Saint Chrysostiome
y a de sensible et de mortel en lui. L*homme moral qui exerce^ sa liberté et se commande à lui-même sent bien qu'il est en même temps le prêtre et Thostie; car c'esl bien lui qui sacrifie et immole, et ce qui est immolé et sacrifié, c'est encore lui, c'est la partie la plus sensible de son être, celle qui est la plus chère, la plus intime suivant la cbair, quoiqu'elle ne soit pas lui, mais autre et extérieure suivant l'esprit.
Une personne que je croyais spirituelle me niait aujourd'hui qu'il y eût énergie sans passion ; et elle paraît avoir lié étroitement ces deux idées. J'ai soutenu fortement que là oîi il y avait passion entraînante, il n'y avait point de véritable énerve, malgré tous les signes de la plus grande force déployée. La force est, dans ce cas, organique et non point mosale. La mesure de Ténergie vraie est dans la résistance, et celle-ci, il eslTvrai, se'proportionne à la force de la passion. D'où il suit précisément, contrairement à ce que croient les hommes charnels, que la véritable énergie est employée à combattre et non pas à suivre les passions. Loin que la passion soit cause et mesure de l'énergie, elle lui est antagoniste. Ue n'est pas à la passion, mais à la volonté ou à l'activité libre et morale, qu'appartiennent la force et la véritable énergie.
Grateloitp^ 20 mai. Je sais tout ce qui me manque pour être homme d'État. J'ai peut-être môme, sous ce rapport, des dispositions négatives. Je suis^ par tempérament, trop accessible aux impressions, trop facile à dominer par des affections et des sentiments; et par là même trop variable, trop peu consistant dans mes points de vue, mes projets. Un homme tel que moi ne pourra jamais diriger les affaires de ot monde. Aussi suis-je habituellement désintéressé pour ces affaires, et toujours trop pour y appliquer convenablement les fa-
cultes de mon espril. NéaninoiDS, le sentiment du devoir, celui de la justice et de la vérité, quand je les vois clairement intéressés dans les affaires qui se rencontrent, déterminent toujours mes efforts et excitent mon activité la plus
énergique.
Paris, juin. La bonheur n'estplus pour moi que dans le bien que je pourrais procurer à d'autres, à mes enfants, mes proches, mes concitoyens. Puissé-je me bien pénétrer de cette vérité, si bien manifestée par tant d'expériences récentes, et consommer tranquillement mon sacrifice par la plus complète abnégation de moi-même !
Pascal dit : « Nous ne pouvons aimer ce qui est hors de c nous. » Cette pensée, comme il Tentend, n'a rien que de vrai et d'élevé, car il entend que Dieu, le bien suprême, est en nous; mais entendue à la manière de nos modernes, ' cette maxime bouleverse tous les fondements de la vraie philosophie, car elle revient à dire que nous n'aimons, comme nous ne sentons, que cç qui est en nous, c'est-à-dire les propres modiOrations de notre être sentant. Et comme les mêmes philosophes n'admettent d'autres réalités que celles des objets de nos sensations, en aimant ces objets, nous n'aimons réellement que nous-mêmes. Quant à l'idéal que nous aioaons, comme il est, dans ce système, l'ouvra^ de notre esprit, en aimant cet idéa!, nous u'aimoDS point en effet ce qui est hors de nous, mais aussi nous n'aimons, nous n'embrassons rien de réel. Dans le point de vue de Pascal, ou de la théologie chrétienne, le difficile est de concevoir d'abord une réalité absolue qui est en nous, sans être nous-mêmes, un être réel qui est en nous, sans nous toucher par aucun côté sensible, et que nous pouvons cependant aimer infiniment plus que tout ce qui nous touche. Si l'idéal qui devient ainsi l'objet de notre culte, le but de toute notre vie, n'avait pas hors de nous ou de notre
esprit uue réalité absolue et essentielle, commeat iui sacrlfierais-je mon être propre ?
Le véritable amoar consiste dans le sacrifice entier de soimême à l'objet aimé. Quel que soit cet objet, dès que nous raifflODS pour lui, en raison de sa perfection idéale ou imafânaire, dès que nous sommes disposés invariablement à lui sacrifier notre existence, notre volonté propre, si bien que nous ne voulons plus rien qu'en lui et pour lui, en faisant abnégation complète de nous-mêmes, dès lors notre âme est en repos, et Tamour est le bien de la vie. Les agitations et tout le malheur des passions ne viennent que de ce que nous nous aimons nons-mêmes par-dessus tout, mettant notre bonheur, notre plaisir avant tout. Nous sommes ballotés sans cesse entre des espérances souvent trompées et des craintes qui sont de vrais maux, quels que soient les événements. Si l'amour divin est celui qui remplit le mieux, ou même uniquement les conditions du vrai bonheur dans ce monde c'est qu'il ne s'y mêle rien qui donne prise aux passions personnelles, à ce qui tient à Famour-propre on au plaisir des sens. En aimant nn objet de même nature que nous, il est presque impossible que nous n'ayons pas quelque désir qui se rapporte au corps, on à des modifications ou qualités variables, enfin que l'abnégation soit complète ; mais en tant que nous ponvons épurer le sentiment d'amour ou le dégager de toute affection ou intérêt personnel, cet amour désintéressé peut nous rendre heureux ; et si une créature pouvait nous l'inspirer, ou que par un travail sur nous-mêmes, nous parvinssions à aimer en elle la perfection, la beauté de l'âme et du corps sans aucun retour sur nousmêmes, nous pourrions être heureux en aimant la créature ; mais c'est alors Dieu que nous aimerions en elle.
Grateloup, 24 octobre. Jusqu'à ce jour, depuis mon arrivée à Grateloup », je m'étais senti ranimé, dans un progrès croissant chaque jour de santé physique, auquel il me semblait sentir correspondre les progrès de l'esprit. Je m'intéressais à mes études psychologiques ; je revenais avec attrait sur mes an* ciennes idées ; je relisais mes manuscrits avec iotérél, et pensais sérieusement à en former un ouvrage que je pourrais bientôt publier ^. Cette publication et les travaux qu'elle allait entraîner ne m'effrayaient plus ; c'était, au contraire, à mes yeux, un moyen d'occuper toute mou activité dans le cabinet, loin du monde, et de me maintenir dans un état d'aplomb, de repos intérieur qui me fuit ou que je fuis depuis longtemps, , surtout dans la capitale. Toutes ces bonnes dispositions se sont évanouies depuis hier. Le temps a (changé, le vent a tourné au midi et souffle avec violence : me voilà uu autre bomme. Je me sens inerte, dégoûté du travail, porté aux idées sombres et mélancoliques et à ces rêveries vagues qui m'ont été si funestes. Qu'avais-je fait pour me mettre dans le bon état physique et moral des jours précédents? Qu'ai-je fait pour le perdre? Ces variations tiennent évidemment à celles qui s'opèrent spontanément dans le jeu des fonctions d'une machine soumise à toutes les causes de perturbations internes et externes. Ger* [tainement les dispositions, les goûts sensibles, les tendances i même plus ou moins fortes de notre activité intellectuelle, ne dépendent pas de nous ; mais la continuité ou la répétition des actes volontaires (quels que soient les dispositions, les attraits ou les répugnances de l'instinct sensitif) sont toujours en notre
pouvoir, et en agissant sans goût, en faisant le devoir, en rem-