I. VEuai tur les fondementt de la Psychologie
thabitudey couronné par ]a classe des sciences morales et politiques de l'ancien Institut. Cet ouvrage était celui d'un jeune homme eo qui l'imagination prédomine sur la réflexion, qui n'a presque aucune idée des difiBcultés et des premières questions de la science qu'il aborde, qui ne se doute pas encore de ce que nous pouvons savoir et de ce que nous devons toujours ignorer dans la science de notre être propre, qui se fie à des explications hypothétiques de faits inexplicables par leur nature, ou qiii n'ont aucun rapport avec les choses imaginées pour les expliquer. En y pensant mieux ou plus mûrement, j'ai exercé moi-même sur cette production prématurée une censure sévère, et le sentiment pénible, l'espèce de [fùdeur que j'y rattache, comme à tout ce qui nous donne la preuve d'une imperfection, m'a empêché de publier trois autres mémoires couronnés depuis par des sociétés savantes, attendant toujours un degré de maturité et de perfection de plus, dans un système d'idées dont je sentais encore tbut l'incomplet. Cependant le temps passe, la vie s'écoule et je suis arrivé à l'âge où l'homme sent qu'il n'y a plus aucun accroissement, aucun progrès physique ' ' intellectuel à espérer pour lui, où il doit se presser de tirer parti de ce qu'il a acquis, et qui va bientôt peut-être lui échapper par une suite de décroissements insensibles. Je ne veux pas commencer à mourir à moi, au monde intellectuel, sans avoir exposé le point de vue particulier sous lequel j'ai saisi ce monde, et les découvertes que je crois y avoir faites, depuis la publication de mon écrit sur l'habitude ; je ne veux pas que celle œuvre imparfaite de ma jeunesse irréfléchie et présomptueuse par ignorance, reste comme le seul titre d'après lequel je serai jugé trop défavorablement par les vrais métaphysiciens qui me liront, et ce que je crains plus encore, Jrop goûté par de jeunes adeptes, qui pourraient s'égarer, après moi, dans une voie dont j'ai reconnu plus tard le danger et les prestiges. Il est de mon devoir rigou-
reux de signaler les écueils contre lesquels je sais venu me heurter, et de montrer la route plus sûre qui m'en a écat'té.
Tel est l'objet de cette publication nouvelle. Je PentreprendB, dans un temps qu'on peut croire défavorable, si Ton a égard aux intérêts de Tamour-propre et au désir de la célébrité, puisque tous les esprits sont occupés ailleurs : la politique absorbe tout. Mais nous touchons, ce me semble, à une époque de la société, où, après avoir été si fortement attirés au dehors et captivés par une suite d'événements si extraordinaires, les hommes, fatigués de sentir, se trouveront plus disposés à rentrer en eux-mêmes, et à y chercher le repos et ces consolations qu'on ne trouve que dans l'intimité de la conscience. S'il y a un besoin moral dont la nécessité doive être sentie aujourd'hui, c'est celui du désintéressement dans les sentiments et les opinions. Or, c'est dans les études ou les méditations philosophiques, et dans les habitudes qui s'y rattachent, qu'on trouve le parfait désintéressement d'opinions, et on ne le trouve que là. C'est en nous-mêmes qu'il faut descendre, c'est dans l'intimité de la conscience qu'il faut habiter, pour jouir de la vérité et atteindre la réalité de toutes choses. Les physiciens sont comme des conquérants qui vont toujours en avant dans la nature extérieure, sans que rien puisse les arrêter, ou les ramener en arrière. La disposition qui nous ramène à nousmêmes et nous fixe sur un petit nombre d'idées ou de sentiments intérieurs, est plus timide, plus humble et par là même plus morale. Par l'acte seul de la réflexion, par l'effort que fait l'homme qui s'arrache au monde extérieur pour s'étudier et se connaître, il se dispose à recevoir et à saisir le vrai, et se désintéresse pour tout ce qui ne porte pas ce caractère. Quel autre motif que le besoin de connaître le vrai pourrait l'engager à s'enfoncer dans les souterrains de l'âme? C'est là que tous les intérêts extérieurs l'abandonnent ; c'est là le champ propre et unique où sa moralité se développe. Jamai
la société n'eut un plas grand besoin d'encoarager œs études qui ramènent Thomme à lui-même.
