Ces mots d'Ovide étaient la devise favorite de Detcartes
philosophique dû jeudi 28. Je suis revenu sur d'anciennes obaeryations, au sujet de l'origine de Tidée de force, en prenant pour texte et pour moyens d'éclaircissement ou de distinction entre les deux points de vue subjectif et objectif, le septième essai philosophique de Hume et le mémoire de M. Esgel, inséré dans la collection de Berlin S
J'ai lié et fait transcrire mes observations, ce qui a occupé d'une manière assez active, et par conséquent heureuse, trois matinées consécutives. J'ai lu ce mémoire, le jeudi à la Société qui était incomplète, et où^ manquaient MM. Guizol, et Royer-CoIIard ; M. Georges Guvier a été le seul opposant. J'étais monté pour discuter avec chaleur et vivacité. J'ai pensé que, pour faire de TefTet à la Ghambre, il faudrait que je pusse prendre aux matières politiques qui s'y traitent le même intérêt que je prends aux choses de spéculation. Mais mon caractère, les habitudes de mon esprit, et toute ma manière d'être me donnent des dispositions négative^ pour influer sur les autres hommes et marquer dans une assemblée. Je ne puis être en rapport avec mes semblables que par des sentiments de
bienveillance ; généralement, du reste, je n'entre point assez avant dans aucune des affaires de la vie ; je n'entends rien à ce mélange d'intérêts, j'y suis de glace et je ne donne aucune attention à ce qui se dit ni à ce qui se fait.
1. Le travail ici menlionné est une première rédaction 'des deux Appendices à VExamen des leçont de Jf. Laromiguiére. — Voir plus oin, année 1817, 1% août.
Paris^ {"janvier. II s'est éooalé un siècle d'é?éDemeats, dans cette année 1814 ; et lorsque je mesure la distance, en me reportant par l'imagination à la fin de décembre 1813, j^ai peine à croire qu'il n'y a qu'un an d'écoulé. Combien d'événements se sont iM^sés et accumulés dans ce court intervalle I ÉtonnaDte succession de choses extraordinaires ! Que de miracles opérés en faveur de la France et de Tauguste dynastie de ses rois légitimes ! Quelle heureuse révolution dans la destinée commune des Français, et particulièrement dans le sort des Ibnclionnaires honnêtes qui servaient sous l'ancien gouvernement ! Nous n'admirons pas assez, nous ne sommes pas assez reconnaissants, nous parlons et nous pensons tous, comme si nous avions acquis le droit d*étre difficiles en fait de gouvernement et de bonheur ; on voudrait une perfection idéale et subite.
Il s'est opéré, dans ma fortune particulière, un changement inespéré : ma place de questeur de la Chambre des députés me donne une aisance à laquelle mon ambition ne s'était jamais âevée ; je jouis de tous les avantages et de tontes les commo^
dites de la fortune. Cependant je n'ai jamais été moins heureux, parce qu'à un certain âge on ne peut être content et heureux que de la manière conforme à des habitudes contractées, et pas autrement. Aycc ud moral développé et de la réflexion, on a besoin par-dessus tout d'être content de soimême et d'être considéré par les autres : je n'ai joui ni de Pun ni de l'autre de «es biens, depuis qtle je suis parvenu à la questure. J'ai été constamment entraîné au dehors et enveloppé par toutes les impressions de la vie extérieure, et ce n'est que dans* la vie intérieure et dans l'exercice des facultés actives, dans les profondeurs de l'âme, qu'on retrouve son être moral, qu'on acquiert et qu'on peut conserver le sentiment de sa dignité, qu'on apprend à s'estimer soi-même, en forçant l'estime et la considération des autres.
Dans les premiers mois de l'année qui vient de s'écouler, je vivais heureux sur une bonne réputation, méritée par la manière dont je m'étais conduit dans cette commission des cinq qui luttait contre Bonaparte. Revenu chez moi à la Gn de mars, j'y étais entouré d'hommages. Je contractai de nouveaux liens de mariage, et je revins immédiatement à Paris où a commencé cette nouvelle ère de ma vie, tout extérieure, en représentation, pleine de troubles^ d'agitations et de futilités, sans but moral, et opposée à tout perfectionnement intellectuel. J'y ai gagné sous le rapport matériel quelques avantages de fortune et un peu plus d'aplomb dans le monde, plus de disposition à ne pas m'en laisser imposer par les dignités et les grandeurs ; mais ces acquisitions ne compensent pas des pertes bien réelles.
