‹ Maine de Biran, sa vie et ses penséesChapitre 14 sur 85 · novembre 1S · texte numérisé non relu

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tif dàps le silence et la Bolitude à la lumière intérieure. Rien ne s'accordait moins avec une telle Tue que le séjour de Paris, la Chambre, le Conseil d'État et les salons.

Un théâtre sur lequel le résultat des travaux de la pensée pouvait se produire avec éclat, n'avait rien non plus de propre à le captiver. La gloire entrait pour bien peu de chose dans les motifs qui Texcitaieni au travail : le désir de fixer Vattention des autres lui semblait la disposKion la plus contraire à la recherche de la vérité. Il va si loin dans cette conviction, qu'il semble admettre entre le succès d'une pensée et sa vérité une opposition absolue ; Téclat que peut répandre au dehors une découverte philosophique lui parait presque une preuve que la découverte n'est pas réelle, et que l'imagination qui séduit la foule a remplacé chez l'auteur cette réflexion calme et profonde qui n'est jamais appréciée que du petit nombre. Satisfait de penser pour lui-même, il éprouvait donc au moindre degré possible le désir de propager ses idées, d'agir sur les autres, de se faire des disciples. Paris était certainement un milieu plus convenable que Bergerac pour fonder une école philosophique ; mais fonder une école, c'est à quoi M. de Biran n'a jamais songé. On peut apprécier diversement cette absence de tout esprit de prosélytisme ; mais ce qui doit honorer sa mémoire, c'est le caractère profondément désintéressé de ses recherches. La vérité lui sembla toujours une sufiSsante récompense des travaux qu'elle réclame; faire de sa réputation de métaphysicien un moyen de parvenir dans le monde est une idée qui n'aborda jamais son esprit; jamais il n'abaissa la science jusqu'à en faire un moyen dans la poursuite d'intérêts d'un ordre inférieur.

Il est digne de remarquer du reste que Tesprit du monde ne le suivait nullement dans le silence du cabinet. Désireux de plaire dans les réunions qu'il fréquentait, et susceptible xle quelques mouvements de vanité, il semble qu'il dépose ces

VIE Dfi HAINE DE BlHAN. QO

sentiments en quittant les salons à la porte desquels il avait pu les revêtir. Dès qu'il est seul, il se retrouve en face <fe luimême, en présence des besoins de son âme ou des recherches de sa pensée, et les bruits du dehors n'ont plus d'écho dans le sanctuaire intimct Le Journal présente à cet égard un fait trop caractéristique pour être passé sous silence. Dans ce recueil volumineux où sont consignés souvent les incidents les plus ordinaires de la vie de tous les jours, il ne se trouve pas un mot qui ait trait aux distinctions honoriliques dont Tauteur fut Tobjet. La croix de Saint^Louis qu'il reçut le 5 juillet 1814, les grades d'officier, puis de commandeur de la Légion dlionneur,quilui fureift accordés le 23 décembre 1814, et le 27 avril 1819, n'obtiennent pas la mention la plus légère dans ces cahiers où les moindres variation? de la température et les modifications les plus fugitives de l'âme sont scrupuleusement enregistrées.

La vie de Paris, si bien faite pour les hommes aux yeux desquels la culture de la pensée est avant tout un instrument de puissance ou dé renommée, était donc à charge de toutes manières à M^ de Biran. Se trouvant déplacé dans les assemblées politiques, déplorant le temps qu'il perdait dans le monde, redoutant les mille distractions de ce centre de mouvement et de bruit, ne demandant rien à ce foyer de gloire intellectuelle, il gémissait sur les liens qui l'enchaiuaient à la capitale. Ces liens, il était en pouvoir de les rompre : il y aspire, il en forme le projet ; mais la volonté lui manque ; une puissance à laquelle il ne sait résister, une sorte de fatalité inexorable le ramène sans cesse à celte vie de Paris qu il maudit et dont il a besoin. Il épuise donc l'expérience du genre de vie auquel il reste comme enchaîné ; et d'année en année il acquiert une conviction plus profonde que, dans les corps politiques ni dans les salons, dans les affaires de l'État ni dans la vie du monde, il ne saurait rencontrer cet intérêt calme el

7j0 vie de haine de biran.

constant, ce repos de r&me, première coadiliea du bonheur. L'^Dseîgneaieat fui complet et porta ses fruits; Revêtu de charges publiques importantes, jouissant d'unehaute considération scientifique auprès des hommes capables de l'apprécier, Maine de Biran n'était pas heureux ; un amer sentiment de vide Je poursuivait, sa vie morale manquait de base. On ne le voit jamais demander le bonheur à une position plus haute, à de plus grands revenus, à une réputation plus étendue : il sait qu'il ne trouverait dans celte voie que déceptions et mécomptes, il le sait de celte science profonde qui arrête jusqu'aux désirs de l'imagination. Lorsque, fatigué du tourbillon de la société et du tumulte des affaires, il se recueille un moment et laisse ses vœux prendre un libre essor, c'est danjs sa terre du Périgord que sa pensée le transporte. Une vie solitaire, des soins consacrés à l'éducation de ses enfants, dont il vivait trop séparé, les joies paisibles de la nature, ses études chéries dont rien ne viendrait plus le distraire : tels sont les tableaux dans lesquels son âme se cx)mplalt. Ge qu'il demande avec le poêle, c'est :

La douce solitude.

Le jour semblable au jour lié par l'habitude ^.

Le bonheur que le séjour de la capitale lui refuse, c'est dans la retraite qu'il le place, dans la retraite 'qu'il a aimée dès sa jeunesse et qui lui réserve, pense-t-il, des jours de paix et de tranquillité pour le soir de sa vie. L'automne arrive avec ses loisirs. Libre de quitter Paris, il se hâte de partip, il arrive chez lui, il retrouve sa famille, et les souvenirs de ses premières ' années ; la suspension des affiiires publiques lui permet de goûter tous les charmes de cette vie retirée qu'il ambitionne Son cabinet de travail, ses livres, ses manuscrits, sont à sa disposition. Hélas ! de nouveaux mécomptes Tattendent. La solitude est monotone pour qui a connu une vie plus animée ;

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