2^ novembre. J'apprends, avec un grand saisissement de cœur, la nouvelle de la mort de mon neveu ^
réprouve, dans cette occasion, que la vie d'un homme d'affaires et de société éloigne tontes les impressions ou émotions fortes et durables, eo ce qu'elle distrait l'attention, , l'empêche de se fixer sur les objets capables d'exciter ces émotions ; en sorte que la sensibilité parait nulle ou altérée, lorsqu'elle n'est que distraite, fente d'attention ou d'appfication aux objets qui pourraient l'exercer ou la développer. C'est là une preuve bien manifeste que les sentiments de l'âme ne sont que des résultats médiats de son activité. Il dépend de nous, non pas de nous modifier immédiatement d'une manière agréable ou désagréable, mais de donner notre aUention aux idées, ou objets capables de nous modifier ainsi. Le sentiment naît à la suite des actes d'attention (si d'ailleurs l'âme est disposée à éprouver ce sentiment) et non autrement. D'où il suit que l'exercice des facultés actives de l'espritse lie à notre moralité, et que Tune est inséparable de l'autre. Une vie de dissi-*^ pation et de distractions même innocentes peut être considérée 1 comme immorale, en ce qu'elle étouffe les sentiments moraux 1 et les empêche de naître.
28 novembre. Soirée animée parla nouvelle d'une scène violente qui s'est passée à la chambre des députés Quand tout est tranquille et calme, il semble que mes facultés s'engourdissent; il faut du mouvement, des événements extraordinaires, pour les mettre en jeu. Aussi lors même que ces événements sont fâcheux pour la chose publique et pour moi-même,
1. Prosperde Biran, voir plus haut, à la dale du 16 avril 1815.
je les reçois avec une sorte de plaisir, comme me faisant vivre plus, et meltant en jeu mon imagination. — Disposition fâcheuse et peu inorale, en ce qu'ellie lient à Tinstinct animal.
30 novembre. J'ai pensé en m'éveillant que ce jour était celui de ma naissance ^ J'atteins aujourd'hui l'âge de cinquante ans. J'entre dans la vieillesse et je conserve encore beaucoup de goûts et de dispositions du jeune âge ; j'en ai souvent la légèreté, le défaut de tenue.et de suite. Je sens chaque jour que tout point d'appui extérieur m'échappe. Je ne puis trouver cet appui dans aucun objet hors de moi ; je n'ai plus comme autrefois, ce grand désir de plaire, d'être aimé, parce que je suis averti, par des comparaisons continuelles, autant que par mon sens intime, que j'ai perdu tout ce qui attirait vers moi, tout ce qui me donnait des avantages dans le monde Je ne sais si je retrouverais encore ce point d'appui en moi-môme, où je me complaisais autrefois à rentrer. Je ne sais si l'on n'est pas plus disposé à se chercher et à se trouver avec plaisir dans l'âge de la force et de la plénitude de vie que dans celui auquel je suis A parvenu. Des affections douces, un sentiment heureux de / l'existence nous attirent en nous-mêmes et font que nous sen- I tons moins le besoin d'en sortir. Des affections tristes, un seo- I timent pénible de l'existence nous éloignent de nous et nous \ font sentir le besoin des distractions ou des diversions extérieures. Mais le mal qui nous tourmente s'accroît par ces distractions mêmes, et on souffre doublement, par le dégoût des choses du dehors, ou d'un monde qui nous repousse, et par le mécontentement ou le vide plus profond qu'on retrouve j en soi, quand on est forcé d'y revenir. Voilà des faits d'expé-
1. L'auteur était né le 29 novembre, ainsi que son acte de naissance en fait foi, et non le 30.
D8 lUINB DE BIRAN. 1816. 207
rieDoe iDtérieare, que je coastate chaque jour et dout je me rend^ un compte réfléchi, pour m'exciter à chercher dans le foad de mon être» et dans l'idée de Dieu qui s'y trouve, ce point d'appui qu'il est impossible de trouver ailleurs, afln de donner à mon reste d'existence le but qui lui manque tout à fiiit.
15 décembre. Le sentiment de l'âme que j'appelle tristesse ou mélancolie diffère essentiellement, toid naturd, de cette affection de malaise ou d'inquiétude qui se lie à un mauvais état des nerfs ou à certaines dispositions organiques. Le sentiment est aussi désirable que Tafféction est lâcheuse. A ceiui-là se lient tous les progrès de l'intelligence, et de nobles excursions de nos facultés ; l'autre nous rend incapables d'exercer ces facultés. Quand je suis tourmenté par mes affections organiques, je cherche le monde, le bruit et les distractions du dehors pour m'en délivrer. Quand j^éprouve ce sentiment de tristesse ou que je m'y sens disposé (ce qui m'arrive trop rarement précisément parce {{ue l'affection de malaise et d'inquiétude organique me fait plus souvent la guerre), je crains d'évaporer ce sentiment mélancolique ; je me tiens à moi-même, je m'y enveloppe ; je cherche à pénétrer dans les profondeurs de mon àme, je réfléchis sur le mot. La joie me parait être un sentiment passager hétérogène à ma nature ; et je redoute encoreplus pour la moralité les affections joyeuses, qui tiennent à l'expansion nerveuse, que les affections pénibles.
