‹ Maine de Biran, sa vie et ses penséesChapitre 11 sur 85 · juillet · texte numérisé non relu

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VIE Dfi MJUNB DE BJRAN. 63

• coups au pouvoir monarchique, en prétendant le maîtriser, c le diriger à leur manière. La république est au moins au- « tant du côté droit que du côté gauche ^ » Cependant, tout en Toyant le danger des deut côtés, il estima que la puissance hostile, qui seule créait des dangers sérieux, se trouvait dans le parti libéral ; les excès du royalisme ne lui paraissaient guère à craindre qu'en vue de la réaction qu'ils deyaient provoquer.

Des convictions de cette nature étaient pour le questeur de la chambre la source de vives inquiétudes. En présence de l'esprit révolutionnaire à peine éteint, et déjà prêt à se rallumer, partagé entre les lugubres souvenirs qui se retraçaient à sa mémoire et les noires prévisions dont il était assiégé» il disait avec Chimène :

Le passé me toarmente et je crains l'ayeDir.

Ses prévisions s'assombrissent d'année en année. Dans mainte page du Journal intime, des commotions nouvelles sont ici vaguement entrevues, là clairement prophétisées. La révolution du Piémont, succédant aux autres révolutions du midi de l'Europe, vient mettre le comble aux inquiétudes de l'auteur et lui inspire les réflexions suivantes : a Cet état des so- « ciélés est nouveau et n'a d'exemple que dans l'histoire du « Bas-Empire, lorsque les soldats disposaient de tout et que les

• peuples étaient plongés dins l'incurie et l'avilissement. Mais

• la civilisation, les lumières de l'esprit étaient alors bien en

• arrière de ce qu'elles sont aujourd'hui. Que doit-il arriver de « cette combinaison d'un état de civUisation aussi avancé que « l'est celui des sociétés actuelles de l'Europe, ou plutôt de la « grande société européenne, avec l'absence ou le discrédit de « toutes les institutions politiques et religieuses qui ont paru

i. 31 janvier 1821.

« josqu'ici les plus propres à donner de la stabilité aux nations « ou à maintenir l'ordre social? Dieu le sait et le temps nous « l'apprendra. Ce qu'il y a de certain, c'est que les trônes ne « sont plus entourés de la force et de la majesté nécessaires « pour pouvoir protéger efficacement Tordre public des sociétés « où ils sont établis : ils ne peuvent plus communiquer aux « institutions émanées d'eux la permanence, la force et le « respect qui leur manquent. Il faut pourtant que les sociétés « soient gouvernées ou qu elles se gouvernent elles-mêmes. « N'est-ce pas précisément par les mêmes causes qu'elles sont « aujourd'hui si difficiles à être gouvernées et impuissantes à « se gouverner elles-mêmes ? 11 n'y a point d'amour de liberté « et d'égalité sans élévation de caractère moral, sans désintéc ressèment de soi-même. Jamais ce désintéressement ne fut ( plus rare, jamais les hommes, plus concentrés dans leurs in* « térêts propres, ne furent moins gouvernés par des idées ou « des sentiments expansifs. On a comparé le mouvement actuel « des sociétés en Europe à celui qui eut lieu à l'époque de la « réformation religieuse. Mais c'étaient alors des idées et des « sentiments qui entraînaient les esprits ; l'ordre social demeu- « rait assis sur ses bases, la réformation ne prétendait pas s'é- « tendre jusque-là. Ici ce sont des barbares armés qui ont en « haine l'ordre qui les protège et n'aspirent qu'à le renverser «violemment'.-

De semblables craintes atlristèrent jusqu'à sa fin celui qui avait tracé ces lignes. Mort en 1824, il ne vit pas s'accomplir les événements qu'il avait prévus. On peut apprécier ces événements de différentes manières ; on ne saurait méconnaître que ce qu'il avait craint et annoncé est précisément ce qui s'est passé sous nos yeux.

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