‹ Mais l'art est difficile! (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · MUSIQUE ET POÉSIE · texte numérisé non relu

MUSIQUE ET POÉSIE

de Sienne, il eût vu sainte Catherine en extase, non, M. Feuerbach ne jetterait pas ainsi l'opprobre à une moitié de la poésie humaine et ne s'exclamerait pas comme s'il voulait repousser loin de lui le fantôme d'Iscarioth !

Michelet, Villiers de l'Isle-Adam — et Bossuet ! et Chateaubriand ! et Maurice de Guérin ! — nous offriraient beaucoup d'autres strophes ; mais je crois bien que le type même du poète en prose, c'est Jules Tellier. Il est l'auteur des textes les plus savamment cadencés, les plus subtilement rythmés, les plus ingénieusement musicaux, probablement, qui soient en français, et il y traite des sujets purement lyriques et élégiaques. N'en doutons pas néanmoins : lui qui a modulé sur le violon et sur la flûte les Stances à la bien-aimée et le Nocturne en mer, — lui qui a écrit : « Vous avez abusé du chant divin et vous en avez fait on ne sait quoi de mécanique et de machinal où vous vous complaisez et dont vous mourez », — s'il entre au banquet des poètes, ce sera à cause de ses pièces en vers qui sont médiocres...

Quelle injustice !

Du moins, il y retrouvera d'habiles et charmants poètes comme M. Roger Allard, l'auteur des Elégies martiales, ou comme M. Lucien Fabre. Celui-ci, selon l'expression de son préfacier, est de « ces amants de la poésie qui vénèrent trop lucidement la déesse pour lui dédier la mollesse de leur pensée et le relâchement de leur raison ». Il est noblement et harmonieusement intellectuel. Il est lyrique aussi, mais son art est haut, pur et savant ; et c'est la façon dont il triomphe de la discipline qu'il s'impose qui mesure la valeur même de son ouvrage.

Le sujet du poème est la cormaissance en soi. Et l'auteur n'y laisse pas oublier qu'il est mathémati-

cien. C'est son droit et nul ne reprocherait à un peintrepoète d'employer quelques expressions de son métier ; pourquoi donc ferions-nous grief à M. Fabre de dire :

Cette résille d'intégrales Fait fi des promesses verbales.

Seul le geste enfante l'essor.

Mais l'harmonie la plus savante Roule une courbe enveloppante De l'apogée jusqu'au point mort.

Il n'y a rien de plus purement intellectuel, ou de plus pur, tout simplement, que les mathématiques. Ces vers eussent enchanté celui qui a le mieux poursuivi l'inaccessible pureté jusqu'aux limites de l'intelligible : Mallarmé. Mais un grand nombre d'autres montrent que M. Lucien Fabre a beaucoup lu son préfacier. Comme il a eu raison I... Pour le prouver, je ne puis m 'empêcher de citer ce sonnet de cristal et de lin, où M. Paul Valéry brode le diamant et cisèle la mousseline :

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