15 janvier. J*ai eu, ces deux jours, de ces momeuts heureux d'expansion interne et de lucidité d'idées qui ne m'arrivent que quand je suis seul, en présence de mes idées. J'appelle cela être en bonne fortune avec moi-même. J'ai toujours eu de la disposition à retenir en moi les impressions et les idées ; l'expansion est toujours plus ou moins lente, diffirile et embarrassée. C'est un véritable instinct, qui me tient renfermé en moi-môme, et qui empêche Texpansioi^des idées ou des sentiments. La plupart des hommes ne cherchent à concevoir, connaître ou travailler d'une manière quelconque leur intelligence que pour la produire au dehors. Alors qu'ils semblent pehser le plus profondément, c'est encore l'effet exlériei;r qui les occupe. Aussi ont-ils besoin de communiquer, de donner à leur conception l'appareil le plus brillant, le plus propre à frapper ; et n'onl-ils pas une idée saris l'habiller de signes, sans l'orner le plus richement ou le plus élégamment qu'ils peuvent. L'emploi de leur vie est d'arranger des phrases, et ils tournent toujours leurs pensées dans le moule gramnaatical ou logique, bien plus préoccupés des formes que du Jond.
DE lUmE DB BIRAN. 1817. 209
J'obsenre que les hommes ainsi disposés sont tous plus ou moins forts ou vifs, qu'ils ont de bonne heure contracté l'habitude d'exercer l'art de la parole et qu'ils sont aussi peu méditatifs. Je me trouve contraster avec ces hommes par une sorte de faiblesse naturelle. Ma sensibilité réagit peu au dehors, elle est occupée, ou par des impressions internes, confuses, et c'est là l'état le plus habituel, ou par des idées qui me saisissent, que je renferme, que je creuse ou dedans, sans éprouver aucun besoin de les répandre au dehors. Je néglige les expressions, je ne fais jamais une phrase dans ma léte ; j*é- * tudie, j'approfondis les idées pour elles-mêmes, pour cbnnaltntce qu'elles sont, ce qu'elles renferment, et avec le plus entfei^ désintéressement d'amour-propre et de passion. Une telle disposition me rend propre aux recherches psychologiquesy et à l'existence intérieure, en m'éloignant de tout le reste.
tt avril. Je porte les distractions en moi-même, et je les ctierche au dehors après, m'étre occupé de correspondance et dé petites aflkires dans la matinée, j'ai été à la liquidation < jusqu'à cinq heures. Spectacle de la Porte Saint-Martin ou je me suis amusé jusqu'à onze heures ; rentré chez moi en Racre. Les divertissements nous perdent et nous font passer sans nous en apercevoir du temps à l'éternité. La vie que je mène à Paris est une vie de divertissements sans plaisir. Il faut, ou s'amuser dans le monde en se livrant au mouvement de la société, ou y jouer le rôle d'observateur pour s'instruire : je n'y fais ni l'un ni l'autre; je m'étourdis.
13 avril. Déjeuner chez M. Guizot. — Projet d'un journal
t La commission pour la liquidation des créances étrangères, qui Alt diMOute le 13 juillet 18t8.
2iO l»i:NséKS
philosophique et littéraire *. M. Guizot. principal rédacteur, M. Cousin et moi devons fournir des articles de philosophie. Voilà un nouveau mobilQ d*activlté^ mais de nouvelles gênes ou des sujets de diversion que je m'impose. Ce projet m'excite.
7 mai. Je m'occupe, à bâtons rompus, d'un article du prochain journal philosophique où je ferai connaître Tesprit de la philosophie de Condillac à l'occasion de l'ouvrage de M. Laromiguiôre.
Du 12 au 17 mai. Température douce du printemps. — La pluie, assez abondante jusqu'au 13, a tout ranimé^ tout reverdi ; la nature est transformée. Il ne me manque que •de la santé et de l'animation pour jouir d( s beautés et des agréments de la saison ; mais je suis* tombé, depuis quelques jours surtout, dans un étal d'abattement, de tristesse et de mélancolie qui m'empêche de jouir de quoi que ce soit. J'erre au hasard, cherchant au dehors des sensations capables de distraire le sentiment pénible de; mon existence. Ce sentiment dure et me concentre par force au dedans de moi-même, il fait obstacle à l'exercice de toutes mes facultés, absorbe la pensée, me rend insupportable à moi-môme et aux autres. Une vie si malheureuse, si elle durait, ne vaudrait pas le néant. Je me rappelle quelquefois les impressions de ma jeunesse, dans cette saison ; j'étais si heureux de l'air, du soleil, de la verdure, j'étais si expansif et si bon, je me nourrissais de sentiments si déhcieux, je prenais un intérêt si animé à tout ce qui m'entourait! Aujourd'hui, l'attrait, le charme de la vie n'est plus en moi ni hors de moi.
t. Les Àrehivêi philosophiques, politiquet et liltéraires, dont If premier numéro parut en juillet 1817
' DE tfAlNË DE BIRAN. 1847. 211
Du 22 au 26 mai. Le temps a été constamment pluvieux. Après quelques éclairs de bien être et d'activité, je suis retomt)é dans mon état de tristesse, de langueur et d'abattement. Je trayaille sur Tarticlc Laromiguière, à bâtons rompus, sans pou^ voir me satisfaire sur rien. J'éprouve un grand mécontement de moi-même et du monde entier.
