Taille du pécher
Le pêcher a , comme tous les arbres, ses branches à bois et ses branches à fruits très-caractérisées. Les branches à bois sont des scions qui atteignent quelquefois la grosseur du doigt dans une année, et poussentd’un mètre à un mètre et demi, quelquefois jusqu’à deux mètres de long sur les arbres très-vigoureux. Elles sont aoûtées dès la première année, c’est-à-dire qu’elles ont l’écorce grise comme le vieux bois, et quelles sont passées à l’état ligneux.
Les branches à fruits sont plus petites et de différentes longueurs, depuis 16 jusqu’à 60 centimètres. Leur couleur diffère de celle des branches à bois; elle est rouge du côté du soleil, verte du côté du mur; souvent aussi la couleur rouge des jeunes branches du pêcher tient à une maladie propre à cet arbre, et qu'on nomme le rouge.
Le fruit du pêcher ne vient que sur le bois de l'année; il faut donc renouveler les branches à fruits tous les ans ; c’est par l£ remplacement qu’on arrive plus facilement à ce résultat. On parvient aussi à faire naître des branches à fruits en pinçant, avant la sève d’aoùt, l’extrémité des branches à bois qui en seraient dépourvues.
Je prendrai pour modèle un sujet qui vient d’être planté, et, quant aux vieux arbres qu’on aura à tailler, on cherchera à les ra-« mener à la forme convenable que je vais indiquer, soit en les ray
valant sur de jeunes et vigoureux bourgeons , soit en les taillant très-court pour les forcer à donner du bois et en amendant le sol par du fumier bien consommé, mêlé à de bonne terre, ou par quelques décombres ou terres mûries, comme il est expliqué à l’article Plantations/ Pour cela, on enlèvera avec précaution , pour ne pas offenser les racines, une partie de la terre qui environne le pied de l’arbre, puis on garnira cette espèce de fosse avec l’amendement, qui sera ensuite recouvert avec la terre qu’on avait écartée. On arrosera l’arbre deux fois par semaine dans les grandes sécheresses ; on obtiendra ainsi une nouvelle vigueur de végétation qui permettra de réparer un peu les dégâts causés par une mauvaise taille.
On ne doit point enterrer la greffe du pêcher en le plantant, et il faut l’incliner légèrement vers le mur en avant duquel il est placé à 25 centimètres environ. Les pêchers doivent être espacés entre eux de 6, 8, quelquefois même 9 mètres, selon la qualité du terrain. 11 faut, autant que possible, prendre en pépinière des sujets qui n’ont, poussé qu’une seule branche bien vigoureuse. On la coupe au printemps, à 15 ou 20 centimètres au-dessus de la greffe, selon le bon ou mauvais état des deux yeux qui doivent donner les deux branches-mères. Le pêcher se plante à la fin de l’automne ou en février. La première année, on le laisse pousser à sa guise sans l’attacher au treillage ; on se contente d’enlever les bourgeons qui poussent sur la tige, en avant et en arrière , ne réservant que ceux des côtés. Cependant , si l’arbre poussait avec une grande vigueur , il faudrait le palisser et s’occuper déjà de former les deux branches-mères qui doivent servir de base à la charpente de- l’arbre.
Il ne faut que deux branches principales représentant un Y, ou formant entres elles un angle de 70°. C’est par cette déviation de la sève qu’on obtient plus tôt et en abondance de beaux fruits. Si on laissait pousser l’arbre verticalement, il aurait bientôt dépassé le mur sur lequel il n’occuperait qu’un petit espace en largeur ; il ne donnerait des fruits que lorsque la nature donnerait d’elle-même aux branches la forme que nous en obtenons beaucoup plus tôt en mettant à profit cette extrême vigueur qui , dans l’état de nature, est employée au développement de la tige portée à devenir beaucoup plus grosse qu’il n’est nécessaire pour former un bel espalier. Si nous obtenons des fruits plus gros et plus succulents , c est parce que nous forçons l’arbre à employer sa vigueur
à leur production. Admirable intelligence de l’homme, qui a su deviner la nature pour faire son profit de ses immenses ressources !
La première année, il no faut pas retrancher les petites branches latérales, afin qu’une certaine quantité de bois et de feuilles . puissent contribuer à la végétation de l’arbre. Si l’une des deux branches-mères paraissait vouloir l’emporter en force sur l’autre , il faudra l’abaisser en la palissant, et laisser à l’autre une position plus verticale qui rétablira bientôt l’équilibre entre les branches ; l’équilibre étant rétabli, on palissera de nouveau les deux branches à la même, hauteur. Si l’arbre ne fournissait, la première année, qu’un bon bourgeon sur le côté, il faudrait, à la taille suivante , le rabattre sur ce bourgeon, aussi court que possible , mais toujours en réservant deux yeux latéraux pour former les deux branches-mères.
