‹ Maine de Biran, sa vie et ses penséesChapitre 45 sur 85 · Imitation de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

Imitation de Jésus-Christ

rieurs qtt^ils se dévorent eux-mêmes. L'homme solitaire qui nourrit une passion maitieureuse, ou telle idée fixe relative au monde extérieur peut être dit se dévorer lui-même. Mais s'il s'occupe heureusemeat d'idées supérieures à ce monde, s'il nourrit son âme des sentiments les plus doux et les plus élevés, s'il échappe à la tyrannie et au trouble des passions, s'il connait Vintérét dans le calme, pourquoi se dévorerait-il ? C'est bien plutôt l'homme extérieur, l'homme du monde qui se dévore et s'épuise inutilement, en courant sans cesse après no bonheur qu'il ne trouvera jamais.

!•■' mars. Quand on a peu de vie, ou ui} faible sentiment de yie, on est plus porté à observer les phénomènes intérieurs. C'est la cause qui m'a rendu psychologue de si bonne heure:

30 avril. Journée de souffrances, d'abattement et de langueur. Je suis fiévreux et ma tête est incapable de supporter la moindre contention ; aussi je me laisse aller aux caprices de mon imagination languissante. La conversation seule me réveille et m'excite. J'en ai fait un essai trop fort dans la soirée d'aujourd'hui, avec ma société métaphysique ; j'ai retrouvé toute ma vie, en discutant sur mon principe psychologique de causalité, et sur les points de vue de Kant avec MM. Stapfer et Ampère. Il y a donc, en nous-mêmes, dans les états d'extrême Êatiblesse physique et intellectuelle, un fonds d'énergie vitale que les circonstances développent, mais que toute la puissance de la volonté est incapable d'exciter hors de ces occasions. Le sentiment religieux, réveillé dans l'âme par l'action de prier, est éminemment propre à nous faire surmonter les obstacles. C'est là l'effet de la grâce que les stoïciens cherchaient vainement à suppléer par la seule force de l'âme.

Nous ne pouvons posséder aucun bien temporel sans inquiétude et san^ crainte, et pourtant nous avons l'idée d'un bien

immuable qui remplisse loute la capacité de notre âme et ne passe pas. Nous avons soif d'un tel bien, nous courons après ; n'est-ce pas là le signe d*une autre destinée ?

25 mai. « La nature humaine ayant été corrompue par le péché du premier homme, la peine de cette corruption est passée dans tous les hommes ; c'est ce qui nous oblige de combattre sans cesse les mouvements déréglés de la nature pour suivre ceux de la grâce. Sans la grâce, l'homme n'est rien qu'un bois sec, un tronc inutile, bon à jeter au feu. La grâce est nécessaire pour commencer le bien, le continuer et Tachever. »

Suivant cette doctrine. la volonté (qui est tout dans le système des stoïciens), n'est rien ou ne peut rien par elle-même ; l'homme reçoit tout par inspiration. Je conçois que le christianisme et le stoïcisme pourraient être conciliés dans ce sens que l'homme, usant de sa liberté ou de son activité morale propre, commencerait à opérer de lui-même le bien que sa raison lui montre, en luttant contre ses passions ; mais il ne pourrait aimer le souverain bien, s'y attacher constamment, ni s*élever à lui parfaitement, sans le secours d'une grâce spéciale que Dieu lui accorderait comme récompense de ses efforts propres. Autrement il est impossible de concevoir la justice suprême appliquée à l'homme ; il semble que Dieu choisisse arbitrairement et sans motif, ceux qu'il lui plaît d'orner de toutes les perfections, en abandonnant les autres à toutes les misères de l'humanité. Placita enim erat Deo anima illius *. Pourquoi une âme qui n'a encore rien fait pour le bien est-elle plus agréable à Dieu qu'une autre ?

« La grâce ne nous manque jamais, mais nous manquons souvent d'y correspondre *. » Qu'est-ce qui nous rend capables

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