Il y a en moi une faculté de réflexion ou de raison qui juge et contrôle toutes les autres, L*exerckc constant que j'ai donné à cette faculté, dans l'âge d'une plus grande force et d'un état intellectuel meilleur, est aujourd'hui un désavantage. J'assiste comme témoin à la dégradation, à la perte successive des facultés par lesquelles je valais quelque chose à mes propres yeux. Il vaudrait mieux peut-être ne pas s'en rendre compte et Refaire illusion sur son prix. Mais si je suis amené par ce sentiment même de ma décadence intellectuelle et morale, à chercher plus haut que moi une cont^olation et un appui, la réflexion et la raison m'auront rendu sans doute, après avoir été cause de souffrances, le plus grand service qu'il soit possible d'en retirer.
Dw 10 au 18 juillet. J'ai mis une activité laborieuse et constante à terminer mon arlicle de psychologie qui doit être inséré dans les Archives^ nouveau journal dont M. Guizotest directeur et qui a pour collaborateur quelques jeunes gens dont la tête est forte. Je suis le vieux de la bande et ne puis guère marcher au pas des autres ; mais je creuse pendant qu'ils avancent. J'ai terminé mon travail le 18; j'ai eu, pendant ce temps, un copiste qui a d'abord écrit sous ma dictée, travail énorme pour moi, puis copié et recopié encore. De tous les efforts répétés, et bien soutenus pendant trois semainei^, est sorti un morceau de philosophie dont je suis content. J'ai eu, au sujet de cet écrit, des alternatives singulières de contentement et de dégoût. Dans certains moments, toutes mes idées se brouillaient, je ne sav^s
'ii â l^RNSÉES
OÙ j'en étals et je ne concevais pas comment je pourrais eo sortir. Dans d'autres moments plus rares, je no doutais de rien ; mes idées se développaienl d'elles-mêmes, je voyais jusqu'au fond de mon sujet ; je le tenais et je ne concevais pas qu'il dût me donner la moindre peine. Ces alternatives se sont succédé jusqu'à ce que j'ai eu pris mon parti de terminer à jour fixe. Alors j'ai donné un coup de collier plus fort ; je me suts dit qu'il n'était plus temps de changer, et, relisant toute ma composition avec cette idée, comme avec le vif désir de la trouver assez bonne pour ne pas devoir renoncer au fruit de tant de labeur, je me suis monté au point de croire presque avoir fait un petit chef-d'œuvre qui marquerait comme tel dans le monde philosophique. C'est l'imagination qui fait croire ainsi ce qu'on désire, et non pas la réflexion ni la raison^ qui nous présentent toujours un type absolu, un idéal de perfection, impossible à atteindre. Personne n'est plus malheui'eux, plus embarrassé et dans de plus vives angoisses que moi dans mes compositions, et personne aussi n!est plus heureux à la fin du labeur. Le succès intérieur me suffit, et je juge que ceux qui ne seront pas aussi contents que moi auront tort. Cette disposition dure quelque temps et puis s'évanouit complètement.
Pendant ce mois de travail j'ai acquis la triste conviction que j'avais vieilli de toutes manières. Je suis bien plus sujet à l'abattement qu'autrefois, je manque de verve. La faculté de lier mes idées, et d'en embrasser plusieurs à la fois, qui a toujours été faible, s'est peut-être affaiblie encore. J'ai changé mes habitudes ; depuis un mois je suis toujours levé à six heures du matin et préoccupé même en dormant, comme un homme qui voit un but toujours présent qu'il doit atteindre, et sent ses forces défaillir.
20 juillet. J'étais invité à diner diez M. Morellet où je me
DE MAINR J)E BIR^M. 1817. 213
suis renda à cinq heures. J*ai engagé malheureusement une
discussion sur la métaphysique, dont on se moque sans avoir
la moindre idée de œ sujet. On ne conçoit pas parmi nous la
vie intérieure, on la regarde comme folle et vaine, tandis que
c^ux qui connaissent cette vie regardent du même œil les gens
do monde, qui sont tout hors d'eux-mêmes. Qui ^t-ce qui a .
raison ? Ceux qui nient ce qu'ils ne connaissent pas et ne I
veulent pas connaître ? Je connais aussi bien que vous le /
monde extérieur et je le juge ; vous n'avez pas l'idée de mon /
monde intérieur et vous voulez le juger ! •A
• 21 juillet. Lorsqu'on s'occupe de philosophie, il fout renoncer
à la gloire. J'éprouve tous les jours combien cette étude intérieure, loin de me procurer quelque avantage réel dans le monde, est contraire an rôle que je devais y jouer et éloigne même ceux qui me veulent du bien. Dans le siècle oii nous sommes, les hommes qui s'occupent de philosophie,^ de métaphysique surtout, ne sont bons à rien. J'aurais dû naître au temps de l'école de Descartes.
