Imilation de Jésus-Christ
la nature de notre âme le œmporte. Séparer tout ce qui vient du principe charnel et le soumettre, c'est Texercice de toute la vie intellectuelle et morale. Bien juger et bien agir tiennent à la môme condition ; c'est toujours s'élever au dessus des sens ; mais tous les devoirs, toutes les circonstances de la vie civile Dousramènent au monde sensible, et la difficulté, c'est de vivre habituellement dans ce monde ou pour lui, sans en être prédominé. La spéculation, tant critiquée p^rmi nous, n'est qu'un exercice moral ; il n'y a d'êtres moraux que ceux qui spéculent, en s'élevant au dessus de tout ce qui est sensible : pour le commun des hommes l'âme est toujours répandue dans les sens.
« Mon âme est-elle si fort mêlée, confondue avec cette misérable chair; qu'elle suive tous sèâ mouvements, et lui obéisse comme son esclave * ? » Celui qui se confond avec la chair et suit tous ses mouvements, abattu avec le corps et ne se relevant qu'avec lui, est toujours un sot, alors môme qu'il se gloriûe de son esprit. Je réfléchissais, hier, sur l'application que font les hommes du mot sot. Tel qui a une certaine mobilité d'imagination, qui fait des. peintures vives, des combinaisons singulières de mots, passe pouf homme d'esprit dans le monde ; tandis que l'homme de jugement dont les idées se succèdent avec lenteur, qui s'arrête sur chacune, ou même qui n'a pas celles dont on s'occupe dans le monde, passe pour un sot. La chose pourrait être retournée. On peut être très-spirituel ou très-sol, en changeant de lieu, de société, ou à différentes heures. Je me trouve sot la plus grande partie du temps et c'est Pestomac mal disposé qui me rend tel. Pourquoi faire tant de cas d'un instrument qui ne dépend pas de nous ?
Il n'y a pas tant de dilTéreiice qu'il parait entre la morale
1 Marc-Aurèle.
des stoïciens et celle des chrétiens : recevoir tout ce qui arrive. Je mai comme le bien, avec une entière résignation à la nature, à Tesprit universel, à la raison ou à Dieu ; accepter de la volonté de Dieu les plus grands maux, avec le môme plaisir que l'homme sensuel trouve dans les délices ; taire abnégation de sa volonté propre, individuelle, pour se conformer en tour à celle de Dieu, ou de la nature universelle ; regarder comme nuls les empêchements qui viennent de ce misérable cadavre que nous traînons, le mépriser : voiià bien des points com> muns. Mais, selon les stoïciens, nous pouvons tout cela nous-mêmes ; selon les chrétiens, nous ne le pouvons qu'avi la grâce ou par elle.
14 février. Visites au château, aux princes ; — agitatiocz»' OT bavardage et mouvement sans objet. « Je suis "un pau^^^^ -vr tt abandonné, laissé comme dans une terre ennemie où h
« combats sont continuels et les disgrâces très-grandes. ' -^* * J'éprouve, dans chaque lieu, ces combats, ces peines, ce=- ^/e tristesse de Texil. Quand j'ai vécu dans la solitude j'ai souv^i^/ désiré le monde ; quand j'ai ét4 dans le monde, j'ai désiré /â solitude. L'exil est partout sur cette terre, et dans quelque lieo que nous soyons, quelle que soit notre condition, la vie est un combat perpétuel. Pourquoi désirais-je donc de changer de lieu, de situation? Il faut attendre patiemment le moment de la délivrance : ce sera en Dieu seul que nous goûterons une 'joie parfaite, que nous serons quittes de tout embarras, dans une pleine liberté, délivrés de toute peine d'esprit et de corps-, jouissant d'une paix solide, intérieure et extérieure, d'une paix affermie de toutes parts.
20 février. Les hommes du monde disent des hommes iûté-