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Disposition de l'étable

Avant de parler des soins à donner aux vaches, je dois m’occuper de la disposition de leur étable, car elle contribue pour beaucoup aux bons résultats qu’on peut obtenir d’une vacherie bien dirigée. Elle doit être aérée et claire, et le sol doit en être plus élevé que les parties environnantes. Il est bon de garnir le sol d’une couche de 30- à 40 centimètres de marne, dans les pays où elle convient comme amendement, ou de terre qui absorbe toute l’humidité à son profit et qui peut être enlevée deux fois par an ; elle a acquis alors toutes les qualités d’un excellent fumier. La meilleure distribution à donner aux étables est celle en usage chez les Belges, dont voici la description :

L’étable doit avoir 5 mètres de largeur sur une longueur proportionnée au nombre de vaches qui doivent y loger ; 2 mètres 50 centimètres à 3 mètres de longueur suffisent pour deux vaches, mais 1 mètre est insuffisant pour une seule. L’écurie doit avoir deux portes, l’une placée derrière les vaches, assez large pour qu’elles puissent

y passer, l’autre en avant de leur tête et suffisante pour le passage d’une personne portant une brassée de fourrage.

On place, dans l’intérieur de l’étable, du coté de la tète des vaches, une claire-voie en madriers, qui forme, avec le mur du bâtiment, un corridor au bout duquel se trouve placée la porte qui sert à 1 introduction du fourrage. Cette claire-voie est destinée à laisser passer la tête des vaches, afin qu’elles puissent atteindre et manger le fourrage qu’on dépose dans le corridor.

La claire-voie doit être construite, comme je 1 ai dit, en madriers qui peuvent avoir de 10 à 12 centimètres déquarrissage, et qui doivent être espacés entre eux de 25 à 30 centimètres. A chacune des places que doit occuper une vache on laisse entre les madriers un intervalle de 50 centimètres, afin de permettre à la vache de passer la tête de côté , pour arriver jusqu’au fourrage placé dans le corridor. Op pourrait remplacer la claire-voie par des parties pleines dans les espaces qui ne sont pas destinés au passage de la tête des vaches, si l’on trouvait plus d’avantages à cette construction qu’à celle de la claire-voie continue. Les montants formés par ces madriers sont emboîtés dans une pièce de bois posée elle-même sur un petit mur de 20 centimètres de hauteur, construit dans le sens de la longueur de l’écurie ; ils sont fixés dans le haut soit aux soliveaux, soit à une autre pièce de bois transversale, qui elle-même est fixée en haut par les montants. Voilà pour ce qui regarde 1 établissement du corridor à fourrage, qui doit avoir 1 mètre de largeur, et dont le sol doit être carrelé et de 20 centimètres plus élevé que celui de l’étable, ce qui fait que la pièce de bois dans laquelle sont fixés les montants forme un petit rebord qui peut se comparer à celui des crèches ordinaires. Le corridor forme la crèche où 1 on déposo le fourrage et les autres aliments destinés aux vaches. Si 1 on doit leur faire consommer des aliments liquides, au lieu de carreler toute la largeur du corridor à plat, on forme près de la claire-voie une cavité, ce qui s’effectue en pavant cette partie du corridor en dalles taillées convenablement. Si cette disposition offrait quelques difficultés, on emploierait de petites auges qu’on placerait devant chaque vache (1).

On voit que, par cette distribution, les vaches sont obligées de

(1) Voir la Maison rustique du XIXe siècle , t. II, p. 477.

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passer leur tète de côté entre les montants do la claire-voie pour venir prendre leur nourriture, ce qui offre une grande économie d’aliments, parce qu’elles ne peuvent les jeter sous leurs pieds, et que les parties qu’elles ne mangent pas sont propres à être données à des animaux moins délicats. Cetto disposition donne une grande facilité pour la distribution des aliments et l’entretien de la propreté de la crèche, qui peut être balayée et même lavée.

Les vaches sont attachées dans l’intérieur de l’étable, par une chaîne de fer, à des anneaux scellés dans le petit mur de support de la claire-voie.

Derrière les vaches, comme je l’ai déjà dit, se trouve une cavité, qui doit être soigneusement pavée et cimentée, parce qu’elle est destinée à recevoir le fumier journalier ; on la vide une ou deux fois par semaine. Le fumier s’y améliore, et on ne doit peint redouter les émanations ammoniacales qui s’en exhalent ; elles ne sont pas nuisibles à la santé des vaches, surtout si l’étable est bien aérée et tenue proprement; elles absorbent même l’air vicié que produit la respiration des animaux. Si la largeur de l’étable ne permettait pas d’avoir et la crèche à claire-voie et le dépôt de fumier, il faudrait donner la préférence à la claire-voie, parce que l’avantage qu’elle offre est plus grand que celui qui résulte de l’amélioration du fumier par son séjour dans l’étable.

Ce serait une grande erreur de croire que, pour remplacer cette espèce de fosse où l’on dépose le fumier pendant quelques jours avant de le retirer de l’étable,- il suffirait de laisser celui-ci séjourner longtemps sous les vaches : d’abord il est de la plus grande importance pour leur santé qu’elles aient chaque jour une litière fraîche et abondante ; puis le fumier ne se trouve plus sous elles dans les mêmes conditions que celles que présente la cavité, où on le mêle et où on l’entasse, tandis qu’en restant sous la vache le fumier placé à l’arrière est souvent humecté, mais non point mêlé avec celui de devant, qui reste sec.