Duîrl juillet au [•^aoàt. J'ai repris mon article sur Touvrage de M. Laromiguière et sur la réalité de la connaissance >. J'y ai travaillé encore avec assiduité pour changer, remanier d(^ phrases, abréger, rectifier les expressions. Ce travail m'a de nouveau absorbé pendant huit jours /*ai continué à me leirer de très-bonne heure et à mi'occuper avec un intérêt exclu-
1 . Cet article avait été refusé par la rédaction des ÀrchivBS eomine s'éloigDant trop, par sa longueur et par la profondeur des idées, de la nature des compositions conTenabies pour une revue périodique L*auteur se décida à l'imprimer à part et le fit paraître sous le titre de : Examtn des leçoiit de pfiihiophie de M. Laromiguière; M. Cousin Ta réimprimé dans son édition des Œuvres philosophiques de Maine dêBiroim.
214 PKNSÉes
sif da même sujet. C'est encore le genre de vie le meilleur qu'oa puisse avoir; la vie est plus une, oa est moins tourmenté par les événements et toutes les choses de la vie extérieure. C'est ainsi que je voudrais employer le fcste de mon temps, quoiqu'il y ait des efforts pénibles et des sacrifices à faire. Je n'ai pourtant pas négligé mes devoirs, dans cet intervalle, et j'ai toujours donné six heures par jour au!c affaires du dehors.
4 septembre. Séjour au Murât. — Bien-être. •— Mon âme s'ouvre à de douces affections ; je ne puis plus en éprouver hors de mon pays et de ma famille.
Le dimanche 28 septembre, j'ai passé la journée à Suint- Sauveur. J'y suis arrivé au sortir de la messe. Je suis entré dans rég[|ise pour rédilication ; il me tardait de revoir la tombe démon amie, de la mère de mes enfants. La quatorzième année s'est écoulée depuis que je l'ai perdue, et le souvenir ne s'est pas altéré. Je n'ai éprouvé, depuia cette époque, aucun sentiment qui ait prédominé sur celui que m'avait laissé cette excellente femme ou même qui en ait approché. J'ai fait une assez longue station prés de la pierre tuàiulaire qui recouvre ses restes. J'ai pensé sérieusement, mais sans tristesse^aux effets matériels de la mort. J'ai pensé à ce qu'était devenue cette âme céleste, et j'aimais à croire qu'elle entretenait encore des rapports secrets avec la mienne. J'ai passé le reste de celte journée dans un état de langueur et* d'abattemeut moral dont rien ne contribuait à me tirer. J'ai fait une autre station au tombeau, à vêpres, et je suis reparti à la nuit pour iGrrateloup. »
Gratelotip, 29 septembre. J'ai pensé aujourd'hui, en moimême, à tous les maux qui résultent du défaut d'autorité, en
France, depuis la famille jusqu'au trône.. L'égalité est la folie du siècle, et cette folie va jusqu'à menacer la société* de sa destraction Gtiaque homme veut juger, tout rapger à sa niesure. Rien n'est respecté et n'impose, ni le rang, ni la science, ni la vertu ; il n'est pas une réputation qui soit au-dessus des plus misérables calomnies. Quel peut être le résultat de cet esprit d'indépendance, de fierté ou d'orgueil? Là où personne n*obéit, ne reconnaît de supérieur, c'est l'anarchie ou l'êsiûpire exclusif de la force.
30 septembre. Les philosophes concluent faussement qu'on peut toujours ce qu'on peut quelquefois, qu'on peut de saugfroid, et par la seule énergie de la volonté, ce qu'on peut par rimpulsion d'une passion ou d'un sentiment exalté, tel que l'amour de la gloire, par exemple ; ce sont, dit trèsbien Pascal, • des mouvements fiévreux que la santé ne peut imiter. »
Les stoïciens pensaient que l'homme pouvait opposer à tous les maux de la vie un enthousiasme qui, s'augmentant par notre effort, dans la môme proportion que la douleur et les peines, pouvait nous y rendre insensibles. Mais comment peutil y avoir un entliousia|pie durable, fondé sur la raison toute ..seule? Ne faudrait-il pas que cet enthousiasme dépendit de la volonté, qu'il pût être excité par elle et maintenu au môme degré? Gomment la volonté de l'homme qui est conscius et compas sui, peut-elle produire le même effet que le délire, qui nous rend insensibles à toutes nos douleurs, en nous ôtant en même temps le libre usage de nos facultés ? Suffira-t-il de dire que la douleur physique ou morale n'est pas up mal, pour' cesser de la siMilir ? Cette morale stoïcienne, toute sublime qu'elle est, est contraire à la nature de l'homme, en ce qu'elle' prétend faire rentrer sous 'l'empire de la volonté désaffections, tle^ ?entii|ients ou des causes d'excitations qui n'en dépendent
f216 PENSÉES
en aucuof manière; en ce qu'elle anéantit une partie de rhonoigpe môme, dont Thomme ne peut se détacher. La raison seule est impuissante pour fournir des motifs à la volonté ou des principes d'action ; il faut que ces principes viennent de plus haut.
