu'arrivera- t-il de là? Le présent est gros de révolutions ^ » Ces ignés signalent le moment où l'auteur se sépare de Topposition libérale dans les rangs de laquelle il avait siégé à une précédente législature. Elles établissent aussi très-clairement les moli£s de ce changement dé position, qui n'était que la conséquence de la fidélité à un principe. L'homme qui n'avait d'autre but que de maintenir intacte la puissance royale, devait se porter sur les points où cette puissance était le plus directement menacée, sans considérer s'il conservait ou non les mêmes compagnons d'œuvre. Maine de Biran, du reste, ne cessa de constater jusqu'à* la fin ce qu'il y avait de funeste dans les exagérations du parti royaliste. Comprenant bien que le désir de restaurer les anciens privilèges ne pouvait èonduire qu'à une catastrophe, il déplorait un esprit de réaction aveugle ; il s'indignait surtout de voir le roi paralysé dans son action par des hommes qui se disaient ses partisans. 11 écrit, en 1821 : « Nous sommes dans le faux en toutes choses... les plus • ardents royalistes sont ceux qui portent.les plus terribles