‹ Maison à vendreChapitre 11 sur 25 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Les mêmes, M"^ DORVAL.

M"^ DORVAL. Je vous demande pardon, si je ne vous offre, dans ce moment, que ces fruits et ce laitage ; je ne m'attendais pas

vERs.vo. Des façons c'est pour vous obéir que

je prendrai quelque chose

( Il ^l'assied ).

Mw DORVAL , à Dermont. Asseyez - vous , je vous prie.

VERSAO , à Dermont. Allons , un peu de complaisance , tu n'as pas grand appétit , je le sais. — Mais il faut faire honneur au goûter de madame.

DERMONT . mangeant avec ai'iiiilé. Ce laitage est délicieux.

VERSAf., à un domestique. Du pain ! je vous prie.— On a raison de dire que l'appétit vient en mangeant.

DERMONT. Du pain ! je l'éprouve aussi.

M"»' DORVAL. Je vois avec plaisir que vous trouvez bon le peu que je vous sers.

VERSAC. Tout est délicieux 1 Ces fruits sont de

votre jardin ?

M™" DORVAL. Oui, de mon jardin. — Vous l'avez trouvé bien planté ?

VERSAC. Un peu à l'ancienne mode.

M""' DORVAL. Quant à la pièce d'eau ?

vEHSAC. Supeibi', la iiiéce d'eau ! — Je vous demanderai du vin.

M""- iwRVAL. Vous n'aimez donc pas ce vieux bâtiment ?

VEHSAC. Je le ferai abattre. — CEn iuvant). C'est du Ségur excellent !

M"" DORVAL. Ainsi nous pouvons espérer de traiter cn.seniblo ?

VEHSAC. Oui, toutes réflexions faites, je prends votre maison.

M"" DORVAL. Puis-je savoir maintenant si c'est avec quebiu'un du pays que je termine ?

VBRSAC. Oui , je suis de Bordeaux . on me nomme Versac.

n<«' noRvXi.. Versac I Mais ce nom est trés-cwnnu. vniisAi-, Il a ipielqni' célébrilé, j'ose m'en flalli-r. UKiiMoNT. Oui . son nom se trouve ipiclqui-fois sur des papiers publics.

M"" iHiRVAL. On c i>nn:ill rc nom ft la Itourse,

surtout

vBiHAi'. . (i part. On me prend pour mon oncle. . . . M""" iioHVAL. J'i(<nor,'ijs avoir affaire à l'un des plus richi>s négociants df Francf.

VERSAC. Madame !

M"" DORVAL. si renommé par sa probité, sa franchise dans les affaires.

VERs.AC. Vous êtes trop polie.

jinif DORVAL. Sa parole vaut un acte. — Je \ous estimais sans vous connaître , et pour avoir le plaisir de traiter avec vous, j'en passerai par tous les arrangements qui vous conviendront.

VERSAC Je vous laisse absolument la maîtresse de tout cela. — Vous entendez bien que je prends cett^ maison, comme un petit pied-à-terre; car, sans me flatter , on connaît beaucoup de terres sous le nom de « Versac. »

M"' DORVAL. Je n'en doute pas.

DERMONT. Madame est-elle aussi de Bordeaux?

M™« DORVAL. Je suis née dans cette ville ; mais j'habite ordinairement Paris, (yl Versac). 11 se peut que vous ayez entendu parler de madame « Dorval ? »

DERMONT, à part. De madame Dorval !

VERSAC Oui , madame , votre nom m'est connu : je savais même , qu'arrivée de Paris depuis quelques mois, vous habitiez nos environs avec une nîéce charmante.

M""' DORVAL. Oui , j'ai profité de l'affaire qui m'attirait en ces lieux , pour la faire voyager et la distraire d'un amour Vous savez ce que c'est que la jeunesse.

VERSAC. Oui , l'ftge des passions , un amour malheureux Des obstacles J'ai passé par là.

DERMONT, timidement. Et mademoiselle votre nièce, sans doute, a oublié cet amour ?

M°"^ DORVAL Oh ! elle y songe encore; mais j'espère que bicntût

VERSAC. Connnent : vous, madame, qui me paraissez joindre l'esprit :1 la bonté . vous contrariez le goût de votre nièce ?

M""^ DORVAL. Oh ! le choix n'est pas convenable. D'alwrd, elle n'a de fortune que ce qu'elli' peut attendre de moi , cl file s'est avisée d'aimer un jeune lionnne, nommé Dermont , honnête à la vérité , mais sans bi n ; enfin un niusicien pauvre.

vKRSAc. Kt peut-iMre un jiauvrc musicien? Je confois pourtant que vous veuillez donner la préférence à un honnnc dans les affaires comme moi.

M"" DORVAL, lui rendant le manuscrit qui sort de sa poche. Prenez garde : vous allez perdre ces papiers.

VERSAC à part. Ah! mon Dieu, mon opéra I (Haut). C'est qu'ils sont de la plus grande importance

M"" iioBVAL. Queliiue ménuiire sans doute?

VERSAC. C'est une nouvelle esi>ère de lettre de change, tirée

DKRMONT. Sur (•'• qu'il y a de mieux dans Paris. VKRSAC Kl iiayablc ^ vue. — Y aurail-il de l'indiscrétion ft demander il présenter ses lionnnage.s A'\oliv .limaille niéf^< ?

M'"' IH)HVAL Je me fais un devoir de conlenler voire désir. — Ji' vais lui faire dire

(M"* Poivul vu à la poile du li«viltoi>).

iiKRMoNT. Oh mon ami I quoi Imniieur !

vERSAC. Prends garde , la reconnaissance approche : n'allons pas faire encore quelques bévues ?

DERMONT Je suis dans une ivresse !

VERSAC. Songe à la préparer : pas trop de pathétique; cela pourrait faire rire. .?. .

DERMONT. Mon ami, elle approche!

VERSAC. La tante l'accompagne , sa présence va nous embarrasser.

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