A la seconde année, on taillera les deux branches-mères en suivant pour chacune d’elles le même principe qui a été prescrit pour la tige principale , et on retranchera toutes les petites branches conservées jusqu’alors pour faciliter la végétation. Ainsi on taillera la branche-mère sur un bon œil à bois destiné à sa prolongation et placé plus loin qu’un autre bon œil à bois placé lui-même au-dessous de la branche-mère. Il serait dangereux, pendant les pre- s mières années , de conserver des yeux à bois pour former les bran- i ches secondaires supérieures , parce que, se trouvant placées presque verticalement, ces branches prendraient un développement considérable et nuiraient beaucoup à celui des branches inférieures; elles pourraient même les faire périr et dégarniraient l'arbre à sa base, ce qu'il faut éviter avec soin, sans quoi il s’emporterait au sommet et on n’aurait bientôt plus qu’un de ces squelettes dont j’ai déjà parlé. On pourrait, tout au plus, conserver un ou deux bourgeons faibles et retrancher les autres par l’ébourgeonnement, si, malgré le soin qu’on y aurait apporté, il s’en était développé de trop vigoureux.
A la seconde année, il faut nécessairement palisser l’arbre et donner aux branches-mères une direction définitive en leur faisant faire entre elles un angle de 90 degrés. On dirigera la branche secondaire inférieure selon un anglo de 70 à 80 degrés avec la j branche-mère ; on ne songera à former les branches secondaires supérieures que la troisième ou la quatrième année.
On continuera chaque année la taille que je viens de décrire , en
MÊmm
formant toujours les branches-mères de chaque côté de l’arbre et les branches secondaires ; c’est parle palissage, rébourgeonnement et le pincement bien entendus , qu’on obtient le bois nécessaire à l’exécution de la taille d’après les mêmes principes.
On allonge plus ou moins la taille, selon la vigueur de l’arbre et celle de la branche, et l’on a soin de palisser plus ou moins verticalement les branches plus ou moins faibles, dùt-on même incliner ensuite à la taille les branches faibles qu’on aurait palissées trop verticalement aux deux époques de la plus grande activité de la sève , au printemps et au mois d’août, pour leur faire prendre de la force.
On peut donner 60 à 70 centimètres de longueur à la taille des branches- mères d’un arbre très-vigoureux , et 10 à 15 centimètres de moins à celle des branches secondaires. On taillera beaucoup plus court les sujets faibles ; ces dimensions sont nécessaires pour placer les branches à fruits entre les branches à bois.
Si, malgré tous les soins que j’indique , la branche secondaire supérieure devenait plus forte que la branche-mère, il faudrait absolument la ravaler sur un œil plus faible que celui de la branchemère. Sur un jeune sujet, on peut quelquefois supprimer l’extrémité de la branche-mère en la coupant près de la branche secondaire qui s’emporte, et incliner celle-ci de façon à en former la branche-mère. L’arbre perdrait un peu de sa régularité par cette opération ; mais, si l’on s’en abstenait quand elle est nécessaire , tout ce côté de l’arbre souffrirait et finirait par périr. On formerait msuite une branche secondaire supérieure à la taille suivante.'
Dans des arbres ainsi conduits avec discernement , il ne se montera point de ces branches vigoureuses, qu’on nomme gourmandes , 3t qui sont tout simplement des branches à bois mal dirigées. C’est ignorance du jardinier qui fait perdre une sève précieuse qui courrait être employée d’une manière si utile pour l’arbre. Enfin , > il paraissait do ces gourmands sur de vieux arbres mal dirigés lans leur jeunesse, il faudrait tâcher d’en tirer le parti quej’inlique en les employant à remplacer une branche épuisée , et pour ela les palisser en les inclinant dans la direction que ces branches !c\ raient prendre à la taille suivante ; si ces soins avaient été nélige», etqu il ne fût plus possible de les incliner, il faudrait tout implemenl les couper au niveau du tronc, sans laisser le moindre
œil à la base , et veiller à ce qu’il ne renaisse pas un autre gourmand à la même place, ce qui pourrait encore arriver.
Il faut s’opposer à la manie qu’ont certains jardiniers de trop incliner les branches à bois en les palissant à la taille ; ils portent cette manie quelquefois jusqu’à leur donner la forme d’un demicercle , ce qui est absurde.
