id. id, versets 35 et
moralité, le bonheur oa le malheur dont nous sommes susceptibles, eu qualité d*êtres qui, outre la vie iatérieure de la pensée, ont encore une vie de relation et de conscience. Gommeat dériverai-je des principes de philosophie que j'ai suivis, robligation morale, le devoir ? C'est là un autre système de facultés, un autre point de vue dé Tâme, qui doit pourtant rentrer dans celui que j*ai ^nt médité jusqu'ici. Chaque individu agit sur la société de ses semblables, qui réagit tout entière sur lui. Dti sentiment de l'action libre et spontanée qui, par elle-même, ne connaîtrait pas de limites, dérivent ce que nous appelons droits. De la réaction sociale, qui suit l'action individuelle, ^t qui ne s'y conforme pas exactement, attendu que les hommes ne sont pas comme les choses matérielles, qui réagissent sans agir, naissent les devoirs. Le sentiment du devoir est celui de la coercition sociale, dont chaque individu sent bien qu'il ne peut s'affranchir.
La méditation abstraite a l'inconvénient de ne pas donner au sentiment moral le développement dont il est susceptible, d'ôter à l'âme le point d'appui fixe qu'elle a besoin de trouver hors d'elle dans la société humaine, à laquelle elle est destinée par une portion notable de ses facultés..
Les fluctuations et le vide que je sens au dedans de moimôme, qui m'empêchent de prendre une forme constante, môme en vivant avec moi, tiennent à l'absence d'un sentiment moral, qui serve comme d'ancre, propre à fixer cette machine intellectuelle et sensible entraînée çà et là par une multitude de petites impressions, et surtout par ses dispositions intérieures, variables et singulièrement mobiles. Il n'y a qu'un sentiment fixe quipuissedéterminer ou amener des idées fixes ; voilà ce que m'a bien démontré ma propre expérience. Ce sentiment est : ou l'amour de la gloire, le désir de se faire un nom immortel, l'ambition, la cupidité (et hoc quoque vanUas) ; — ou, ce qui n'est pas vanité, la religion, un noble désir de se rendre agréable à Dieu, en tirant le meilleur parti possible des
DE MAINE DB BfRAN. iSiS. M
flicnltés qa'il noos^ a données, et de gagner la palme d'une meilleure Yie; — ou Tamour dje l'humanité, le désir d'être utile à ses semblables sans aucun intérêt matériel, sans avoir même besoin de leurs suffrages ; — ou enfin le besoin d'être content de soi, la satisfaction intérieure qu'on éprouve en donnante ses facultés la meilleure direction possible, et en faisant bien pour soi n'ayant que sa conscience pour juge. Ce dernier sentiment est mon principe d'action unique. Il suffît pour me mettre à l'ouvrage et m'empécher de tomber dans l'inaction ; mais il ne me fixe pas assez sur un point donné du système intellectuel et moral ; il ne détermine pas assez la convergence des actes ou des idées vers un but certain ; il n'établit pas dans mon être moral cette suite qui fait que la vie est une et bien liée dans toutes ses parties. Pourvu que je sois^ntent de moi à la fîn du jour, cela me suffit ; mais la suite de penFées, d'actions du lendemain ne se lie pas aux pensées ou aux actions de la veille, par cette seule raison qu'il n'y a pas en moi un sentiment fixe, qui étende ma vue au loin et me détermine à envisager un œrtain but, placé à distance dans le temps ou Fespace. De là cette légèreté, cette inconsistance que je me reproche, ce vide d'esprit et d'âme qui me surprend au milieu de mes travaux décousus, cette incertitude sur les objets d'étude qui, dans le même jour, m'entraîne de l'un à l'autre sans qu aucun produise une impression profonde.
14 juin. Il Êiut se tenir éloigné des affaires publiques quand elles peuvent compromettre la conscience, quand on ne peut s'en mêler sans trahir le devoir et l'honneur.
2i juin. Journée de tribulation, de crainte et d'impatience. Mon fils, sommé par l'autorité et en vertu d'un décret du tyran d'aller prêter le serment de fidélité, s'est présenté d'après mes conseils, avec plusieurs de ses camarades à la sous-préfecture,
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pour déclarer qu'il oe pouvait pas prêter un serment contraire à Thonneur et à la conscience. J'étais sarcles épines pendant tout le temps qu'il est re&té absent, et j*ai eu beaucoup de peine à tromper le sentiment d'impatience par quelques heures de méditation, jusqu'au moment du retour.
4 heures. Il est venu diner avec ses camarades, satisfaits de leur démarche et de la réponse du sous-préfet.
22 juin. J'ai commencé à lier ensemble les matériaux psychologiques rassemblés depuis deux mois dans des notes sur Kant, Lignac, etc., pour en faire les prolégomènes d'un ouvrage fondamental sur la science des principes ^ Irai-je loin dans l'enchaioement de ces idées ? Ecce enim brèves aimi transeunt, et semitam, per quam non revertar, ambulo •.
'Ihjuin, Mon boolieur actuel consisterait dans une paix intérieure, unie avec un sentiment assez plein de vie et d'activité, aussi intérieure. Les agitations des passions ne laissent point de calme ; la tianquillilé de la sécheresse et de la médiocrité d'esprit tue la vie de l'âme ; il n'y a que dans le sentiment religieux, ou dans un goût vif et soutenu pour l'étude et la re* cherche de la vérité, qu'on trouve une réunion parfaite du mouvement et du repos. Cette disposition ne peut être continuelle dans les hommes pieux et encore moins dans les hommes studieux. Certaines maladies ou états organiques qui allèrent en nous l'activité intellectuelle et nous dégoûtent de l'étude, par la conscience même de notre impuissance, laissent subsister le sentiment religieux qui, dans les douleurs, les maladies, les afflictions, les anomalies de l'esprit, auxquelles est,
1. Une 8*agit pas ici d'un ouvrage nouveau, mais toujours de VB$tai sur Ut fondements de la Psychologie, que l*au(eur remadiait à celU; époque.