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Ce recours à Diea signale un moment décisif dans Télat intérieur de M. de Biran. La religion n'est plus ici, comme en 1794, une poétique et douteuse espérance, ou un élément nécessaire à la stabilité des institutions sociales ; c*est un besoin personnel, une aspiration qui est le résultat de Fexpérience la plus intime. Dieu jusquMci n'avait joué aucun rôle dans les théories philosophiques de Tautcur ; ses recherches, relatives uniquement aux éléments constitutifs de la nature humaine, s'étaient maintenues dans une sphère où les questions religieuses n'apparaissaient pas. L'idée de Dieu ne se manifesta donc pas en premier* lieu dans son intelligence, pour devenir ensuite l'objet des sentiments de son cœur. Ce fut au contraire le besoin de Dieu «qui, faisant irruption dans son âme, appela ridée de Dieu dans son esprit. Il est nécessaire de bien constater ce fait pour saisir sous son aspect véritable la nouvelle période dans laquelle nous entrons. La pensée de Dieu ne fut pas pour Maine de fiiran un point de doctrine, une thèse logiquement démontrée, mais la réponse à ce besoin d'appui qui fait de toutes manières le trait caractéristique de son développement intérieur. Avant d'aborder les conséquences de ce fait capital, il faut fixer notre attention sur les expériences intimes qui furent le résultat de cette vie de Paris dont nous n'avons considéré jusqu'ici que la partie extérieure.
Placé définitivement après la seconde restauration au sein du mouvement social de la capitale, le questeur de la chambre fut bientôt entraîné par le tourbillon. Bien que son travail de cabinet ne fût jamais entièrement interrompu, la viedu monde consuma une partie assez considérable du temps dont les affaires j)ubliques le laissaient disposer. D'anciennes habitudes se réveillaient sous l'empire des circonstances, et il s'abandonnait facilement, quitte à s^en faire ensuite des r^roches, à son instinct de sociabilité. Un spectateur étranger pouvait le juger dans son élément lorsqu'il se livrait, dans un cercle
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choisi, aux charmes de la conversation. Un grand fonds de bienveillance, une politesse exquise, une foule d'aperçus heureux provenant d'un esprit cultivé par la réflexion, lui conciliaient la faveur générale et semblaient foire de lui un homme du monde, dans le meilleur sens de ce mot ; mais il payait cher les succès de cet ordre et les jouissances momentanées qu'il pouvait rencontrer dans les salons de Paris. Une voix intérieure lui répétait sans cesse que tandis qu'il se livrait ainsi au mouvement du dehors la vie intérieure tendait à s'affaiblir. I9'avait-il rien de mieux à faire qu'à user dans des conversations, toujours comparativement frivoles, des facultés dignes d'un meilleur emploi? Ne lui suffisait-il pas de passer de longues heures dans des corps politiques où il aurait mieux fait de ne pas être, sans consumer le reste de son temps dans des réunions insignifianles? « Pourquoi vais-je dans le grand • monde? Est-ce que je suis homme de salon? Quel rapport « y a-t-il entre ces hommes et moi ' ? misère que cette vie « de Paris où je perds tout ce que je vaux * ! » Ces plaintes remplissent le Journal; elles sont d'autant plus vives que l'auteur semble méconnaître les avantages réels qu'offre sa nouvelle résidence pour le développement de sa pensée. A la solitude de son département il voyait succéder autour de lui le mouvement intellectuel d'une des belles périodes des lettres françaises ; um> société philosophique le réunissait à de courts intervalles à des hommes tels que MM. Royer-GoUard, Ampère, Cousin et Guizot ; mais les ressources extérieures étaient de peu de prix aux yeux du philosophe de Bergerac. Un regard persévérant attaché sur les faits de Tâme était pour lui la seule condition de la science : comme Descartes, il ne connaissait pas d'autre voie pour parvenir à la vérité, que se rendre attends Janvier 1817.