J^aiperdu le con scium et le comvos sui ^Ld, faculté de ré- ITexion, la seule par laquelle je vaille quelque chose, ou qui me donne quelque prix parmi les hommes, s'est considérablement altérée ; l'attention aux choses extérieures, qui n'a jamais été active en moi, a perdu aussi une partie de sa force^
et la vie agitée, distraite, que j'ai menée pendant huit mois, a contribué à i'aiïaiblir. La mémoire, qui est toujours proportionnée à l'activité de l'attention donnée aux choses extérieures, ou à celle de la réflexion pour ce qui est intérieur, là mémoire s'est affaiblie dans la même proportion. C'est par la perte de cette faculté que je mesure l'affaiblissement de mes forces intellectuelles. Il r a des moments où je ne puis me rappeler les * noms qui me sont les plus familiers ; je reste court en parlant, ou même en écrivant, faute de pouvoir me souvenir du nom des choses ou des personnes ; c'est une véritable maladie d'esprit, ou un affaiblissement qui correspond à celui des forces physiques. On ne fait attention qu'aux maladies mentales, qui ( entraînent la perte de la raison, ou des facultés supérieures, ) comme la manie, le délire, etc. La médecine morale ne lient aucun compte de ces désordres partiels des facultés, de ces anomalies intellectuelles, qui sont au moral ce que les dérangements de santé sont auîpbysique. Ces derniers dérangements s'annoncent au dehors par certains signes, tandis que les anomalies dont il s'agit ne sont perceptibles qu'à Thomme qui s'observe intérieurement, et qui peut se comparer à lui-même en différents temps. Il y aurait un régime à suivre, ou une sorte d'hygiène à observer, pour remédier à ces anomalies ou les rendre nioins fréquentes. ^ ^
La manière pauvre et misérable dont je me suis senti modifié, pendant le cours de cette année, me laisse encore le doute de savoir si cet état de mes facultés est accidentel et maladif, ou s'il n'est pas une suite de progrès de l'âge et d'une vieillesse précoce. Dans le jeune âge, et à une époque qui n'est pas encore éloignée, j*avais plusieurs mobiles d'activité ; je tenais en mêmp temps, et avec assez de force à la vie extérieure par l'imagination, les passions expansives, et à la vie intérieure par la réflexion, faculté naturelle qui a pris de l'activité en moi par plusieurs années de solitude et par la nature
de mes travaux. J'ayais là deux sortes de priDCîpes d'action qui inlôressaieat ma vie. Aujourd'hui que d'un côté l'âge a détruit les illusions ; et que de l'autre côté les affiiires et les devoirs, mon laisser-aller de complaisance dans cette tumultueuse capitale, me détournent de mes études ordinaires et de tout exercice suivi de la réflexion, j'aurais besoin, pour être an niveau du commun des hommes, d'être excité par quelque passion sociale, par l'ambition ou le désir constant de m'élever à de grandes places, par rémulation et le désir de briller dans une assemblée, d'y influer, d'acquérir une réputation. Mais mon organisation, mes habitudes, mon caractère, ma timidité, ma paresse excluent cette sorte de passion. Je reste donc stationnaire et comme en panne^ dans cette vie qui est toute désintéressée et pleine de petites choses, d'une foule de petits sentiments, de petites idées, entre lesquelles le temps s'éparpille sans résultat, sans progrès, sans fruit d'aucune espése.
Le 21 janvier (jour anniversaire du meurtre juridiqu^e Louis XVI), j'ai assisté à la cérémonie funèbre qui a eu lieu à Saint-Denis, où ont été transportées les dépouilles mortelles de ce bon roi, victime de son amour pour un peuple ingrat, dont une partie fut coupable et l'autre complice de sa mort.
