‹ Maine de Biran, sa vie et ses penséesChapitre 29 sur 85 · Essai sur les fondements de la Psychologie · texte numérisé non relu

Essai sur les fondements de la Psychologie

ne pas assez approfondir la vie, de n*eû pas cultiver assez Ja partie sérieuse, d'être trop relâché daas tout ce qui exige de la suite et une attention soutenue aux devoirs qui naissent de ma situation actuelle.

5 juin. Madame de Staël parait avoir bien senti les liens intimes qui unissent la métaphysique et la morale dans un principe commun. •— i En cherchant, dit-«lle, si notre esprit « agit spontanément, ou s'il ne peut penser que provoqué par « les objets externes, nous aurons des lumières de plus sur le c libre arbitre de Thomme, par conséquent sur le vice et la « vertu ». »

On a beau dire que la doctrine de Gondillac est opposée au matérialisme, et qu*elle donne beaucoup à l'activité de Pâme, il est défait que la sensation, qui est le principe et le pivot unique sur lequel roule cette doctrine, ayant sa cause hors de Tâme, qui est subordonnée à tous égards aux causes extérieures qui produisent ou occasionnent ses sensations, l'âme est asservie et nécessitée par ces causes. Donc tout ce qu'elle sent, tout ce qu'elle est pour elle môme, ;ne peut être qu'un effet. Gomment donc concilier ces maximes tant répétées par nos modernes : « tout pour l'âme se réduit à • sentir; il n'y a pour elle que des sensations et des combinai- « sons ou des résultats de sensations » avec ce principe sur lequel toute la morale est fondée : c l'homme est libre; il a en lui une puissance d'agir, de se déterminer, de commencer une série de mouvements «opposés à ceux des sensations et des passions? • Le fatalisme des sensations est incompatible avec la croyance au libre arbitre. Si les circonstances extérieures nous créent ce que nous sommes, nous ne pouvons pas nous opposer à leur ascendant ; si les objets extérieurs sont cause de tout ce qui se passe dans notre âme, quelle pensée indépen-

t. De VAlUmagne.

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daDte pourrait nous affranchir de leur influence ? « De quelque « manière qu'on s'exprime, il faudra toujours convenir qu'il c y a deux principes de vie différents dans la créature sujette « à la mort et destinée à l'immortalité ^ », dans la créature sujette à toutes les passions et misères humaines, et capable de s'élever, par une penâée active, au-dessus de toutes les pasfilous, de résister à tous les entraînements, de s'affranchir de toutes les misères et de se créer un bonheur indépendant. Il faut rappeler sans cesse l'homme au sentiment de cette existence indépendante ; il faut qu'il sache que sa volonté, et non pas les objets étrangers, le constitue ce qu'il est: personne morale, intelligente et libre par essence.

\2 juin. Injusti punientur et semen impiorum peribit *. C'est aujourd'hui, dans ces terribles circonstances où Ton voit triom« pber momentanément l'injustice, le crime, la folie, Timpiété ; c'est aujourd'hui qu'on est heureux d'éprouver ce sentiment de confiance en Dieu qui animait le prophète-roi, qui lui faisait dire : Vidi impium superexaltaium ft elevatum sicut cedros Libani, Et transivi, et ecce non erat: et qiUBsivi eum, et non est inventtis loctts ejtts '.

£n lisant, le soir de ce jour, un écrit de M. de Maistre, intitulé : Essai sur le principe générateur et conservateur des sociétés politiques, j'ai senti que mes habitudes isolaient trop ma pensée de la société, que mon point de vue psychologique ne tendait à faire de l'homme qu'un être tout solitaire, et qu'à force de considérer l'âme sous le rapport abstrait et unique de son activité, je m'accoutumais à ne voir en elle qu'une force motrice, isolée de toutes ces affections sociales, de tous ces sentiments intimes et profonds, dans lesquels est placée notre

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