["octobre. Nous sentons ou percevons en nous-mêmes certains modes, tels que les mouvements dits volontaires, comme étant en notre pouvoir au moment où ils sleiécutent, et nous partons de là pour les prédéterminer ou les vouloir, car ce n'est que lorsque nous exécutons des actes ou mouvements prédéterminés que notre volonté proprement dite ou notre liberté s'exerce. Or, ce n'est pas ainsi que nous pouvons prédéterminer et vouloir tout ce qui se passe en nous. Il est des modes tout à fait passifs que nous sentons être indépendants de notre volonté qui ne peut en aucune manière les interrompre ou les changer : telles sont toutes les affections de plaisir ou de peine. Il en est qui commencent et continuent, sans le concours de notre volonté, quoiqu'elle puisse y exercer un certain empila et les assujettira ses lois ; telles sont les images ou idées de l'esprit, qui peuvent se représenter spontanément, ou suivre l'ordre que la volonté leur prescrit. Enfin, il est des actes intellectuels qui, comme certains mouvements, ne peuvent commencer, continuer ou se répéter que par un ordre exprès de la volonté : c'est ainsi que pour penser régulièrement, méditer, réfléchir sur soi-même, comme pour exécuter un mouvement qui n'est pas d'habitude, il faut le vouloir expressément.
Gomme ndus sommes tous dans nos habitudes, que les hommes sont ennemis de toute contrainte, et que l'empire sur soi, l'exercice delà libre activité, opposée aux habitudes et aux passions, exclut cette aisance, cette facilité qui est un mérite aux yeux du monde, il arrive que nous sommes par le
DE MAINE DE BIBAll. 1817. 217
fôit plus soovent passifs qu*actifs, plus automates qu^étres prisants et réfléchis. De là vient qu'on a fait abstraction complète de la volonté, dans l'analyse des sensations et des idées, et que presque tous les métaphysiciens considèrent les idées ou perceptions comme des produits de causes extérieures. Mais Tactivité n'en subsiste pas moins, de droit pour tout le monde, et de hii pour ceux qui veulent Texercer ou qui pensent comme il faut. Cette part de l'activité est considérable, et il n'est pas facile de l'assigner exactement, en fiaisant l'analyse des focultés de l'homme physique et moral.
2 octobre » Nous concevons une haine immortelle contre
• cette vérité qui nous reprend et nous convainc de nos dé- « fauts. Ne pouvant la détruire en elle-même, nous la détrui- ' « sons, auiant qu'il est possible, dans notre connaissance et
« dans celle des autres hommes. Nous mettons toute notre ap- «1 plication à couvrir nos défauts, et aux autres, et à nous- » mêmes ; nous ne pouvons souffrir qu'on nous les fasse voir. « Ainsi nous ajoutons à tous nos défauts celui d'une illusion m volontaire. Pourquoi voiitons-nous tromper les autres et
• nous tromper nou^Miièmes? Pourquoi voulons-nous être
• estimés plus que nous ne méritons et passer pour autres que « nous ne sommes réellement? N'est-ce pas là une véritable « injustice, une misérable vanité, un sentiment bas et aveugle « qu'aucune raison ne saurait justifier ^? » Je cherche conti- Duellement à cacher aux autres ce que je suis, et à me donner l'apparence extérieure d'une science, d'iyie vertu que je n'ai pas, on de qualités intellectuelles, morales ou même physiques dont je sais bien, à part moi , que je suis dénué. C'est là une occupation misérable de ma vie ; tandis que d'un autre côté,
i. Peniéet de Pttcal. Tanùé de Vhammê ; Effets de famw/r-frù^e — La eiiation n'esl paT entièrement teztoeUe.