Parti en voiture du palais Bourbon, avec deux de mes collègues de députation, par un froid très-rigoureux, j'ai vu défiler sur le boulevard le cortège qui conduisait les précieux restes de Louis XVI et de Marie- Antoinette, son épouse, à la dernière demeure des rois de France, désertée depuis si longtemps, et vide de ces tombeaux auxquels se rattachaient tant et de si grands souvenirs. Les différents corps de la maison du roi qui étaient en avant du cortège, rappelaient les beaux temps de la monarchie française et se montraient pour la première fois dans tout leur éclat. A la suite venaient les voitures àê deuil de la cour et des princes, et enfin le cata&lque, sur
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lequel s'attachaient les regards attendris de ceux qui, rapprochant le jaasé du présent, voyaient encore par la pensée le chariot sombre qui conduisait, il yayingt-deuxans, l'infortuné Louis XVI au lieu de son supplice, au travers d'une multitude féroce et d'une triple haie de soldats immobiles. Quel peuple ! quelle ville I Excepté quelques êtres pensants et sensibles, tout le monde voyait le cortège comme un spectacle ordinaire foit pour la curiosité publique. J'ai été témoin de Findifférencc de cette multitude sur le boulevard, et j'en ai' gémi. Dans l'église même de Saint-Denis, où nous sommes arrivés à onze heures, j'ai vu l'élite de la société froide et sans aucun signe du sentiment qui devait rempliren ce jour toutes les âmes des Français: il n'y avait point de larmes ni dans le fond ni dans les formes. Cette cérémonie peint un siècle où tous les sentiments religieux sont éteints, où les ftmes sont froides et concentrées. La religion est un sentiment de l'âme, plutôt qu'une cro^^ance de l'esprit; la croyance est subordonnée au sentiment. C'est le sentiment, et non pas une croyance quelconque, qui peut devenir un principe d'action pour, les peuples comme pour les individus ; c'est ce qu'on ne veut pas voir. Améliorez les mœurs publique, simplifiez les goûts et les habitudes, apprenez aux Français à connaître un peu le sérieux de la vie, cultivez les affections, resserrez les liens de famille, et vous pourrez les ramener peu à peu au sentiment religieux. Ils sentiront en même temps qu'il y a Dieu, un prince, une patrie ; ils en feront le mobile et le but de leur vie.
QrateUmp, 12 d 15 février. J*ai éprouvé un sentiment de bien être et de quiétude tout nouveau, et que je n'avais pas connu depuis longtemps, qui me rend l'existence agréable et heureuse par elle-même, indépendamment des impressions du dehors, et même des idées, ou des opérations de l'esprit. Je ne me contiens en rien ; je me laisse aller aux lectures variées.
à la correspondance, au peiit mouvement des vîsities, des affaires. Rien ne me guindé au-dessus de mon ton niiiurel ; je ne ibe commande rien et je suis heureux de tout ; je trouve tout bien. Cet état est trop tieureux ; il ne durera pas.
Gratdoup^ 17 février. Parti le îb janvier je suis arrivé ici le 3 février. A la campagne je laisse volontiers ent^ourdir ma vie; je me rapproche de l'existence matérielle. Délivré des objets d'impressions trop divers qui m'agitent et me tourmentent à Paris, je tends à exister le moins possible, comme par la direction contraire je tendais dans le mouvement à exister le plus possible. Le premier m'e^plus facile que le second et plus conforme à ma nature : je n'ai qu'à me laisser aller pour m*engourdir, il faut que je me balte les flancs, surtout dans les premiers jours, pour me mettre au ton des objets et suivre leurs mouvements. Mais pourquoi cet effort ? Qui est-ce qui m'oblige à tant me remuer, à aller d'un objet à l'autre ? Pour^ quoi consens-je à perdre, dans ce misérable jeu, toute la gravité qui me convient, tout le sérieux de la vie ? Tout mon mal vient de ne pas savoir me tenir tranquille dans une chambre, à Paris comme à la campagne, et ne pas savoir res^ ter maître de mon propre mouvement.
Il y a toujours dans la dégradation, dequelque espèce qu'elle soit, physique, intellectuelle ou morale, une douleur dont on ne se rend pas compte, mais qui poursuit en secret. L'ennui et la fatigue qu'elle cause se revêtent en vain des formes de la vanité, on ne peut pas s'établir en paix dans cette façon d'être sèche et bornée, qui laisse sans ressource en soi, quand le monde nous quitte et que les objets extérieurs nous échappent.