S’il s’agit de refaire des pêchers encore vigoureux , mais massacrés par de mauvaises tailles, il faut , pour réparer ce mal , prendre un parti violent, et couper les branches à 50 ou 60 centimètres du tronc. On pourrait espérer d’en obtenir de nouveaux scions dont une taille bien entendue saurait encore utiliser la végétation ; mais il arrive quelquefois que le pêcher, arbre fort délicat lorsqu’il est en espalier , meurt par suite de cette grande amputation. Il n’en est pas de même des poiriers, et même des abricotiers et des pruniers , qui la supportent parfaitement.
Si enfin on ne pouvait pas se décider à risquer ce traitement énergique , il faudrait au moins couper une grande partie des branches-mères et secondaires , en choisissant de bons yeux sur les meilleures branches pour tailler au-dessus.
C’est par la pratique delà taille, telle que j’ai essayé de la dé- j crire , qu’on parviendra à avoir de beaux arbres ; mais pour cela j il faut que le jardinier, chargé de les tailler, se donne la peine de i raisonner la taille et ne coupe pas inconsidérément une branche j souvent précieuse. Il faut , pour tailler un arbre , le détacher presque entièrement de l’espalier sur lequel il est fixé, employer une j serpette parfaitement tranchante , et non un sécateur , instrument qui ne peut convenir à la taille des arbres fruitiers , et mettre tout ■ le soin possible pour ne faire tomber ni offenser les boutons à bois i ou à fruit qui sont très-développés au moment de la taille. On at- i tache de nouveau l’arbre à l’espalier lorsque la taille est achevée „ ) et il ne faut pas moins de soin pour l’attacher que pour le tailler ; car, je le répète, c’est souvent du plus ou moins d’inclinaison donnée. | aux branches que dépendent la vigueur de leur pousse et la beauté » de la forme de l’arbre ; et c’est de la régularité, de la perfection i de sa forme , que dépendent la durée et l’abondance de sa fructifi- l cation.
Après nous être occupés de la taille des branches à bois, nous £, allons passer à cello des branches à fruits , dont nous nous sommes $
mis en mesure d’obtenir un grand nombre, propres à nous donner de beaux produits.
La taille des branches à fruits doit être également raisonnée d’après leur manière de pousser et de fructifier. Le beau fruit du pécher ne vient à bien sur la branche à fruit que lorsqu’il est accompagné d’une petite branche à bois. Cette manière de fructifier caractérise spécialement le pêcher. On ne doit donc conserver à la taille que les branches à fruits qui sont munies d’yeux à bois faciles à distinguer à l’époque de la taille qui se donne au moment où la fleur est prête à s’ouvrir sans être tout à fait épanouie. Si l’on attend trop tard, on court la chance de faire tomber les fleurs par la secousse que donné la serpette ; si l’on taille trop tôt, on ne connaît pas encore bien la nature des boutons, et souvent les yeux à bois sont cachés par ceux à fruit.
Il y a quatre espèces de branches à fruits : la première ( fig. 44) a les yeux ou boutons triples , savoir : un œil à bois avec un bouton à fleur de chaque côté ; la seconde ( fig. 45) a les yeux doubles, un œil à fruit, l’autre à bois ; la troisième a des yeux simples qui
ne contiennent que des fleurs; et la quatrième {fig. 46) forme de petits bouquets de 4 à 5 centimètres do longueur garnis tout autour Je boutons à fleur et terminés par un bouton à bois. r ha première et la seconde espèce de branches seront taillées de açon à conserver de deux yeux à fruit jusqu’à quatre, selon leur orce , jamais plus, à moins que les yeux à bois ne soient plus éloignes , s i s 1 étaient trop , il vaudrait mieux supprimer la branche, qui est bien contraire à 1 habitude de la plupart des jardiniers qui onnent, oisquils le peuvent, plus de longueur aux branches à
Fig. A4.
Fig. 46-
MAISON liUSTIQUE DES DAMES.
fruits qu’aux branches à bois. Je répète que les boutons à fleur, surtout le dernier, devront être bien garnis de leurs yeux à bois, absolument nécessaires au développement, du fruit. La troisième j espèce do branches n’a pas de boutons à bois, ou tout au plus en a-t-elle un à son extrémité ; elle doit être irrévocablement suppri- i mée. Ses fruits, s’ils nouaient, tomberaient avant maturité , et la branche se dessécherait. Si elle avait un œil à bois à sa base, on taillerait sur cet œil ; il pourrait fournir une branche à fruit pour l’année suivante.
On ne touchera pas à la quatrième espèce de branches, envers laquelle la nature a pourvu à tout ; on lui laissera porter ses fruits qui sont ordinairement les plus beaux.
Le pêcher peut être conduit sous beaucoup de formes différentes ; la forme carrée est l’une des plus favorables à la production régulière du fruit.