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cas. Les Recherches se rattachaient assez directement, par la question de Torigine du langage, à cette étade de la nature humaine qui seule jusqu'alors avait absorbé M. de Biran ; mais, d'un antre côté, cet ouvrage attirait Tatlention du lecteur BOT rhistoire de la philosophie, la théorie des rapports sociaux et la religion révélée. M. de Biran, qui a trouvé Tauteur sur son prc^re terrain, est amené à le suivre bientôt sur un autre; il donne une attention nouvelle pour lui aux grands systèmes métaphysiques ; il conçoit plus clairement que pour être sérieuse et complète, uoe doctrine philosophique ne peut laisser de côté, ni les rapports de l'homme avec ses semblables, ni l'examen de la religion révélée : l'horizon de sa pensée s'af^ndit en divers sens.
Le milieu intellectuel dans lequel était placé M. de Biran, el tout particulièrement les réunions de sa société philosophique, exercèrent suFson esprit une influence de même nature et plus prononcée encore. M. de Biran n'était plus à Bergerac, réduit aux faibles ressources de la société médicale. . Royer- GoUard Finitiait de plus en plus à la philosophie écossaise, Stapfer lui faisait connaître Kant, H. Cousin enfin développait devant lui cette pensée ardente et vaste, cette vive intelligence des plus hauts problèmes de la science philosophique et ^ de son histoire, qui commençaient à fixer si hautement Tattention sur les cours de la Sorbonne. Ces hommes d'élite appelaient M. de Biran leur maître. liste nommaient ainsi avec raison, car ils reconnaissaient en lui, au sein de la rénovation de la philosophie française, Tauteurdu mouvement le plus spontané, de la seule pensée véritablement originale ; ils acceptaient en commun sa polémique victorieuse contre le sensualisme, et. tenaient pour définitive la restauration des droits et du rôle de la volonté : utile et glorieux résultat des méditations solitaires du Périgord. H est juste d'ajouter que le maître dut à ses disciples des connaissances plus étendues, un sentiment
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plus distinct de Tensemble des problèmes philosophiques, et par suite une vue plus nette de ce qui lui restait à faire pour compléter sa théorie.
Cette théorie, nous l'avons vu, relative uniquement auK éléments constitutifs de la nature humaine, expliquait Thomme par le concours de deuK forces différentes : la vie animale résultant des impressions externes et de Tétat de Toi^gaaisme ; la vie humaine dont la volonté était le centre et Tessence. Telle était la dualité qae M. de Biran avait substituée à l'unité fictive du sensualisme. Cette doctrine exposée avec tous les développements nécessaires dans le manuscrit de V Essai sur les fondements de la psychologie, ne fut communiquée au public que sous une forme indirecte et.fragmentaire dans deux courtes publications : V Examen des leçons de philosophie de M. Laromiguiére (1817) et l'Exposition de la doctrine de Leibnitz^ dans la Biographie miverselle (1819). L'explication de Thomme proposée par M. de Biran présentait une lacune assez apparente, aux yeux môme de ceux qui avaient connaissance de ses manuscrits. Les faits volontaires avaient été, de sa part, l'objet d'une observation aussi sagace que féconde ; il n'en était pas de même des faits de l'intelligence proprement dite, et des •données de la raison. A la vérité, dans sa polémique contre Condillac, il s'était fait une arme de Texistence des idées supra-sensibles ; mais il n'avait pas approfondi la question de l'origine de ces idées, et semblait même admettre parfois qu'elles proviennent de la volonté comme de leur source. Ce point de vue ne pouvait être défendu. Lorsqu'une idée de l'ordre purement intellectuel est présente à mon esprit, lorsque je pense, par exemple, à Tinfîni, il est manifeste que de telles notions ne procèdent pas des sens ; il est manifeste également que ce n'est pas moi qui les produis par un acte de ma volonté. L'activité intérieure est bien la condition de la présence des idées, puisqu'elle est la condition de la conscience
même ; mais une condition n'est pas une cause ; les conceptions de Téternité, de Tinlinitude, et les autres idées de même ordre ne procèdent ni de la vie animale, ni de la vie propre du «not. D*où viennent-elles ? À celte question la théorie de VEssai ne fournissait pas de réponse suffisante ; c'est là qu'était la lacune. Cette lacune, M. de Biran Tavait déjà précédemment entrevue; les objections de ses collègues de la société philosophique, l'examen attentif des grands systèmes métaphysiques achèvent de l'éclairer. La science de l'homme elle-même appelle une antre science. Quelle est la source des idées ? Quelle est tout particulièrement la source des idéesde l'éternel et de TinHni, en un mot de l'absolu ? La question est précise. Un Dsot suffit à la résoudre, et ce mol, M. de Biran l'a déjà prononcé ; les besoins de son âme ont devancé les nécessités de sa philosophie. Le Dieu qu'il a réclamé pour appui de sa vie morale lui apparaît encore comme la seule explication possible de ces idées que n'expliquent ni l'homme ni le monde, comme le principe de Télernel et de l'inlini.
Dieu est trouvé, mais quel Dieu ? Ce n'est pas seulement la force suprême, la raison éternelle qu'admettent en commun le panthéiste et le chrétien. Un philosophe aux yeux duquel la volonté avait été et continuait à être la cOlidilion même de Tintelligence, un philosophe^qui tenait la liberté humaine pour la première donnée du sens inlime et la plus certaine des vérités, ne pouvait placer sur le Irène de l'univers une intelligence sans volonté, ou une force aveugle et fatale. Aussi, Dieu est-il bien pour M. de Biran Tétre personnel et libre duquel toutes choses dépendent ; son Dieu est un Dieu vivant, et il n'hépas à déclarer athées c ceux qui n'admettent pas la personna- « lilé de Dieu, alors même qu'ils attribuent la plus haute Intel- » ligence oula pensée infinie à Dieu comme au grand Tout '. »