Gratehup, du 8 ou 18 mars. Après quelques agitations d'affaires et un voyage à Périgueux pour la réception de Madame
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et du duc d'ADgouIéme, j'ai passé la journée du 10 seul à ma campagne, sans diversion extérieure, la mauvais temps m'empéchant de sortir pour la promenade. Cette solitude m'a d'abord satisfait, et j'ai tâcbé de me remettre au ton de mes anciennes habitudes méditatives, en lisant mes notes et manuscrits psychologiques. J'ai poussé ce travail avec assez d'activité, pendant quelques heures ; mais j'ai éprouvé que cette activité tendait à devenir tumultueuse, et ne se fixait point, comme autrefois, sur lin seul objet de méditation pour le creuser. Je ne m'attache plus à une suite d'idées ; Je travail de ^ réflexion qui consiste à les lier entre elles^ pour ar river à un certain but In tenëctuëTTln^ ^venu pénible et jpresque impossibl e, à
"^^^np ^ de m*AirRTîvg ]auxj 3i versions extérieures . Ma pensée de la veille ne se lie plus à celle du lendemain, ni même la pensée d'une heure à celle de l'heure qui suit. J'ai besoin de me sentir appuyé de plusieurs sujets de lectures intéressantes pour pouvoir aller de l'une à l'antre . J'attends le m oment où ma tête s^hauffe et se monte par e lle-même pour obéira çejtesbrtë^
JL'inspiration ou de verve spon tanée, et mon esprit, queTà Yninnt^. q^ iffrle plus, ne va plus que par^ sauts et par bonds. ^"
Je me livre maintenant avec une sorte de scrupule aux méditations purement abstraites qui m'éloignent trop du monde réel, et me font perdre la vue^es objets, dont je devrais m'occuper par préférence pour tenir mon rang dans l'assemblée, et m'y faire quelque réputation. C'est ce que je me disquelquefois par réflexion ; mais je laisse aller mes idées à leur pente naturelle, ou à celles des habitudes acquises, sans avoir la force de les du'iger du côté le plus utile, sans songer à l'application ni aux devoirs de mon état, dont je me souviens à peine tant que j'en suis éloigné. Le champ de lecture que je me suis ouvert dans la solitude est selon mes goûts, et tel que je le cboisifais si je devais toujours rester seul. Ce sont les vies de
FéoelOQ et de Bossuet par révéqae d'Alais, Descartes, Leibnitz, Spinoza, etc. Je commence mes journées par la lecture d'an chapitre de TÉcriture sainte.
12 mars. Journée pluvieuse. J'étais tranquillement établi dans mon cabinet solitaire, relisant mes manuscrits philosophiques, lorsque je fus interrompu à trois heures par la réception du courrier de Paris. J'achève une note que j'avais commencée et j'ouvre ensuite une lettre qui m'apprend que Bonaparte est en France, que les Chambres sont convoquées, et que je dois me rendre de suite à mon poste. A l'in stant il se^fai t^une révo lujion dans tout mon être, je passe rapidejnent du cal me le plus p rofond à ragita lioaJ a plus vive ; je dîne à la h&te et j'ordonne mes préparatifs de départ pour le lendemain.
Le 17, arrivée à Paris, après minuit; je suis plein de trifttesse et de noirs pressentiments.
Paris^ 18 mars , Je me lève d'assez bonne heure, avec un sentiment d'énergie et ^'activité j. je reçois plusieurs visites ; je suis affamé de nouvelles. Je vais chez le président et les ministres. — A une heure, séance : discussion animée sur la cocarde nationale ; j'y prends une part active et je parle, pour la première fois, avec assez de suite et d'énergie. ^ Discussion sur le départ du roi et sur le lieu de sa retraite ; il est convenu que ce sera dans le midi et à Toulouse. — Séance du soir, — conférences animées.
19 mars, dimanche. Je prends on bai n en me lev ant. Mes
^dispositions de la veille son t changé egj.jnQnJ nergie physigne
et morale a disparûjje vais au château, pour jouir encore de
la vue de notre î)on roi, toujours calme et serein au milieu de s
orages. La consternaiioD, la crainte, la stupeur sont partout. Ce jour porte avec lui tous les présages de malheurs et de révolutions nouvelles. J'ai vu fuir plusieurs courtisans et flatteurs, les uns pour éviter l'explosion, les autres pour se réunir aux meneurs qui veulent saper encore le palais de nos rois. Je reviens à une heure pour assister à une commission insignifiante, et à la séance où le ministre de l'Intérieur vient de jeter l'alarme ; je ne prends aucune part à la discussion, quoiqu'il y eût beaucoup à dire, mais je manque d'énergie et de présence d'esprit. Je rentre chez moi avec mon fils et d'autres jeunes gens qui vont se dévouer inutilement pour leur roi. Je suis étonné et touché de lenr courageux dévouement, mon âme est déchirée par plusieurs sentiments contraires. — A huit heures, j'apprends que le départ du roi est résolu, et qu'il n'y aura pas de combat. Je rentre chez moi, où je trouve de nouveaux sujets de sollicitude : une ordonnance du roi met nominativement à ma disposition une somme de 300,000 francs pour les besoins de la Chambre. — Visite au ministre des Finances et à la banque pour cette négociation. — Entretien avec M. Laine. — Annonce du départ du roi pour Lille. — Projet de notre départ pour le lendemain après la séance.