218 Pl'NSÉKS
quand je suis seul el que je réfléchis; j'ai soif de vérité .et je la cherche profondément en moi-même. Pourquoi veux -je paraître extérieurement plus jeune, plus sain, mieux fait d'esprit et de corps que je ne suis ? Pourquoi, sachant bien que j'ai cinquante ans, que je suis chétif et ridé, veux-je qu'on ne me donne que quarante ans, qu'on me dise que je. suis frais de visage, que j'ai l'air de me bien porter, et prends-je soigneusement les moyens de paraître ainsi? J'ai eu l'idée d'une perfection morale et physique ; je sais que je suis très-loin de cette perfection et que l'âge m'éloigne surtout de la dernière. Ce-> pendant comme je ne puis cesser de m'aimer moi-môme et de prendre intérêt à ma personne, que j'ai besoin d'inspirer aux autres une partie de cet intérêt, et que je ne le puis qu'en me donnant l'apparence de cette double perfection, j'ai un motif suffisant et toujours pressant de cacher ce que je suis en effet; et il n'est pas étonnant que j'éprouve un sentiment pénible quand je vois que c'est inutile et que les autres me trouvent aussi imparfait que je sais au fond l'êlro réellement. Aussi suis-je plus disposé à aimer ceux, qui entretiennent mon illusion, non sur ce que je suis, mais sur ce que je parais être, et quoiqu'il soit injuste ou déraisonnable de haïr ceux qui me disent la vérité sur moi-même, ou sur toutes mes imperfections externes ou internes, il est cependant naturel que je n'éprouve pour ceux-là aucun attrait de bienveillance, car je suis assuré qu'ils ne peuvent en éprouver pour moi-môme, en tant qu'ils reconnaissent mes imperfections et en sont frappés.
9 octobre. « À considérer l'homme sérieusement, dit Pascal *, « il est encore plus à plaindre de ce qu'il peut se divertira, a des choses si frivoles et si basses que de ce qu'il s'afflige d^R « ses misères elfectives ; et ses divertissements sont infiniment • moins raisonnables xiue son ennui. •
l. pensées. Misère de l*hommi.' • "^
La raison n'a rien à faire ni avec Tennui, ni avec la pente aux divertissements. Ce sont des dispositions ppremenj orga -"* niques, auxqu^les la volo nlé^ou Ja raiso njfîliïeûJLOfiposer d esjdées. mais qu'elles ne peuvent changer ni combajtre^irectement. Q uand je suis ^or ganiquement triste et ennuy é, il n'y a ni divertissements ni idées qui pu issen échanger cet état fondamental, quoiqu'il soit possible de le distraire jusqu'à ui^ certain point. Quand .mo n j)rgajnsation es Len b on état, et que cet équilibre sensitif sur lequel ma volonté ne peut rien^ se sera bien établi, tout devient pour moi diverli^sement et plaisir, les sensations extérieures, le far niente et les idées elles- * mêmes. Pascal se trompe bien sûrement, dans tout ce qu'ildit sur la cause de la misère des hommes et de l'agitation perpétuelle où ils passent toute leur vie. Préoccupé uniquement de son objet, qui est de faire voir que Thomme est déchu, et qu'il était créé pour un état meilleur, il le traite comme un sujet simple, et fai( abstraction complète de l'influence de ses états organiques et srnsitirs sur le sentiment immé diat qu'il ^ de son existence, sentiment heureux ou malheunmx, triste
ou agréable, qu'il épr.;?.^ nialî,'ré toutes les diversions, et loirsqu'il ne veut pas j eiiser à lui, comme lorsqu'il est réduit à y penser.
Il est à remarquer, à ce sujet, qiie tous les métaphysiciens purs, y compris Dei-carles, ont attribué à l'âmè et à un sentiment intellectuel qu'elle a de sa perfection ou de son imperfection, tels éUiis de plaisir^u de souffrance, où la pensée __^ n^entre pou r rjenZcL/jui sont de pures affections de la sensP ^.MU^éjL^ÎÔ^JPIlLP^s^IljMJiu pouvoir de l'ânie que la vie organique, dont ces affections sont Ie5 modes. D'un autre côté, les physiologistes ont confondu les sentiments intellectuels ou moraux avec les affections pures de la sensibilité, sans tenir compte des actes de l'âme, ou des opérations de la volonté, qui som en rap[tort avec ces sentiments. Il y a un travail en-
oore tout neuf à entrepreudre, qui consisterait à faire nettemeut la part de Pâme et celle de Torganisation, dans chaque état, passion ou modification totale de la vie humaine. On y Terrait quels sont les modes que l'homme subit, soit qu'il le veuille ou qu'il.y pense, soit qu'il ne le veuille pas ou qu'il ne s'en aperçoive môme pas, et on déduirait de la théorie, ^fondée sur une expérience tout intérieure, les s^plications les plus utiles à la morale pratique^ à la science du bonheur et de la vertu.
« L'âme, dit encore Pascal, ne trouve rien en elle qui la
• contente ; elle n'y voit rien qui ne l'afflige quand elle y
• pense ; c'est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et « de chercher dans l'application aux choses extérieures à « perdre le souvenir de son état véritable. Sa joie consiste <« dans cet oubli ; et il suffit, pour la rendre misérable, de
a l'obliger de se voir et d'être avec soi S'agiter, se charger
« d'aiïaires, veiller sans cesse à sa fortune, à son honneur, ou
• à ceux de ses amis, voilà, dira-t-on, une étrange manière de « se rendre heureux. Que pourrait-on faire de plus pour se « rendre malheureux ? Demandez-vous ce qu'on pourrait faire ?
