Prophéties d'Esafe, cbap m, verset IS
bouleversemeats de toutes choses, lorsque le crime iriomphe» que la vertu gémit, abattue, proscrite, calomuiée, dénaturée ; celui qui, avec un sens moral, est témoin de toutes ces choses et ne pense pas à Dieu, à la régie éternelle et invariable du juste et de l'injuste, et aux conséquences nécessaires, inévitables qui suivent de cette régie, celui-là, dis-je, doit tomber dans le désespoir. Pour me garantir du désespoir, je penserai à Dieu, je me réfugierai dans son sein.
Jusqu'à présent j'ai cherché à établir une théorie métaphysique en consultant le sens intime et me rendant attentif, autant qu'il a dépendu de ma faible capacité, aux conséquences dérivées de ces faits de sens intime. Dans ma jeunesse, et lorsque j'étais prévenu pour des systèmes matérialistes qui avaient séduit mon imagination, j'écartais toutes les idées qui ne tendaient pas à ce but, j'étais léger plutôt que de mauvaise foi. Depuis que j'ai été conduit, par «nés propres idées, loin de ces systèmes, je n'ai eu aucune prévention pour quelque conséquence arrêtée à laquelle je voulusse priver, aucune prévention pour les matières de foi ou d'incrédulité. Si je trouve Dieu et les vraies lois de Tordre moral, ce sera pur bonheur et je serai plus croyable que ceux qui, partant de préjugés, ne tendent qu'à les établir par leur théorie.
24 avril. Pourquoi chercher à faire du bruit ? Que les individus comme les générations s'agitenlet bouleversent le monde, ou qu'ils traversent la vie en silence, les malheurs, les misères humaines et la mort au bout, ne les en observent pas moins et sauront de même les atteindre.
Ici, le temps, pour moi, tombe goutte à goutte et n'interrompt par aucun bruit la méditation solitaire. Il faut savoir, dans la solitude, se faire encore une existence assez animée, indépendante des hommes comme des choses ; il faut suppléer à l'intérêt des événements par l'intérêt des idées; la pensée doit
remplir toute Texistcnce. Il était trop heureux pour moi, en ayauçaut en âge, et à mesure que je me sentais échapper à moi-même, en perdant tous les avantages de la nature, l'agrément des formes, la fermeté, la force du corps et celle de Tesprit, de pouvoir suppléer, autant que possible, à ces biens réels, par les avantages et la force de situation^ par un crédit, une fortune qui me faisaient sentir à chaque instant mon influeqce morale et m*ôtaiênt toute crainte sur mon avenir et celui de ma famille. Je ne goûtais, il est vrai, ce genre de bonheur et de conflance que par réflexion ; je ne le sentais pas, et il était loin de me tenir lieu du loisir, du repos, de la liberté que j'avais perdus.Aussi comme je n'étais heureux de ma belle place que par réflexion, je ne souffre de sa perte que de la même manière. Pourvu que je sois bien portant, que j'aie la faculté d'exercer ma pensée, avec le sentiment de mes forces intellectuelles, je ne regrette rien ; je suis même plus heureux qu'auparavant. Comme je ne puis plus, ainsi que dit Montaigne, a me jeter aux appuis étrangers, je recours aux propres, seuls certains, seuls puissants à qui sait s'en armer. » Je sens quelquefois que ces appuis propres m'échappent, lorsque mon estomac se prend et que mon esprit s'alanguit avec mes nerfs.
Nervi DeficiuDt animique >.
La solitude porte à se livrer aux spéculations abstraites ; il faut vivre dans le foyer des passions humaines pour sentir le besoin de s'en servir et de les diriger. Il n'y a rien de si innocent, de si respectable que ces conquêtes paisibles de la réflexion qui occupent assidûment des hommes solitaires, sans ambition, sans fortune, sans pouvoir, et qui préfèrent ji tout le culte de la pensée. Les goûts simples, qui s'allient avec les