A ADINE
24 décembre 1820.
« Je trouve agréable et doux, ma chère en&nt, de consacrer les premiers moments de ce jour de vacances d'affaires à la correspondance de famille. C'est du repos, après toutes les agitations de la semaine, c'est aussi un exercice donné à Tâme qui, trop entraînée au dehors, dans mon genre de vie actuel, sent vivement le besoin de ces affections naturelles qu'on ne goûte bien que dans la vie intérieure de famille.
■ J'éprouve tous les jours davantage combien il est triste d*ètre seul chez soi ; de n'y trouver aucun de ces plaisirs de l'âme qui reposent si doucement des travaux et des agitations de l'esprit. Ce sont toujours des idées qui poursuivent et fatiguent dans le silence du cabinet. Pour s'en distraire, il faut aller dans le monde ; mais le monde ne repose pas ; c'est une comédie où il faut jouer son rôle, et en sortant de ce théâtre, on trouve un grand vide dans l'esprit et dans le cœur. Je ne suis bien moi-même et ne suis content de moi que lorsque je vis au milieu des miens, lorsque je vois et puis embrasser à chaque instant mes chères petites. Pourquoi fôut-ilque ce bonheur soit si rare? Soumettons-nous en tout à la volonté de Dieu, et cherchons quelque consolation dans cette correspondance qui rapproche nos cœurs malgré les distances.
« Adieu, ma bien chère Adine, et toi aussi, ma bonne Éliza, je vous aime et vous embrasse tendrement, mille fois. »
A Adinb.
7 janvier 1821.
« J allais répondre, ma bien chère enfant, à ta lettre de bonne année du 29 décembre, lorsque celle du 2 m'est arrivée.
Ce serait commencer l'année bien agréablement, si la dernière lettre ne me portait pas de si tristes nouvelles du Murât ^
« Voilà bien des croix, mes chères enfants, je les sens, je les porte avec vous, avec bien d'autres d'espèces différentes, mais il faut penser que nous remplissons notre destinée sur cetl^ terre, où nous n'avons pas été placés pour être heureux, où nous sommes comme des voyageurs dans une route difi cile, pleine d'aspérités qu'il faut vaincre, avant d'arriver ai but, au lieu où nous trouverons le repos et une demeure fix^^^ qui n'est nulle part ici-bas.
< Je plains bien ceux qui n'ont pas un tel moyeu de force de consolation dans les peines inséparables de celte vie ; c'est une grande satisfaction pour moi de penser que me:: chères enfants ont déjà leur âme élçvée en haut et puisent d'à vance à la véritable source des consolations pour les à venir. Elles ont dans la tendresse de leur père un appui su: lequel elles peuvent compter sans doute, mais c'est le céleste qui est le véritable appui, le seul qui ne manque pai quand on s'y confie et qu'on s'en rend digne.
« J'éprouve, ma chère en&nt, une joie secrète en pensan ^K^f que je puis te parler ce langage inconnu au monde et que ti::.^^^ l'entends. Les réflexions contenues dans tes lettres et cellc tsas. '"g d'Éliza m'ont souvent fait du bien à l'Âme, je voudrais pouvoii vous le rendre, et m'affermir avec vous en Dieu contre toutes les contrariétés et les amertumes de la vie. C'en est toujoui une bien grande d'être privé de vous voir, et je l'ai senti encore plus vivement en voyant ici, au premier de l'an, des fêtes de famille, des pères et des enfants heureux les uns des autres.
a Adieu, ma chère enfant, je t'embrasse avec toute la tendresse d'un bon père ; tout à toi, mon Adlne, et à toi aussi, mon Élna. •