‹ Mais l'art est difficile!Chapitre 5 sur 23 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

que nous avons de la première se mesure à celle que nous avons du second; ou, si l'on veut, nous avons du goût pour autant que nous savons user comme critère en littérature, et particulièrement en matière de langage, du faisceau d'opinions et de sentiments collectifs qui forment notre âtne nationale. Et certes la conception, le sentiment français de la beauté évoluent de siècle en siècle, mais lentement quant aux traits essentiels, et encore une fois, la conscience plus ou moins claire que nous avons héréditairement de ceux-ci, voilà le principal élément du Goût. Il en est un autre, qui est déterminé par notre culture commune : pour une part, le Goût est ainsi cette science que les Français acquièrent de la beauté par l'étude des mêmes œuvres illustres, qui sont celles de leurs grands hommes. C'est en ce sens que Vauvenargues disait : « Notre goût peut, je crois, s'étendre autant que notre ititelligence, mais il est difficile qu'il puisse s'étendre au delà. » Mais qu'il soit naturel ou acquis, il nous est souvent malaisé de discerner le Govit en nous-mêmes, mêlé qu'il y est à nos propres tendances, à nos préférences individuelles, qui le peuvent cacher; et ce n'est souvent qu'en nous aidant de noire raison, et par la plus soigneuse investigation, que nous le découvrons. Tel est pourtant notre seul guide esthétique.

Il ne nous permet guère de réaliser objectivement de ces classements rigoureux comme s'en propose M. Paul Souday. Et la critique n'a peut-être pas pour objet de dresser cet impossible palmarès général; c'est du moins à quoi, dans les pages qu'on va lire, elle prétend peu. Si nous nous y efforçons de dégager en nous-juêmes le Goût et d'y être aussi objectif que possible, c'est parce que telle est la règle du jeu. Mais on estime qu'on n'a

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pas à punir et récompenser, ni à assigner des places selon le mérite : « Roman : premier, M. Un Tel; deuxième M. Tel Autre... y) Hélas! il n'est pas donné à tout le monde d'être Sainte-Beuve, Brunetière, Lemaître, ou Charles Maurras. Du moins on tâche à montrer, à expliquer ce qu'éprouve des œuvres un esprit qui s'efforce à découvrir les ressorts de l'art; et si l'on dit : « Ceci est bon, cela mauvais », an lieu de: «/e trouve que ceci est bon et cela mauvais », c'est pour abréger; mais il va de soi qu'on ne prétend pas à donner ces conclusions pour mieux que des hypothèses. La critique est un effet de la volupté que l'on goûte à sentir et comprendre curieusement autant d'œuvres diverses que possible et à les confronter, — tout de même qu'une pièce, par exemple, est l'effet du plaisir qu'il y a sans doute à imaginer et reproduire les gestes et les paroles d'êtres humains en conflits moraux et sentimentaux. Elle est un genre littéraire entre les genres littéraires, comme la comédie, comme la poésie; elle ne se targue pas, encore une fois, d'avoir pratiquement beaucoup d'utilité, — que dis-je? elle souhaite d'être inutile, aussi inutile qu'une œuvre d'art; et l'on voudrait bien qu'ici elle y eût réussi.

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