Imitation de Jésus-Chnst
se mettre eq œntradiction avec l'opinion publique, avec la force des choses, tenter enfin une entreprise dont Texécution serait impossible. En effet , comment peuvent-ils s'assurer d'un nombre suffisant d'agents, en tous lieux? Gomment les dirigeront-ils ou pourront-ils les tenir tous précisément dans la ligne qu'ils auront tracée ? Quelle garantie auront les parents que le modèle d'éducation imposé d'autorité à leurs enfants est préférable à celui qu'ils auront choisi? N'est-ce pas là une véritable tyrannie exercée sur les esprits? N'est-ce pas blesser les affections les plus sensibles, altérer les rapports les plus naturels f On convient que la tendance de l'opinion est vers une éducation religieuse, dirigée par les prêtres ; et c'est contre celte tendance qu'on veut lutter. Il est même échappé à un des plus chauds interlocuteurs de dire : il faut bien se garder d'avoder cette direction de l'opinion, il faut soutenir au contraire que tout serait renversé si l'éducation était mise entre les mains des prêtres. Voilà nos libéraux ! Tel est le respect qu'ils ont pour cette opinion publique, sur laquelle ils prétendent fonder tous leurs moyens de gouvernement. L'opinion, c'est ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent ^our l'intérêt de leur domination ; c'est là leur point de départ : il faudra que tout le monde pense et veuille ou agisse comme ils l'entendent. Rendez-les forts et puissants comme Bonaparte, ils emploieront les mêmes moyens pour diriger et gouverner suivant ce qu'ils appellent la raison, dont ils se font les organes ou les interprètes exclusifs : ce que nous concevons et voulons tend au plus grand bonheur, au plus grand perfectionnement de la nation; il n'est rien qui ne doive être sacrifié à ce noble but; les affections particulières, les habitudes, les mœurs du temps présent, les existences individuelles même ne doivent être comptées pour rien ; il faut sacrifier le présent au grand but à venir. Robespierre, Bonaparte et tous les dominateurs ne raisonnaient pas et ne rai- ' sonneront jamais autrement. Peut-on de bonne foi attacher à
ces idi^es de bien absolu une telle valeur, leur attribuer assez de réalité ou de puissance de réalisation future, pour qu'une génération, un seul individu môme, puisse y être sacrilié ? Que sont toutes nos idées, nos vues d'avenir, nos moyens de réaliser ce que nous avons conçu ? n'y a-l-il pas une autre puissance qui se plaît à déjouer toutes nos combinaisons par des événements contraires à toute notre prévoyance? Oans celte incertitude, pouvons-nous, devons-nous tendre à impiimer une direction qui contrarie une tendance générale dont Fliomme ne dispose pas ; et pour atteindre un but peut-être impossible ou du moins très-incertain, quoi que nous fassior^s, nous mettre à lutter avec les penchants, les sentiments les plus naturels^ leF plus intimes ?
23, 24 et 25 novembre. J'ai pa^é ces trois jours dans un état singulier d'agitation intérieure, voulant travailler et ne faisant rien, mécontent de moi-même, ayant le sentiment de l'altération de toutes mes facultés, de la nullité de mon être. Mais il faut ne pas se désespérer, et avoir le courage de supporter ou la patience d'attendre. « Quand vous vous imaginez que tout est perdu, c'est souvent alors l'instant d'acquérir plus de luérite. Tout n'est pas perdu lorsqu'il arrive quelque chose, soit en vous, soit hors de vous, contre votre attente*. »
Je suis toujours bien plus occupé de ce qui arrive en moi que de ce qui se fait hors de moi. Ces événements intérieurs, bien plus souvent malheureux qu'heureux, décident de tout notre sort dans la vie; ils font toute la valeur de notre existence et en fixent le prix ou le tarif. Mais nous ne disposons pas plus de ce qui nous arrive au dedans, j'entends des modifications sensilives, que des choses du dehors.
« Au surplus, continue l'auteur de l'Imitation « vous ne