Couches
Bien que ce terme paraisse effrayant à beaucoup de personnes vivant à la campagne , nous ne concevons pas un jardin bien tenu sans le secours de quelques couches , les unes pour le potager , les autres pour le parterre. Les jardiniers emploient trois sortes de couches, désignées, d’après leur degré de chaleur, sous les noms de couches chaude, tiède et sourde. La bâche , avec son châssis vitré , doit tenir lieu de couche chaude et tiède ; une couche sourde est seule indispensable. On ne doit pas l’établir au niveau du sol, mais dans un fossé à parois perpendiculaires , d’une profondeur de 20 à 25 centimètres. La largeur est celle que nous avons indiquée pour les bâches, 1,n, 30. La longueur est indéterminée. La fosse, dont on égalise le fond avec soin , est remplie de lits de fumier de cheval, pris à l’état récent, c’est-à-dire avant qu’il ait subi toute sa fermentation. On n’en met à la fois pas plus de '10 à 15 centimètres d’épaisseur , dont on rend la surface très-égale par un piétinement fait avec soin ; la couche bien foulée ne doit pas avoir en totalité plus de 30 centimètres au-dessus du niveau du sol. Ainsi établie, elle est entouréo de planches maintenues par des piquets. La surface de la couche est couverte de 8 à 10 centimètres de bon terreau
provenant ordinairement d’une couche semblable démontée après avoir servi pendant un an. Il est bon d’incliner un peu la partie supérieure de la couche dans le sens du midi. On sème sur cette couverture de terreau le plant qu’on veut hâter et qu’on a soin de recouvrir de cloches selon l’époque des semis ; on peut aussi semer dans des pots enterrés dans la couche, qui leur communique sa chaleur.
L’époque de la construction de la couche doit être calculée d’après le besoin, car on ne peut pas l’employer immédiatement ; il faut laisser passer son premier mouvement de fermentation , qui donne lieu à un dégagement de chaleur trop considérable. La couche doit, comme disent les jardiniers , avoir jeté son feu , ce qui exige toujours au moins cinq à six jours. On peut au besoin réchauffer la couche sourde comme la bâche, en entassant tout autour du fumier en fermentation.
On peut encore monter des couches sourdes avec plus d’économie, en s’abstenant de les entourer de planches. Il suffit, dans ce cas, de retrousser en dedans de la couche le fumier long dont elle est formée, ce qui lui donne assez de solidité pour ne pas s’ébouler ; mais ce genre de couche manque souvent son effet lorsque la construction n’est pas confiée à des mains parfaitement exercées. A défaut de fumier , les feuilles mortes arrosées pour provoquer leur fermentation peuvent donner aux couches sourdes une chaleur un peu moins vive, mais plus prolongée. Les couches de feuilles doivent avoir, pour cette raison, 1 décimètre d’épaisseur de plus que celles du fumier.
On obtient un effet analogue à celui des couches en enlevant, à la profondeur de 20 à 23 centimètres , la terre d’une plate-bande au pied d’un espalier à l’exposition du midi pour la remplacer par du fumier frais , c’est ce qu'on nomme costière ou côtière. On rejette par-dessus le fumier la terre mêlée de terreau , et l’on s’en sert pour les semis hâtifs comme d’une couche sourde , en employant les cloches ou les verrines.