II
F. Bière de ménage.
Bien que le procédé que je vais donner pour la fabrication de la bière ne soit pas très-compliqué, encore l’est-il plus que ceux qui concernent les piquettes et le cidre, à cause de la difficulté qu’on peut trouver à se procurer les matières premières; cependant cette difficulté peut être facilement surmontée, aujourd’hui que les moyens de transport d’un pays à un autre sont devenus faciles et prompts.
Les ingrédients nécessaires à la fabrication de cette petite bière sont : 1° le sirop de fécule ou de dextrine ; 2° le houblon; 3° les tiges fouillées do germandrée ou petit chêne, ou celles de la petite centaurée, ou la camomille romaine, fleurs et feuilles; 4° delà lcvûre de bière. Le sirop de dextrine et le houblon se trouvent dans le commerce ; on peut aussi récolter le houblon soi-même, aussi bien que les autres herbages dont j’ai parlé, et les faire sécher à l’ombre et à l’air.
Les proportions que je vais indiquer suffisent grandement pour la fabrication d’un hectolitre de bière :
Sirop de dextrine ou de fécule. ... 2 litres.
Houblon 600 grammes.
On peut remplacer la moitié du houblon par la même quantité de l’une des plantes que j’ai indiquées.
On place le houblon dans un vase pouvant contenir 1 0 litres d’eau, qu’on verse dessus lorsqu’elle est bouillante ; on couvre et on laisse infuser pendant une heure et demie. On passe à travers un tamis, puis on exprime dans un linge. On fait ensuite bouillir le houblon dans 12 litres d’eau, qu’on laisse réduire à 10 ; on passe et on exprime. On mêle cette décoction à la première infusion, puis on dissout le sirop de dextrine dans la quantité cl’eau nécessaire pour compléter les 100 litres. On ajoute un demi-verre de levure de bière dans la futaille où on a versé les liquides dont je viens de parler. Bientôt la fermentation s’établit; le moût se couvre d’écume qui s'échappe par la bonde ; on la recueille dans un vase placé sous la futaille; elle sert de levûre pour une autre cuvée. Lorsque la liqueur a terminé son travail, elle s’éclaircit; on la soutire dans un autre baril, qui doit être plein et bondé; Au milieu de la bonde se trouvent quelques tuyaux de paille. Une bonde munie d’un tube de verre,
comme celles dont j’ai parlé à l’article vin cuit (t. I, ire partie, Tenue du ménage de maître ), ou une bonde de gutta-percha vaudrait mieux.
Avant de mettro la bière en consommation, il faut la coller ; si on est près d’une brasserie, il sera bien plus simple de se procurer un peu de la préparation nécessaire au collage ; sinon on emploiera le procédé indiqué à l’article Cave (t. I, 11e partie, Manuel de Cuisine) pour le collage du vin blanc.
SECTION 111. — De l’éclairage de la ferme.
L’éclairage n’est pas chose très-dispendieuse dans une ferme. Dans certaines contrées, les gens de la campagne s’éclairent avec de la chandelle de suif, dans d’autres avec de la chandelle de résine ou avec des lampes en étain dans lesquelles on brûle de l’huile commune, production du pays. Je pense qu’il faut renoncer à l’usage de la résine, à moins qu’on ne l’emploie que dans les moments où sa faible lumière suffît et en la plaçant dans la cheminée. La chandelle coule très- facilement dans, une chambre de ferme mal close, et dont on ouvre sans cesse la porte d’entrée. Je donnerais donc la préférence aux lampes d’étain; elles sont fort simples, et se composent seulement d’un pied en forme de chandelier, surmonté d’un petit globe garni d’un couvercle mobile percé de deux trous. Par l’un on introduit la mèche de coton qui va tremper dans l’huile contenue dans le globe ; l’autre trou sert à l’introduction de l’air et de l’huile. Le petit réservoir à l'huile peut être suspendu sur deux montants, sans y être fixé, de manière qu’en transportant la lampe il conserve son aplomb, bien que le pied soit tenu incliné, de telle sorte que l’huile ne peut se répandre. Ces lampes consomment environ pour 1 centime d’huile par heure, ce qui fait un éclairage à très-bon marché; elles sont très en usage dans l’ouest de la France; on y brûle l’huile des mauvaises noix. Elles coûtent de 2 francs 50 centimes à 3 francs, et peuvent durer longtemps ; lors mêmes qu’elles so brisent, la perte est minime, car la matière entre pour la plus grande partie dans leur valeur, On fabrique d’ailleurs chaque jour
des lampes nouvelles plus ou moins perfectionnées qu’on peut substituer à la lampe d’étain.
Cependant, si on avait un grand nombre de domestiques, il serait avantageux d’avoir une lampe simple, qui, placée le plus près possible de la cheminée, serait suspendue au plafond et pourrait être montée ou descendue au moyen d’une poulie et d’un contre-poids. Lorsque le souper et le Iravail qu’il exige seraient terminés, on descendrait la lampe, cl chacun pourrait s’en approcher pour travailler.