• Oter aux hommes tous ces soins, car alors ils se verraient, « ils penseraient à eux-mêmes, et c'est ce qui leur est insupfl portable. Aussi, après tant d'affaires, s'ils ont quelque temps a de relâche, ils tâchent encore de le perdre à quelque diver-
c tissement qui les dérobe à eux- mêmes Cet éloignement
« que les hommes ont du repos, vient d'une cause bien eflec- « tive, savoir du malheur naturel de notre condition faible et « mortelle, si misérable que rien ne nous peut consoler lorsque « rien ne nous empêche d'y penser et que nous ne voyons que « nous 1. »
1. Peaiéeft. Ifii^t de i'homvM, La citation a'<%Ai pas eplièremeo.
bB MAtNfi DE 8IRA1I. 48i7. 2SI
Ne diraitK)n pas qu'il suflSt que toates les causes de sensation on de diTersions extérieures s'éloignent, pour faire de chaque individu hn penseur profond, tout occupé à réfléchir sur lui-même, à méditer sur ià tie, la mort et siir tout ce qu'il 7 a de plus fâcheni dans la condition humaine ? Mais, tout au contraire, pour méditer ainsi, après qu'on s'est soustrait Tolontétrement à toutes JeS causes d'impressions, il faut déployer pJns d'efforts et d'activité intellectuelle que pour suivre le cours de toutes les affaires de la vie. Cette activité, qui nous fait penser à nous, n'est qu'un mode de celle qui, selon Pascal, nous empêcherait de penser à nous, en nous occupant de tout autre objet. Ainsi, dans ce point de vue où tout travail d'esprit ne tend qu'à nous dérober à nous mêmes, nous ne penserions à nous que pour nous en distraire ou nous oublier; contradiction singulière et inexplicable. Écartez toutes les impressions sensibles, toutes les causes de mouvements : il y aura un vide aflk^ux, et comme un néant d'existence pour les hommes qui ne connaissent e\ n'aiment que la vie des sensations. Mais la pensée comblera ce vide, ou le rendra imperceptible, pour ceux qui sont accoutumés à la vie intellectuelle; et même en méditant sur le néant de l'homme, ils auront une existence pleine. Les autres se tourmenteront et seront malheufeux, par un instinct contrarié; non parce qu'ils penseront à eux, ou à leur condition misérable, mais précisément parce quHls ne penseront à rien, et que, réduits à sentir, les exci-^ 'tants accoutumés de la sensibilité leur manqueront. C'est ce que Pascal aurait bien compris s'il n'eût pas été préoccupé de l'idée de la déchéance de l'homme, qui, selon lui, a le sentiment intime de cette dégradation, tontes les fois qu'il n'est pas distrait au dehors. Mais nous ne trouvons en nous-mêmes rien de pareil ; il n'y a que les philosophes qui conçoivent^ à force de méditation, un état meilleur ou supérieur.
« L'homme qui n'aime que soi ne hait rien tant que d'être
2^2 PKNSÉëS
« seul avec soi. Il ne recherche rien que pour soi, et ne fuit rien <r tant que soi, parce que, quand il se voit, il ne se voit pas lei « qu'il se ()ésire,et qu'il ne trouve en soi môme qu'un amas de « misères inévitables, et un vide de biens réels et solides qu'il « est impossible de remplir ^. »
• Le soi est entendu ici de deux manières très^ifférentes. Ce que l'homme sensible^ ou animal, recherche, ce n'est pas le soi, mais les sensations agréables qui ne sont pas lui ; ce qu^l hait et craint, ce n'est pas d'être seul avec soi. mais c'est d'être privé des impressions qui lui font sentir la vie. Il ne suffit pas qu'il en soit privé pour être avec soi et se voir ; et lorsqu'il se voit et se trouve, il ne désire pas des sensations ; il trouve dans son intérieur et dans la conlemplalion même de sa faiblesse, l'espèce de jouissance qui s'attache à l'exercice de la pensée ou de l'activité intellectuelle.
a On croit chercher sincèrement 4e repos et l'on ne cherche « en effet que l'agitation: Les hommes ont un instinct secret « qui les porte à chercher le divertissement et roccupation au « dehors, qui vient du ressentiment de leur misère continuelle « et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur « de leur première nature, qui leur fait connaître que le bon- « heur n'est en effet, que dans le repos *. »
Je me suis souvent occupé de ces deux sortes de tendances opposées au mouvement et au repos, que j'étais aussi porté à attribuer à deux sortes d'instincts ou de natures opposées.* Mais on peut trouver, je crois, un moyen plus simple d'explication : chaque besoin, chaque affection que nous éprouvons, demande à être satisfait, et, comme dit Montaigne, « à se loger en repos dans l'exemption de cette fièvre. » Tout désir tend à la jouissance de son objet, qui n'est autre que le repos ; mais quand la jouissance arrive il faut encore un mouvemenl, ua