20 mars. Levé avec le jour, je sors à pied, pour aller chez le ministre de l'Intérieur et chez M. Guizot que je trouve partis. Les rues de Paris sont encore désertes ; tout annonce déjà la révolution ; je passe toute la matinée dans la plus vive agitation. — A onze heures et demie séance peu nombreuse, où iè I»^ident lit la proclamation qui ordonne la séparation et la clôture des Chambres ; une heure après je monte en voiture avec M. Laine, et nous prenons notre direction sur Versailles. — Crainte d'une arrestation qui parait se vérifier à Chartres.
Chartres, le 2t. Toute la nuit se passe dans les angoisses, ayant sous les yeux un régiment de dragons, commandé par iin colonel vendu à Bonaparte, qui, de son autorité privée, avait défendu de donner des chevaux aux voyageurs en poste. Nous partons enfin au lever du soleil.
Tùurs, le 22. Arrivés à Tours, à midi, nous avons rencontré M. F. avecqui, M. Laine et moi, nous nous sommes entretenus de confiance sur les événements et les projets ultérieurs. Je suis sans inquiétude et plein d'une confiance qui tient plus à Tirréflexion qu'à des motifs raisonnes.
Angoulême. M. Lain^ nous quitte et continue sa route vers Bordeaux. J'éprouve dans la soirée beaucoup de malaise ; le physique est abattu, et je tâche de le remonter par le moral.
Le 24, je pars d'Angoulôme avec D. sur des chevaux de louage. ^ Souffrance et lassitude en arrivant à Brantôme, à l'entrée de la nuit. Nous rencontrons plusieurs paysans qui nous reçoivent avec les cris de Vwe Bonaparte empereur ! — Sentiment pénible. — Tout présage que la révolution est faite dans les esprits de ce pays.
* Le 25, j'arrive assez dispos à Périgueux, à huit heures du matin. Je me suis agité, j'ai parlé toute la journée avec assez d'énergie, tâchant de remonter les courages abattus.
Le 26 (jour de Pâques), après avoir passé la matinée en colloques, répétant à tout venant les mêmes propos pour la cause royale, je suis parti plein d'espérance et d'énergie, tirant un bon augure du défaut de courrier de Paris. Je suis arrivé à Grateloup à huit heures du soir, le quatorsiéme jour après mon départ. Jamais je ne fis de voyage plus précipité ; dans aucune époque de ma vie je n'ai éprouvé en un aussi court intervalle autant d'impressions et de sentiments divers. Laso-
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liUidei qui tempère rimagination et laisse le champ libre aux rtflexioDS, m'abat et me fait seotir la fatiyue. Il faut, pour résister à tant de secousses, être hors de soi . Quand je cherche à rentrer en moi-môme, et à trouver dans mes^idées des motifs de courage et d*élévation, je ne trouve rien et me laisse aller à des mouvements d'humeur, à des irritations désordonnées. C'est ainsi que j'ai passé la journée.
Le 28, après avoir pris un bain, déjeuné et reçu des visites importunes, je suis parti pour Bergerac. Là j'ai trouvé ce funeste courrier dont le retard servait de fondement à toutes les espérances ; j'aiju, j'ai dévoré ces journaux, ces proclamations
dont l'impudence révolte Il n'y a plus de nation française,
elle n'était pas digne d'un bon roi; elle ne méritait pas le bonheur qui commençait à luire sur elle. Le peuple français ne mérite que d'être conquis ; le voilà sous le joug des soldats et des jacobins plus féroces encore. La génération actuélie, née au sein des orages de la révolution, dépravée et profondément immorale, n'est p^ susceptible d'un bon gouvernement.
Le 28, au soir, je rentre dans ma solitude, accablé de ces alTrcuses nouvelles, et ayant perdu le courage avec Tespé* rance. J'apprends que le gouvernement de Bonaparte a été proclamé à Périgueux, au son des cloches et de l'artillerie. Ils célèbrent leur asservissement et leur déshonneur; ils vont au-devant de la servitude et de l'ignominie. Confusi sunt qida abominationem fecerunt ; qtiinimo confusione non sunt confusi, et eruheseere nescierunt idcirco codent inter corruentès ^
Le 29, je passe la journée à Grateloup, où je reçois plusieurs visites de curieux ; j'éprouve de la tristesse et du décourage-