Il est extrêmement nécessaire de veiller au bon entretien des lanternes, parce qu’il faut apporter une sévérité inexorable à ce qu’on s’en serve toujours dans les écuries. Il vaut mieux employer de petits lampions qui s’alimentent avec do l’huile que de la chandelle, qui fond plus qu’elle ne brûle lorsqu’elle est renfermée dans une lanterne. Ces petits lampions, dont le système est à peu près semblable à celui des lampes d’étain dont je viens de parler, ont une base de la forme et de la grosseur d’un bout de chandelle; ils peuvent se placer dans toutes les lanternes et même dans tous les (lambeaux. Us sont en fer blanc et ne coûtent que 75 centimes. Il y en a en verre épais qui peuvent parfaitement les remplacer; ils coûtent 50 centimes. J’engage beaucoup notre ménagère à en munir toutes ses lanternes. Lorsque l’huile'-, en s’épaississant et en se desséchant, les salit et les empêche d’éclairer, il suffit de les faire bouillir dans un peu de lessive et de les frotter avec un petit balai ; ils se décrassent parfaitement. On peut aussi employer ce moyen pour nettoyer le corps de la lanterne, qui est promptement sali par la fumée.
Les lampions de fer-blanc portent une mèche plate cirée qui s’abaisse et se remonte au moyen d’une petite roulette. Leur usage serait également très -commode pour le service intérieur de la ferme.
SECTION IV. De l'emploi du temps des femmes.
Le temps est ce qu’il y a de plus précieux dans la vie, parce que chaque moment qui s’écoule disparaît d’une manière irréparable ; il
faut donc veiller à ce qu il s en perde le moins possible. Lu été, les femmes, outre les soins domestiques, ont à s occuper des travaux des champs, des foins, des moissons, des binages légers, des saiclages des grains et autres récoltés. La récolté des plantes sarclées les occupe aussi en automne. Au printemps, les \ ola i 1 les exigent bien plus de soins qu’en hiver', aussi la Providence, par la longueur des jours, semble-t-elle avoir doublé la vie dans le temps où la campagne demande le plus de travaux. En hiver, tout le travail du dehors cesse pour les femmes ; rien ne s’oppose alors à ce qu’elles s’occupent des travaux intérieurs; il faut donc, dans cette saison comme en été, veiller à ce qu’elles emploient bien leur temps, car il faut bien se persuader que moins elles auront de besogne et moins elles en voudront faire. Il convient de profiter de l’hiver pour préparer tout ce qui pourrait entraver le travail en été; ainsi, on fait trier tous les légumes secs qui devront alimenter le ménage jusqu’à la récolte suivante; pour cela la maîtresse de maison en donnera à la fois une certaine quantité, un double décalitre, par exemple; lorsqu’ils seront triés, on les lui remettra. Il est indispensable de faire une juste distribution du travail, sans quoi il serait très-difficile de savoir à quoi le temps a été employé.
L’hiver étant la saison des travaux sédentaires, on pourra employer les soirées des femmes à filer; mais il ne faut se livrer à ce travail que lorsqu’on n’en a pas de plus productif à effectuer. On obtiendrait bien plus de fil si on pouvait habituer les femmes à filer au rouet, dans les pays où elles filent au fuseau : on y parviendra facilement en y habituant les jeunes filles; leur exemple serait bientôt suivi par les autres. Cependant je ne voudrais pas abandonner entièrement l’usage du fuseau, parce que, ce travail devant se faire dans les moments perdus, ce mode offre l’avantage de pouvoir s’exécuter partout sans le moindre embarras; les femmes peuvent filer aux champs, en marchant, debout, et lorsqu’elles n’ont qu’un instant à consacrer au travail. Je ferais donc filer au rouet pendant les longues soirées d’hiver, et j’emploierais le fuseau dans tous les autres moments. Peut-être trouverait-on quelque obstacle à faire adopter cette double manière de filer, mais on ne peut nier qu’elle offrirait de grands avantages.
Les rouets communs, propres à filer de gros fil, sont d’un prix peu élevé ; ils peuvent valoir 5 à G fr., et durent plus d’une vie de femme
lorsqu’ils sont soignés. C’est une erreur de croire que le fil fait au rouet ne vaut pas celui fait au fuseau. Les filoirs d’invention moderne, dont les plus communs ne coûtent que 10 francs, donnent un fil encore meilleur avec moins de fatigue.
On peut, lorsqu’on n’a pas de chanvre à faire filer, employer le temps des femmes à tricoter ; lorsqu’on a des enfants, on peut faire remonter leurs bas, tricoter des chaussettes de laine, etc.
Il faut aussi veiller à ce que les femmes raccommodent leur linge et préparent leurs vêtements d’été, afin qu’elles ne soient pas obligées de s’en occuper dans la belle saison ; si l’on n’avait pas cette prévoyance pour elles, elles n’y songeraient pas. Notre ménagère devra avoir le même soin pour les vêtements des hommes. Le linge de ménage de la ferme ne doit pas être oublié non plus dans le travail d’hiver; il doit à cette époque être remis en ordre et parfaitement raccommodé.
SECTION V. — De la vacherie.