Féoelon
râmc saisit forlement son objet vi s'y attache tout entière, il n'y a pas non plus de limitation ni dMndétemiination ; on fait absolument, sinon ce qui est bien, du moins ce qui platt le mieux, ce qui convient absolument. On se trouve ainsi comme ramené à Tunité de nature sensible, et on ne peut nier que ce ne soit là un bonheur momentané, qui dure tant que la passion se soutient et qu*elle est satisraile. Mais ce bonheur n'est pas un état : ou la passion s'use, ou Tobjet échappe, et le moindre incident vient rompre Tunité sensible. C'est dans Tunité absolue que Tâme seule saisit, après que Teniendement l'a conçue, c'est là seulement qu'est le repos et le bonheur du* rable. Dés que l'homme a quelque désir désoi'donné, aussitôt il tombe dans la tristesse. Si c'est en résistant «à ses passions, et non en s'en rendant esclave qu'on trouve la vraie paix de l'âme, il n'y a point de paix pour l'homme charnel.
Septembre. Tout ce que dit M. de Maistre sur la philosophie de Bacon et sa tendance va très-bien avec mes idées telles que je les ai publiées longtemps avant les Soirées de Saint -Pétersbourg.
Dieu, prenez mon cœur puisque je ne sais pas (ou qae « y* ne puis pas) vous le donner. Ayez pitié de moi malgré « raoi-ménie. •• Prière sublime de Fénelon, qui convient parfaitement à mon insensibilité à l'égard de Dieu, à la faiblesse de mes sentiments religieux.
Au Murât, Octobre. Marc-Aurèle dit, comme les moralistes chrétiens, qu'après avoir parcouru le cercle entier des objets sensibles, on ne renconire nulle part le vrai contentement du cœur; il n'est ni dans la science, ni dans les richesses, ni dans la gloire, ni dans les plaisirs. Où est-il donc ? C'est ici que la philosophie est en défaut et que la religion seule
triomphe. Marc-Aurèie dit que le vrai contentement du cœur se trouve - dans la pratique des actions que la nature de Tbomme demande, « entendant par nature ce qu'il y a en nous de plus élevé au-dessus des sens et des passions : Deus in nobis. Mais qui est-ce qui npus donnera la force de pratiquer ces actions de nature supérieure ? Le Dieu qui veut et agit en nous, sans doute. Mais celte partie divine de i*âme se donne-telle la force, la prédominance à ello-méme, ou la tient-elle d'une autre puissance qui n'est pas elle, quoiqu'elle s'y unisse ? L'expérience nous apprend que le vrai contentement du cœur | ne dépend pas de la volonté ; nous ne pouvons donc l'obtenir que par une grâce qu'il faut demander. C'est ici, ou dans la doctrine de la prière et de l'humilité, qu'est toute la supériorité de la morale chrétienne. Getle supériorité est moins dans les \ principes que dans l'application pratique. -J.
Grateloup. Octobre. Je sens qu'il faudrait moins s'occuper de moi. Tous les hommes respectent et honorent, comme par instinct moral, ceux qui s'oublient eux-mêmes pour les autres. C'est là qu'est toute disposition vertueuse et vraiment morale. « Ce moi qui nous est si cber, et qui est d'ordinaire notre unique « Dieu, n'est, pour ainsi dire, qu'un petit morceau qui veut « être le tout. Il rapporte tout à soi, et en ce point il imite ■ Dieu et s'érige en fausse divinité. Il faut renverser l'idole *. » Nous allons théoriquement du moi à Dieu ; dans la pratique, et pour la perfection ou le bonheur de notre être moral, il faut renverser le rapport et que Dieu soit l'antécédent, comme le but ou la fin de notre existence. Il faut que Dieu soit mis en la place que le moi n'avait point eu honte d'usurper. Après Dieu, tous les objets de nos affections raisonnables doivent être aimés, non pour nous, mais pour eu\-iûêmes, comme ouvrages de Dieu.