Si le local de l’étable est vaste, on peut placer le corridor à fourrage au centre et établir une claire-voie, et par conséquent mettre un rang de vaches de chaque côté, do telle sorte que, lorsqu’on entre dans ce corridor, on voie à droite et à gauche {fig. \ 1 0) des tètes qui viennent y prendre leur nourriture.

Le dessus de l’étable forme ordinairement le magasin à fourrage;

il suffit alors, pour leur distribuer leur ration, de la faire tomber dans la crèche par un abat-foin.

Si l’on se déterminait, d’après cette courte description, à établir chez soi une étable belge, ce que je ne puis trop conseiller, on fera bien d’avoir recours à la Maison vustique du A IX siècle , qui contient sur la disposition de ces étables des détails tiès-piécis et très-clairs.

Dans le Limousin, la plupart des étables sont a claire-voie; elles sont tout simplement établies dans la grange, dont on prend une petite partie pour faire l’étable. On place le fourrage dans la partie supérieure, et il suffit de le faire tomber pour qu’il se trouve devant la claire-voie. La tête des vaches se trouve ainsi dans la grange même, qui remplace le corridor à fourrage; dans ce cas, il convient de construire en parties pleines les intervalles laissés entre les passages destinés à la tête des vaches, parce qu’en hiver l’étable serait trop froide, par suite de sa communication avec la grange par la claire-voie. On pourrait même diminuer la hauteur du passage des têtes en le bouchant pendant l’hiver avec de la paille, parce que la race bovine aime la chaleur. C’est pour cela qu’il faut que les étables à vaches soient plafonnées ; elles seraient trop froides si, comme les bergeries, elles étaient simplement sous la latte.

Lorsqu’on ne peut établir une étable belge ou limousine, il ne faut pas moins mettre une couche do marne ou de terre sous les vaches et y disposer des crèches qu’on place très-bas, à 35 ou 40 centimètres de terre, et surmontées d’un râtelier également placé le plus bas possible, parce que les vaches se fatiguent lorsqu’elles ne peuvent y atteindre facilement. La crèche doit être carrelée avec soin, afin qu’on puisse la nettoyer sans peine.

Il est très-convenable aussi de diviser les étables, aussi bien celles qui sont établies dans le système belge que les autres, au moyen de

poteaux garnis do planches, en un certain nombre do cases dans chacune desquelles on peut placer deux vaches; on évite ainsi la plupart des accidents qui arrivent lorsqu’on néglige de prendre ce soin. On place dans ces cases deux vaches qui mangent à peu près avec la môme vitesse, parce que, leur nourriture se trouvant mêlée, l’une pourrait avoir à souffrir de l’avidité do l’autre; il serait môme convenable de disposer une ou deux cases destinées à recevoir une vache seule, dans le cas où on aurait un animal méchant ou trèsglouton.

On peut à la rigueur se dispenser d’enlever tous les jours la litière des vaches et ne le faire que deux ou trois fois par semaine, mais jamais il ne faut omettre de retourner les bouses sens dessus dessous et de remettre un peu de litière fraîche lorsqu’on enlève l’ancienne; on commence par prendre le fumier qui se trouve derrière elles, et on racle le terrain avec une pelle; puis on rapproche la paille qui se trouvait en avant, et on y ajoute de la litière fraîche. Le soir on met derrière encore un peu de paille fraîche, afin de couvrir le fumier de la journée, pour qu’il ne salisse pas les vaches qui se couchent dessus. Le matin, avant de traire , on prend le môme soin ; on retourne les bouses de la nuit, en attendant qu’on renouvelle toute la litière. On doit faire la litière des vaches en même temps qu’on leur donne à manger, parce qu’il faut qu’elles puissent se coucher pour ruminer aussitôt qu’elles ont fini leur repas; on ne doit pas les déranger pendant ce travail.

Dans quelques localités on a l’habitude de paver et de laver le ruisseau qui passe derrière les vaches et même une grande partie de leur écurie ; je ne puis que louer cette habitude si l’étable est pavée, ce que d’ailleurs je n’approuve pas, et si l’eau qui provient de ce lavage n’est pas perdue pour les engrais ; car la propreté est aussi favorable à la santé des animaux qu’à celle des hommes; mais il serait bien difficile de faire adopter cet usage dans les pays où il n’est pas en vigueur, et d’ailleurs il faut, pour entretenir cette propreté, une abondance d’eau qu’on ne rencontre pas partout; mais je répète qu’une étable ne peut être tenue avec trop de soin.

J’insiste avec force sur la nécessité de la bonne tenue des étables, parce que, dans presque toutes les provinces de France, elles sont laissées dans un état de malpropreté aussi préjudiciable à la santé des vaches qu’à leurs produits ; je tiens pour certain que, dans les

pays où les vaches sont logées dans des étables malpropres, et où la nourriture est en rapport avec cette négligence, et par conséquent peu abondante et de mauvaise qualité, le bétail est chétif, petit, et ses produits presque nuis. Si le hasard y amène un bel animal, on le voit bientôt dépérir, et les élèves qui en proviennent ressemblent en tout à la race indigène ; mais, au lieu d’attribuer cette dégénérescence au peu de soin qu’on prend des animaux, on confond l'effet avec la cause, et on ne fait rien de ce qu’il faudrait faire pour obtenir des améliorations.

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